La « relation d’incertitude » et son modèle

La mécanique quantique soulève des questions fascinantes quant au statut de l’explication et m’a toujours intéressé à ce titre. Certains d’entre vous souhaitent – ils le disent depuis quelques temps ici – engager un débat sur la mécanique quantique, alors pour leur offrir un lieu, je vous propose un bref extrait de Comment la vérité et la réalité furent inventées, mon livre à paraître chez Gallimard en septembre dans la Bibliothèque des Sciences Humaines.

En mécanique classique, on modélise la vitesse et la position d’un corps en déplacement à l’aide d’un « hamiltonien », un modèle algébrique où ces deux attributs sont représentés sous forme de vecteurs. En fait, on n’appréhende pas à proprement parler la vitesse, mais le « moment », c’est-à-dire la résultante de la vitesse et de la masse. Penrose souligne l’une des faiblesses de cette approche : « Avec la formulation hamiltonienne, il faut sélectionner les moments des particules plutôt que les vitesses […] la position et le moment de chaque particule doivent être traités comme s’ils étaient des quantités indépendantes […] On prétend donc, d’abord, que les moments des diverses particules n’ont rien à voir avec le taux de changement des variables de leur position respective mais ne sont qu’un ensemble séparé de variables, de sorte que l’on pourrait imaginer qu’ils « auraient pu » être relativement indépendants du mouvement de leur position » (Penrose 1990 [1989] : 226-227). Penrose attire l’attention sur le fait que le modèle de l’hamiltonien suppose que le « moment » et la position de la particule sont des variables indépendantes, ce qui n’est pas le cas. En effet, le moment est une vitesse instantanée multipliée par une masse, la vitesse est bien entendu une distance parcourue en un certain temps, cette distance est mesurée sur un espace, or la position de la particule fait partie de cet espace, c’est son « bord » le plus récent dans la durée.

À l’échelle macroscopique ce modèle produit des résultats non-problématiques, il permet d’assigner à un corps en mouvement, pour toute position, sa vitesse à cet endroit de sa trajectoire. La description fournie par l’hamiltonien est complète : on ne peut rien souhaiter de plus que l’information qu’il procure. À l’échelle microscopique des phénomènes quantiques, la modélisation par l’hamiltonien se révèle cependant problématique du fait qu’on ne peut plus considérer le mouvement comme véritablement continu : il existe en effet à cette échelle une unité minimale de déplacement, la constante de Planck ħ. Il n’y a pas de mouvement de plus faible amplitude que ħ, tout déplacement s’opère nécessairement par « sauts » dont la constante de Planck ħ fournit l’unité minimale (1).

Dans l’hamiltonien, la nécessité d’envisager des « moments » plutôt que des vitesses met en évidence une particularité du calcul matriciel liée à la représentation des variables comme des vecteurs (une matrice est constituée d’un ensemble de vecteurs) : la non-commutabilité de l’opération de multiplication pour les matrices. Contrairement à ce qui se passe par exemple pour les nombres réels sous la loi de la multiplication, à savoir a*b = b*a, pour les matrices, on a A*B différent de B*A. Il existe ici une différence entre le produit des deux matrices selon l’ordre de leur multiplication et en mécanique quantique, la différence entre le résultat des deux opérations est une fonction de ħ, la constante de Planck : on a en effet A*B – B*A = ħ/2π.

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L’actualité de la crise : Ouf, une bonne chose de faite, par François Leclerc

OUF, UNE BONNE CHOSE DE FAITE

Je ne sais pas bien par quel bout prendre ce G7 de Rome qui vient de se terminer aujourd’hui. Peut-être par la stupéfiante déclaration de quelqu’un qui n’y assistait pas, Nicolas Sarkozy : « moi je n’ai pas à me plaindre d’avoir à gérer la crise du siècle et d’avoir à trouver des solutions. » a-t-il déclaré de Val d’Isère, où il assistait aux Mondiaux 2009 de ski alpin, pour y trouver certainement de l’inspiration. Ou bien par celle de Jean-Claude Trichet, président de la BCE, qui à propos de Timothy Geithner, secrétaire au Trésor US, a expliqué aux journalistes « Tim est très connaisseur, il sait de quoi il parle », sans bien entendu dire de quoi ils avaient parlé. Ou bien encore celle de Christine Lagarde, ministre de l’économie et des finances française, qui a qualifié le dîner qui réunissait vendredi soir les participants du G 7 de « très sympathique et chaleureux ». Pour un peu, le communiqué final du G 7 se limitait au menu des agapes et chacun repartait ensuite chez soi vaquer à ses petites affaires.

Les déclarations de Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, étaient elles plus dignes de l’événement. Après avoir déclaré à l’AFP, à propos de ce même dîner, que « les gens ne chantent et ne dansent pas vraiment sur les tables », il a estimé que les économies des pays avancés sont en « profonde récession » et que l’économie mondiale est « proche de la récession ». Il a ensuite mis les points sur les « i ». « Le problème à traiter, c’est (…) la restructuration du secteur bancaire », estimant que la création d’une bad bank « est plutôt la solution la plus simple ». « Cela ne redémarre pas tant qu’on n’a pas nettoyé les bilans bancaires », a-t-il poursuivi, avant de conclure « « Les banques qui ne sont pas viables, il faut réussir à les faire reprendre par les autres, voire les fermer ».

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Dolly Parton

Adriana me montrait sur l’internet un site où l’on se moque des femmes les moins élégantes. Et on voyait là, Dolly Parton, effectivement déguisée en abat-jour des années trente. Mais je n’étais pas content.

Dolly Parton, dans ses concerts, comme une « folk singer » au sens propre du terme, raconte de nombreuses anecdotes sur son enfance et sa jeunesse, grandissant dans une famille de fermiers où l’on avait du mal à joindre les deux bouts. Ce sont des anecdotes sur la misère au jour le jour : la tentation de l’alcool pour oublier parfois, la tentative ratée d’aller gagner un peu plus à la ville, les tensions entre conjoints qu’on attribue dans la colère à tout et à n’importe quoi, alors qu’il ne s’agit que du manque d’argent, et ainsi de suite.

De certaines de ces anecdotes, elle a fait des chansons. Dans Coat of Many Colors, elle raconte qu’un hiver, sa mère lui avait confectionné un manteau à partir d’une boîte de coupons de tissu que la famille avait reçue. La petite fille qu’elle était fut émerveillée par ce manteau magnifique. Arrivée à l’école, les autres enfants la ridiculisèrent.

Aujourd’hui je sais que c’est parce que nous n’avions pas d’argent,
Mais je me sentais aussi riche qu’on puisse l’être
Dans mon manteau multicolore
Que ma maman avait fait pour moi,
Qu’elle avait fait juste pour moi.

Madame Dolly Parton, vous n’êtes ni chic ni distinguée, mais personne n’a le droit de vous le reprocher : votre contribution est ailleurs et elle est capitale.

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On a reçu ça

From: bankster.tv
Sent: Friday, February 13, 2009 2:40 PM
To: ‘Paul Jorion’

Mr Jorion,

Je viens vous annoncer qu’a l’occasion du ZDay le 15 mars prochain nous publierons une vidéo concernant vos dires et vos pratiques.

Je regrette d’avoir a faire cela.

Malheureusement vous ne nous laissez aucun choix, le débat « démocratique » nous ait interdit et vous effacez des informations cruciales méconnues de vos lecteurs que vous commentez à contre sens en privée.

A ce titre vous ne respectez pas le droit à la liberté d’expression, ni meme le droit de réponse quand vous écrivez des fausses allégations concernant l’Argent Dette.

Dont Acte

Bonne chance pour la « suite »

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L’actualité de la crise : Le décor est planté, le rideau s’ouvre, par François Leclerc

Billet invité.

LE DECOR EST PLANTE, LE RIDEAU S’OUVRE

« Halte au protectionnisme ! » entend-on proclamé de partout dans le monde, de chefs d’Etat, de premiers ministres, du FMI … Officiellement, le G7 de Rome de cette fin semaine semblerait devoir être prioritairement consacré à sa préoccupante résurgence, comme si, après le haro lancé sur le bonus des banquiers et les dividendes des actionnaires, une nouvelle campagne était lancée, un nouvel os donné à l’opinion publique, suffisamment familier pour qu’elle se jette dessus, en espérant qu’elle s’en contente.

Certes, des mesures protectionnistes, qui ne pourraient qu’aggraver la crise dans le contexte actuel, sont actuellement prises ou annoncées, ici ou là, et l’impression qui domine, dans le sauve qui peut mal dissimulé que l’on observe, est que personne ne compte trop sur les autres pour sauver sa peau. Faute d’être pour l’instant parvenu à trouver collectivement des solutions, qui néanmoins échappent tout autant individuellement à chacun.

Ces dernières sont pourtant activement recherchées. Toutes les réunions internationales annoncées pour ces prochaines semaines, depuis le G7 de demain jusqu’au G20 de début avril, vont y être fébrilement consacrées. Sans garantie de succès.

La transparence, dans cette affaire, ne manque pas seulement aux marchés, largement fermés à toutes les exhortations, parce qu’ils croient tout simplement savoir où est leur intérêt. Elle fait aussi défaut du côté de tous ceux qui cherchent à sortir de ce guêpier, dirigeants politiques, hauts fonctionnaires internationaux, éminents patrons d’institutions financières qui ne le sont pas moins.

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Les atouts de la France

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La France s’en sortira plutôt mieux que les autres en raison de la résistance qu’elle a opposée au grand mouvement de dérégulation et à l’esprit de laisser-faire. Une des raisons principales : le fait que la proportion de fonctionnaires au sein de la population soit plus importante qu’ailleurs (9,1 % de la population contre 4,9 % pour les Allemands). Autre raison : un niveau de dépenses publiques plus élevé (52,4 % du PIB en France en 2007, contre 37,4 % aux États–Unis).

Je n’ai pas trouvé ça ce matin dans L’Humanité mais dans le Wall Street Journal sous la plume de Sebastian Moffett, qui fait essentiellement reposer son analyse sur des chiffres du FMI et de l’OCDE.

Seul point noir, selon Laurence Boone de Barclays Capital, cité par Moffett : lorsque les affaires reprendront, la France émergera plus lentement que les autres : « Lorsque l’économie mondiale repartira finalement (eventually)… » « Finalement », le mot est bien choisi : ce n’est en effet pas demain la veille !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Crédit pas tout à fait mort, par François Leclerc

Billet invité.

CREDIT PAS TOUT A FAIT MORT

Plusieurs récentes enquêtes réalisées en France et en Europe auprès des directeurs financiers et des chefs d’entreprises viennent d’être rendues publiques. Elles apportent un éclairage instructif sur la crise du crédit. Sa recherche devient en effet, non sans surprise, la première préoccupation de ceux-ci. Ils s’appliquent beaucoup, également, à en limiter le besoin, vu sa rareté et son coût. Avec deux méthodes principales, la renégociation du crédit fournisseur et la réduction du crédit client. Avec les conséquences en chaîne que l’on devine.

A l’autre extrémité de la chaîne, dans le monde des consommateurs, le crédit revolving, si dénoncé et pourtant toujours aussi florissant, continue de faire ses ravages. Il continue d’être massivement promotionné, se révélant un important argument de vente de biens de consommation comme l’électroménager. Concourant toujours autant au surendettement des ménages à faible revenu. Une histoire de la même famille que celle des subprimes américaines.

D’un côté on coupe les crédits, de l’autre on cherche à les maintenir, il ne s’agit pas des mêmes, mais dans les deux cas cela va amplifier la crise.

Toujours dans le crédit, on se rappelle que de plus en plus de plus en plus de grandes entreprises ont créé des filiales spécialisés dans le financement des acquisitions de leur production par leurs clients, et on remarque qu’elles les renflouent ces temps-ci autant qu’elles le peuvent, car elles sont vitales pour elles. On se souvient également que l’activité de crédit, consenti ou imposé suivant les cas, est souvent à l’origine de l’essentiel des marges financières réalisées dans de nombreuses activités de production ou de distribution, non financières, considérées à faible rendement.

Profondément atteint, le système du crédit expose actuellement ses faiblesses et met ainsi en évidence le rôle de plus en plus élargi qui lui a été attribué pour contribuer au bon fonctionnement de l’économie. La fausse justification finale de l’activisme financier qui vient de s’écrouler à bout de souffle.

Les sénateurs français envisagent de déposer un projet de loi en faveur du « crédit social », afin d’offrir une alternative au credit revolving. Un crédit qui n’en connaîtrait pas les tares en terme de coût final et qui serait plafonné à 3.000 euros, réservé aux ménages « les moins fortunés », selon l’absurde expression qui évite de dire « pauvres ». Restera encore à trouver, si cette loi qui serait un progrès indéniable devait être adoptée, les moyens qu’auront les mêmes ménages de rembourser leur « crédit social ».

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ContreInfo

Dernière mise à jour : 19/2/09

Philippe Barbrel et moi avons eu un échange dont nous sommes convenus que la teneur resterait privée. Il affiche désormais sur le site de ContreInfo : « Le site est temporairement suspendu pour raison de santé ».

J’ai pris mes dispositions pour que la continuité soit assurée ici, je veux dire sur le blog de Paul Jorion et que vous soyez informés en permanence d’interruptions éventuelles.

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L’actualité de la crise : Première éclaboussure, par François Leclerc

Billet invité.

PREMIERE ECLABOUSSURE

Il est des périodes où ce qui devrait rester confidentiel est révélé au grand jour. Ce n’est probablement que le commencement.

James Crosby, vice-président de la Financial Services Authority (FSA), l’organisme britannique de supervision des banques, vient de démissionner mercredi, au cœur d’un scandale qui atteint également le gouvernement. Un épisode qui accroît les suspicions sur l’absence d’indépendance de cet organisme vis-à-vis des groupes financiers qu’il est censée superviser, alors que son impuissance à prévenir la crise était déjà critiquée.

L’affaire, qui vient d’éclater, remonte à 2005, du temps où James Crosby était directeur général d’HBOS, une banque que le gouvernement britannique a dû dernièrement secourir d’urgence, avant d’être rachetée par sa concurrente, Lloyds TSB. LBG, le groupe issu de ce rachat est détenu à 43,4% par l’Etat britannique.

A l’époque, encore en pleine période euphorique à la City, le responsable du contrôle des risques de HBOS, Paul Moore, avait alerté la direction de la banque contre des prises de risques excessives, pour se retrouver licencié par James Crosby, qui prétend aujourd’hui que le licenciement était sans rapport avec le cri d’alarme poussé par Moore et résultait en réalité d’une réorganisation de routine.

Paul Moore, alors que son aventure était restée peu exploitée dans les médias, a finalement écrit à ce sujet à la commission parlementaire des Finances, qui s’est saisie et a interrogé à ce sujet, lors d’une audition télévisée, deux autres anciens patrons de la banque, qui ont tous deux démenti sa version. La presse s’est néanmoins emparée immédiatement de l’affaire. Puis l’opposition a réclamé une enquête officielle, avant que James Crosby, tout en réaffirmant son innocence, ne se décide à démissionner, afin de ne pas nuire, a-t-il dit, au bon fonctionnement de la FSA.

L’affaire a pris une tournure politique, Gordon Brown étant finalement mis en cause directement, en raison de ses liens avec James Crosby.

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La belle époque où l’on pouvait encore collectiviser les pertes

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le rejet de la vente de Fortis à la BNP par ses actionnaires est intéressant à plusieurs points de vue. Le premier, c’est la révolte d’investisseurs contre l’intervention d’un État tentant de sauver les meubles. Le second, c’est la mise en évidence du caractère démesuré qu’ont pris les empires financiers par rapport aux États qui les abritent. On pense d’abord à l’Islande engloutie en raison de son secteur bancaire hypertrophié, ou de la Belgique, poids plume financier quand on la compare à sa banque Fortis, mais il s’agit aussi de la Grande-Bretagne désormais incapable de porter à bout de bras son secteur financier, il s’agit enfin des États–Unis qui reculent devant la tâche de mettre en place une banque de défaisance qui mettrait en quarantaine la masse de ses produits de dette aujourd’hui trop dépréciés.

Les pertes causées par les bulles financières quand elles éclatent dépassent désormais en taille la capacité d’absorption des États et le monde découvre les conséquences à long terme de la privatisation des profits alors que l’issue de secours si pratique autrefois de la collectivisation des pertes a disparu de l’horizon des possibles.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Histoire du système bancaire du Grand-Duché de Gerolstein (IV) – Conclusion

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’histoire bancaire du Grand-Duché de Gerolstein simplifie sans doute de manière caricaturale le processus de création monétaire mais son but n’était pas d’apparaître réaliste de ce point de vue là. Ce que je visais à l’aide de cette illustration était d’un autre ordre : j’entendais décrire l’évolution d’un système bancaire au sein du microcosme d’une petite société où les questions d’argent ne se posent pas de manière purement abstraite et dans un vide social mais dans le cadre des relations qu’entretiennent effectivement les trois grands groupes qui constituent nos sociétés : les capitalistes ou investisseurs, les entrepreneurs ou dirigeants d’entreprises et les salariés, et en focalisant l’attention sur le rôle très spécial que jouent les banquiers à l’articulation de ces groupes, non pas du fait de leur fonction d’intermédiation mais en raison du rapport d’emblée déséquilibré qu’entretiennent ces trois groupes dans nos sociétés.

Après avoir créé un cadre très simple, centré sur une banque commerciale où les citoyens ordinaires peuvent déposer sur un compte-courant l’argent dont ils n’ont pas un besoin immédiat, et dans un deuxième temps sur un compte-épargne, je mets en évidence comment ce système évolue du fait que ceux qui empruntent l’argent déposé sur ces comptes doivent s’acquitter d’intérêts. Je montre enfin comment – d’une manière a priori invraisemblable – l’endettement croissant d’une partie de la population peut apparaître par un processus pervers comme enrichissement de la nation toute entière. L’astuce réside ici dans le processus de la titrisation, c’est–à–dire dans la marchandisation de la dette des emprunteurs individuels, titrisation qui crée une machine à générer de la « pseudo-richesse » mais qui conduit la banque centrale du Grand-Duché à traiter ces créances comme ce qu’elles feignent d’être, à savoir une richesse authentique.

Bien entendu l’argent n’a pas été inventé avec ce type de processus en vue : il s’agit avec la concentration du capital et la nécessité du versement d’intérêts que celle-ci entraîne, et ensuite avec le titrisation, de dévoiements, par ceux qui leur ont découvert des modes de détournement possibles, des principes qui présidaient initialement au fonctionnement de l’argent : du coup, le loyer de l’argent et les reconnaissances de dette apparaissent comme les équivalents d’une richesse véritable, et leur engendrement comme celui d’une nouvelle richesse.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Ex nihilo et… quoi encore ?

Julien Alexandre a bien fait d’attirer mon attention sur le fait que certains tentent d’entraîner le débat relatif à la création monétaire « ex nihilo » sur le terrain du racisme et plus particulièrement de l’antisémitisme.

Je me suis ouvert dans différents billets sur le fait que mon grand-père maternel était juif. Certains commentateurs sur d’autres sites pensent – et ne se privent pas de le dire – que la raison pour laquelle je considère que les banques commerciales ne créent pas de l’argent ex nihilo est due à mon ascendance ou comme ils le disent avec beaucoup de tact, à ma « sensibilité ». Ce serait donc par « solidarité avec un groupe ethnique » (qui ne considère pas – soit dit en passant – que j’en fasse partie) que j’adopte ce point de vue.

Je défends l’opinion que les banques commerciales ne créent pas d’argent ex nihilo parce que c’est un fait. J’ai examiné avec patience tous les documents qui m’ont été soumis qui tendraient à prouver le contraire.

Certains d’entre vous m’ont dit en privé – et d’autres l’ont dit ici – que la thèse de l’argent ex nihilo est un mythe urbain d’inspiration antisémite et je leur ai dit que je ne le pensais pas. Ceci dit, j’ai suivi bien des liens qui m’ont été proposés dans ce débat et je suis tombé le plus souvent sur des sites américains antisémites du courant « milicien ». Cela ne m’a pas empêché de continuer à penser que les défenseurs de l’ex nihilo étaient dans leur majorité de bonne foi et je le pense encore. Le moment est cependant venu pour eux de faire un sérieux tri parmi leurs alliés.

Je n’ouvre pas ce billet-ci à la discussion parce qu’il s’agit ici d’une déclaration de ma part et non d’idées que je soumets au débat.

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L’actualité de la crise : Autour du pot, par François Leclerc

Billet invité.

AUTOUR DU POT

Avec les déclarations de Timothy Geithner de ce jour, l’administration Obama donne l’impression d’augmenter la mise, avec des effets d’annonce destinés à impressionner, mais elle continue en réalité de tourner autour du pot. C’est également le cas des Européens, au sortir de la réunion de Bruxelles des ministres des finances de l’Union européenne, à propos des modalités d’encadrement d’éventuelles bad banks, une perspective évoquée pour le moment en Grande-Bretagne, RFA et Belgique.

Aux USA, il est dorénavant annoncé une enveloppe pouvant aller jusqu’à 1.000 milliards de dollars, au lieu des 200 initiaux acquis dans le cadre du TALF, afin d’aider le crédit à la consommation et aux petites entreprises. Vraisemblablement sous forme de garanties de la Fed, à l’exception, sans doute, d’une petite partie prise en charge par le Trésor. Le curseur de la création monétaire semble donc avoir été relevé par rapport à ce qu’annonçait ces jours derniers la presse américaine.

De nouvelles injections de fonds fédéraux sont prévus dans le système bancaire, sans que les montants et les conditions d’attribution n’en aient été précisés. On a seulement appris qu’un trust (une fiduciaire) allait regrouper les prises de participation de l’Etat.

Nouveauté également, une structure à capitaux mixtes public/privé, dotée de 500 milliards de dollars, serait crée en vue d’inciter les investisseurs privés à acheter les actifs douteux des banques.

Enfin, un plan logement destiné à éviter de nouvelles saisies immobilières continue d’être à l’étude et sera prochainement annoncé.

Au final, l’impression qui se dégage du plan est qu’il exprime beaucoup d’intentions, mais celles-ci devront se concrétiser. Et que les mécanismes complexes qui sont prévus devront être précisés pour devenir opérationnels. Et, enfin que la Fed se révèle comme prévu, très largement mise à contribution, afin que le Trésor ne le soit pas.

Auditionné mardi par la Chambre des représentants, Ben Bernanke, président de la Fed a d’ailleurs simultanément justifié l’importance des engagement pris par la banque centrale en déclarant que « les risques financiers inhérents aux crédits accordés par la Réserve fédérale ont été, d’après moi, largement dépassés par les risques auxquels le système financier et l’économie auraient été confrontés si nous n’avions pas agi ».

Du côté européen, les très grandes lignes de mécanismes d’encadrement du rachat des actifs douteux on été annoncés lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion des ministres des Finances de Bruxelles. Il appartiendra à la Commission européenne de les concrétiser dans les semaines à venir, a-t-il été précisé. Un double objectif a été poursuivi, éviter les distorsions entre Etats et réduire les coûts qu’ils pourraient avoir à supporter. D’où l’idée de règles communes et d’une valorisation des actifs douteux selon une « approche correcte et cohérente ». Les commentateurs traduisent cette dernière formule en parlant de l’adoption de valeurs au plus près de celle du marché, ce qui n’est pas très explicite dans le contexte actuel, sauf à dire qu’elles seraient valorisées selon à un très bas niveau. Impliquant des dépréciations de la part des banques, puis des recapitalisations. On n’en sort pas. Il va falloir attendre pour en savoir plus, là aussi.

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*Le seul Blog optimiste du monde occidental*