L’actualité de la crise : Festival de bonnes nouvelles, par François Leclerc

Billet invité.

FESTIVAL DE BONNES NOUVELLES

Quel angle choisir, pour évoquer l’actualité aujourd’hui? La situation financière américaine, une fois encore ? Elle est d’apparence calme, même s’il faut particulièrement se méfier de ses eaux dormantes, nous l’avons appris. La situation économique, plutôt, qui va en s’aggravant de manière impressionnante ? En dépit des déclarations qui se veulent optimistes, de ceux qui continuent à vouloir jouer aux devinettes en annonçant des dates de reprise, soit en jouant les sœurs Anne, soit en s’appuyant sur des têtes de pointes d’épingle pour le justifier.

Jean-Pierre Danthine, futur membre du directoire de la Banque nationale suisse, la BNS, s’y exerce aussi dans le quotidien Le Temps de ce jour jeudi, en prévoyant que le fond de la crise pourrait être atteint en janvier 2010, mais que le problème principal demeurerait le chômage. « Nous devrons alors nous assurer que les conditions de la reprise sont les meilleures possibles et que le risque majeur n’est plus celui de la déflation, mais de l’inflation ». Un paradis somme toute, mais qui ne sera pas fiscal et n’encourra pas les foudres bienveillantes de l’OCDE.

Toujours à propos de calendrier, celui qu’annonce l’agence d’évaluation financière américaine Standard & Poor’s, qui vient de dégrader les principaux assureurs de contrats hypothécaire américains, est plus lointain. Celle-ci s’attend en effet à ce que « la plupart » des organismes d’assurance de contrats hypothécaires enregistrent des pertes en 2011, fondant son estimation des pertes à venir de ces organismes sur des prévisions plus pessimistes à propos de la progression du chômage et des défauts de paiement qui s’en suivront. La moyenne est donc de 650.000 mensuels actuellement.

Somme toute, la seule question qui est désormais posée, c’est de savoir quand nos édiles vont commencer à évoquer 2012, à force de reculer les échéances.

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Mauvaises herbes

Certains d’entre vous ont pris l’habitude de placer leurs commentaires au hasard dans tel ou tel billet. Rien ne hérisse tant la plupart des autres et ma boîte aux lettres sombre alors rapidement sous un déluge de messages indignés. Epargnez-moi SVP de devoir passer trop de temps sur des questions d’intendance. Si vous voulez lancer une discussion sur un sujet qui n’a pas encore été traité, soumettez-moi un billet que je me ferai un plaisir de publier. En attendant, le désherbage réclamé à cors et à cris, a commencé.

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Pour une approche apocalyptique de la crise, par Christophe Perrin

Billet invité. Pierre-Yves D. a écrit hier (pardonnons-lui le ton révérencieux) : « Paul Jorion ne manque pas de citer les réflexions et travaux de ses pairs, quand bien même il ne partage pas tous leurs points de vue. Nous nous en étonnons presque, pourtant cela ne devrait-il pas être la règle ? Peut-on, aujourd’hui, prétendre être un intellectuel si l’on n’est pas capable de dialoguer avec ses pairs, et ce au vu et au su de tous, c’est-à-dire avec les citoyens, dont on fait des partenaires et non pas seulement des réceptacles d’une connaissance infuse ? » Pierre-Yves D. a saisi en tout cas, l’amour chez moi de l’antithèse, quand je défends la thèse, et l’amour de la thèse quand je défends (beaucoup plus souvent, il est vrai), l’antithèse.

POUR UNE APPROCHE APOCALYPTIQUE DE LA CRISE

La rapidité avec laquelle la crise financière et économique s’intensifie et prend de l’ampleur, et sa visibilité portée par la présentation médiatique tant des faits que des analyses, quasiment en temps réel, tendent à masquer le caractère premier du bouleversement que nous connaissons. S’il est indéniable que son déclenchement est lié aux déséquilibres économiques et financiers, ceux-ci n’en sont qu’une expression très visible. Les racines de la crise sont plus profondes ; plus que des modes d’activité, la crise relève des fondements de ces modes d’activité : notre perception du réel.

Nous sommes les témoins et les acteurs d’une crise civilisationnelle, une crise qui met avant tout en cause le paradigme hégémonique de notre civilisation : la rationalité comme unique grille de lecture de la réalité et comme unique moyen d’action autorisé quelle que soit la sphère d’activité. La prépondérance de l’économie dans la civilisation capitaliste mondialisée favorise les tendances à limiter le questionnement aux questions économiques. Cette focalisation est compréhensible, tant la mise en cause de nos fondements de civilisation peut sembler effrayante. C’est bien le sol qui se dérobe sous nos pieds. L’accepter c’est faire preuve de courage mais aussi d’humilité ; ces vertus ont malheureusement déserté notre monde post-moderne.

Certes, les dommages qui se donnent à voir, qu’ils soient humains, sociaux ou écologiques, ont pour cause évidente l’activité économique telle qu’elle est pensée et organisée rationnellement, et que l’on désigne communément par le vocable de marché. Certes, en soi, la rationalité ne peut se réduire à la rationalité économique. Mais il est indéniable que l’une comme l’autre partagent le même projet de domination et de soumission du réel à leur axiomatique respective. Or même si elles diffèrent du point de vue des fins, la première, au nom du bien de tous, prétend émanciper l’Homme et le conduire vers un horizon de progrès et de liberté, la seconde vise à maximiser l’activité de production et de consommation aux fins de réaliser les profits les plus grands et le bonheur du plus grand nombre possible de libres individus ; l’une comme l’autre se prétendent l’unique voie par laquelle l’humanité peut cheminer. Elles partagent ce paradoxe qui associe à la liberté une dimension indéniablement totalitaire.

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Le coup d’Etat feutré, par Simon Johnson (traduction française)

Ici se trouvait notre traduction collective de l’entretien que Simon Johnson a accordé au magazine The Atlantic, publié dans son numéro du mois de mai.

J’avais demandé à The Atlantic, ainsi qu’à Johnson lui-même, le droit de publier cette traduction. Elle a été présentée ici jusqu’au 7 mai, date à laquelle j’ai reçu l’injonction de la retirer ou de payer 800 $.

Copyright The Atlantic.

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Derrière les soubresauts de l’argent-monnaie, une catastrophe annoncée, par Bruno Lemaire

Billet invité.

DERRIERE LES SOUBRESAUTS DE L’ARGENT-MONNAIE, UNE CATASTROPHE ANNONCEE

Les mesures annoncées par le G20 n’y changeront rien. La monnaie n’est pas neutre, ni économiquement, ni idéologiquement, et il ne faut pas laisser aux intérêts spéculatifs et privés le soin d’émettre cette monnaie, potentiellement si perturbatrice.

Quatre questions se posent à toute personne voulant comprendre et éventuellement réformer le système monétaire actuel :

1) Qui émet (ou « crée ») cette monnaie-argent ?

2) Combien (quelle quantité) faut-il émettre ?

3) Pourquoi (et pour qui) émet-on cette monnaie ?

4) Qui contrôle (et régule) cette émission ?

Je ne vais pas revenir sur la première question, car chacun sait, plus ou moins bien, que le système monétaire fait intervenir à la fois la banque centrale (pour la monnaie fiduciaire – les billets – proprement dits) et les institutions financières, banques (de second rang) ou intermédiaires financiers. Les banques émettent essentiellement de la monnaie scripturale (au-delà de leurs propres réserves en monnaie fiduciaire) – dans le cadre de certaines règles prudentielles peu contraignantes. Les autres institutions agissent comme de simples intermédiaires financiers, en prêtant à certains agents économiques l’épargne – de plus ou moins long terme – réalisée par d’autres agents.

Je vais plutôt m’interroger ici sur les raisons des variations de la monnaie, en me limitant ici à ce qui est appelé agrégat monétaire M1, qui inclut billets (et pièces) en circulation et dépôts à vue (définition Banque de France, 1999). Cette question contient donc les points 2 (Combien) et 3 (Pourquoi). Le point 4, celui du contrôle et de la régulation, n’est pas vraiment traité par le G20, faute de s’être attaqué clairement – et non idéologiquement – aux questions « Combien » et « Pourquoi ».

Pourquoi des variations monétaires ?

Cette question, souvent effleurée, mais rarement approfondie, peut s’écrire ainsi : pourquoi la masse monétaire en circulation a-t-elle besoin d’être augmentée (ou diminuée) d’une période à l’autre ? Dit encore autrement, pourquoi le système économique pris dans sa globalité a-t-il besoin de plus (ou de moins) de monnaie-argent que précédemment ?

Ces questions sont évidemment indépendantes de l’agrégat monétaire choisi pour le raisonnement. J’ai pris ici M1, considéré traditionnellement comme correspondant à l’ensemble des moyens de paiement (fiduciaire et scripturaux) ; on aurait pu, dans un système où il n’y aurait que de la monnaie fiduciaire, se poser les mêmes questions.

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Tout sur ma femme de ménage, par Daniel Dresse

Billet invité.

TOUT SUR MA FEMME DE MENAGE

En parcourant récemment l’excellent site de Pascale Fourier (je vous fais confiance pour le lien), je suis tombé sur ce florilège délectable de Patrick Artus. Monsieur Artus est loin d’être ce que l’on fait de pire dans le Sérail, mais je vous ai encore dit récemment qu’il fallait désormais s’attendre à tout et sans vergogne :

« …On devrait donc voir une accélération des pertes d’emplois industriels, non seulement à cause du cycle économique, mais aussi des nouvelles délocalisations.

Les délocalisations entraînent un report des emplois industriels vers les emplois de services domestiques (au sens large). Avant la crise, il s’agissait aussi d’emplois « sophistiqués » dans les services aux entreprises, les services financiers. Après la crise, ces emplois reculent, ainsi que les emplois dans les constructions, et le report des emplois industriels ne peut plus se faire que sur la distribution, les services aux particuliers, les loisirs… , c’est-à-dire vers des secteurs où les niveaux de productivité sont faibles.

[…] Il faut donc sérieusement craindre que la crise, en provoquant une nouvelle vague de délocalisations, entraîne un changement de la structure des emplois. »

Cela m’a rappelé bigrement une conversation que j’avais eue la semaine précédente avec Madame X… une femme de ménage de l’entreprise où je travaille. Cette femme nous est adressée par une société de nettoyage et fait donc partie du personnel « en externalité » soit un cas classique de l’entreprise moderne. Elle « fait des chantiers » – chez nous depuis plusieurs années -suivant le jargon d’usage dopé à l’euphémisme.

Je n’avais jusqu’à ce jour jamais eu de rapport autre que strictement professionnel avec elle (« faites ceci, faites cela, et n’oubliez pas de faire le point avec moi avant de partir »). Je savais, en bavardant avec d’autres membres plus anciens du personnel, qu’elle était turque, qu’elle était arrivée en France depuis cinq ans maximum, et qu’elle disait avoir obtenu un diplôme d’infirmière en Turquie -c’est vrai que j’avais remarqué un côté « soignante » dans sa propreté et ses manières méticuleuses.
J’avais engagé la conversation avec elle alors qu’elle faisait sa pause à la cuisine. Un brin de contrariété dans son regard m’avait suggéré que j’allais pouvoir parler avec elle d’autre chose que de mobilier détérioré ou d’objets divers trouvés dans les chambres.

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L’entretien de Simon Johnson : « Le coup d’état feutré »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ceux qui ont déjà lu l’entretien que Simon Johnson a accordé à « The Atlantic », dont François Leclerc vous a révélé la substance dans le billet précédent, ont déjà deviné l’une des raisons pour lesquelles j’ai à cœur qu’il vous soit accessible en français : la similitude entre ses propos et le portrait de nos sociétés en crise que je vous offre ici depuis plus de deux ans.

Cette similitude pourrait à mes yeux suffire en soi : je n’ai jamais fait qu’effleurer les marges du système universitaire, alors que Johnson est Professeur au MIT, et si j’ai connu bien des guerres de la finance, je n’y ai jamais été qu’un fantassin (anthropologue infiltré !), alors que Johnson fut économiste en chef du Fonds Monétaire International, et l’autorité qui est la sienne en tant qu’expert en la matière, constitue pour les opinions que j’exprime un renfort non-négligeable : si les vues d’un iconoclaste sont reprises parallèlement par un ponte, elles se mettent soudain à prendre un petit air d’évidence.

Mais il ne s’agit encore là, comme je l’ai dit, que de la première des raisons pour lesquelles je tiens à vous faire connaître cet entretien, la seconde, c’est qu’il apporte aussi un tout autre éclairage que celui que je vous offre ici et celui-ci lui vient précisément de l’expérience acquise par Johnson en tant qu’économiste-en-chef du FMI.

Je résumerai son message spécifique de la façon suivante : des crises du type de celle qui emporte en ce moment le monde et qui, non seulement nous vient des États–Unis, mais est entretenue par eux, le FMI aurait proposé de les résoudre dans d’autres pays où elles auraient pu éclater en exigeant des autorités en place qu’elles cassent provisoirement les oligarques proches du pouvoir, à la suite de quoi le FMI aurait accordé à ces pays un prêt qui leur permettrait de se refaire une santé. Cette approche, dit Johnson, ne pourra pas être utilisée aux États–Unis et ceci pour deux raisons. La première, c’est qu’il faudrait un prêt beaucoup plus gros que ceux que le FMI a la capacité d’accorder. La seconde, c’est que l’Amérique ne pourra pas couper les ailes de quelques-uns de ses oligarques, parce que – et c’est là l’une des originalités de ce pays que je caractérise généralement en parlant de lui comme d’une « nation prise en otage par sa Chambre de Commerce » – parce que dit Johnson, aux États–Unis, l’oligarchie est au pouvoir.

Lisez son texte en entier en anglais si cette langue vous est familière, sinon, soyez patient, nous vous offrirons bientôt une traduction française complète de l’entretien. Je vais apporter mon modeste écot en vous offrant en attendant la traduction d’un passage, celui qui explique ce que sont les scénarii pessimiste et optimiste de sortie de la crise. Un petit avertissement ici à propos du scénario « optimiste » et plus particulièrement si vous êtes celui qui signe ici « déprimé » : allez plutôt faire un tour au cinéma. Attention on commence : d’abord le scénario pessimiste.

Notre avenir pourrait être celui où le chamboulement permanent alimente le pillage qu’opère le système financier, et où nous discuterons à l’infini du pourquoi et du comment les oligarques ont pu se métamorphoser en simples fripouilles et comment est-ce dieu possible que l’économie n’arrive pas à redémarrer.

Maintenant, scénario optimiste. Je vous ai prévenu : attachez vos ceintures !

Le second scénario débute d’une manière plus glauque, et pourrait malheureusement se terminer de la même manière. Mais il offre au moins un espoir minime que nous parviendrons à sortir de notre torpeur. Le voici : l’économie globale continue de se détériorer, le système bancaire de l’Europe de l’Est s’effondre et – du fait que ce sont essentiellement des banques d’Europe occidentale qui en sont les propriétaires – la crainte justifiée d’une insolvabilité généralisée des gouvernements européens s’empare de tout le continent. Les créanciers souffrent de plus en plus et la confiance sombre encore davantage. Les économies asiatiques exportatrices de biens manufacturés sont ravagées, tandis que les producteurs de matières premières en Amérique Latine et en Afrique ne s’en sortent guère mieux. L’aggravation dramatique de la situation mondiale donne le coup de grâce à une économie américaine déjà chancelante. […] Face à ce genre de pressions et confrontés à la perspective d’un effondrement à la fois national et global, un peu de jugeote infuse enfin l’esprit de nos dirigeants.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Comment le FMI verrait la crise financière aux USA, par François Leclerc

Billet invité. Cette fois-ci encore, François Leclerc et moi procéderons en deux temps : dans un premier temps, son billet, consacré à l’entretien-choc que Simon Johnson a accordé à « The Atlantic » et dans un second temps, mon propre billet, plus proche dans son style de la chronique. L’un d’entre vous travaille en ce moment à une traduction française de ce long texte, qu’il en soit remercié : il est indispensable que chacun puisse lire les propos de Johnson, François vous fera déjà comprendre pourquoi.

COMMENT LE FMI VERRAIT LA CRISE FINANCIERE AUX USA

La vénérable revue bostonienne « The Atlantic », publie dans son numéro daté de mai 2009 un article qui risque de faire du bruit, sous la signature de Simon Johnson, ancien chef économiste du FMI (mars 2007-août 2008), professeur de la Sloan School of Management du MIT. Il est titré « Le coup d’Etat feutré ».

C’est au nom de son expérience passée au FMI, ainsi qu’en s’appuyant sur ses études approfondies des crises financières passées, dont il est un des experts reconnus, qu’il adopte pour cet article un angle très percutant : si c’étaient les USA qui frappaient à la porte du FMI, comme tant de pays l’ont fait une fois qu’ils avaient épuisé tous les autres recours, que lui aurions-nous dit ?

Après avoir évoqué la situation actuelle en Russie, endettée à l’extrême pour avoir cru que son secteur énergétique pourrait soutenir une croissance continue de la consommation, il explique que le FMI dirait à Poutine, le premier ministre, qu’il ne pourrait obtenir un prêt qu’à condition de faire le ménage dans son oligarchie et avoir fait un choix afin de ne conserver en son sein que les meilleurs représentants, ne pouvant prétendre assumer les dettes de tous.

D’inévitables fortes réactions de défense de cette même oligarchie ont été à chaque fois rencontrées, dès qu’une telle politique était appliquée. Simon Johnson en donne des exemples, pour conclure que cela n’a pas empêché les mesures préconisées de produire leurs effets bénéfiques. On voit que l’intérêt de cet article n’est pas son point de vue critique sur la politique menée par le FMI, ce n’est pas son sujet.

Sous le sous-titre assez ravageur « devenir une république bananière », il en vient à la crise actuelle, pour l’analyser comme le résultat direct de l’action de « l’élite des milieux d’affaires » américains, avec le soutien implicite du gouvernement US. Une situation qu’il a en réalité rencontrée lors de chacune des autres crises économiques et financières qu’il évoque, en Corée du sud, en Malaisie, en Russie ou en Argentine. Plus alarmant encore, précise-t-il, cette élite fait obstacle aux mesures qu’il serait nécessaire de prendre, et le gouvernement semble incapable de sauter l’obstacle qu’elle représente.

Revenant sur les 25 dernières années, l’auteur examine comment les Etats-Unis en sont progressivement arrivés là, sous les différentes administrations successives, comment « l’oligarchie bancaire » est montée en puissance au fur et à mesure que la participation au PIB du secteur financier augmentait. Les raisons profondes de ce double essor ne sont pas analysées, pour s’en tenir à leurs conséquences, qui font aujourd’hui problème. A la constitution de ce qu’il appelle « l’axe Wall Street – Washington ». Avec cette formule redoutable, qui rend compte du caractère proprement corrosif de l’ensemble de son article : « Bien sur, les Etats-Unis sont uniques. A un point tel si que nous avons l’économie, la force militaire et la technologie les plus avancés du monde, nous avons aussi l’oligarchie la plus développée de celui-ci ».

Simon Johnson décrit ensuite comment l’industrie financière américaine a abandonné les méthodes expéditives et violentes utilisées dans les systèmes politiques primitifs, ainsi que les pratiques classiques de corruption, pour constituer son influence politique en s’appuyant sur une sorte de capital culturel, de système de croyance. Il donne aussi les exemples des allers-retours systématiques opérés par de nombreux grands noms de la finance américaine, entre l’administration de l’Etat et le privé. Pour estimer qu’une génération entière d’homme politique a finalement été « hypnotisée » par Wall Street. De longues et précises évocations de cette situation viennent illustrer le propos de l’auteur, qui n’a pas de mal à l’étayer en s’appuyant sur son propre vécu. Avant de décrire les points d’appui sur la base desquels l’industrie financière a pu se développer, après avoir conquis en quelque sorte le pouvoir sans esclandre. D’où le titre de son article.

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L’actualité de la crise : La routine, par François Leclerc

Billet invité.

LA ROUTINE

L’Etat français est devenu le premier actionnaire du fleuron bancaire que représente BNP Paribas, mais il n’a aucun droit de vote au conseil d’administration de la banque, ayant probablement oublié de les demander à l’entrée.

L ‘économiste en chef de la BCE s’inquiète des conséquences de la décision prise par le G20 de permettre au FMI de créer 250 milliards de DTS, n’ayant sans doute pas compris que les Américains cherchent ainsi à créer un fait accompli par la bande, dans la logique de la « création monétaire » à grands seaux de la Fed.

La BCE passe son temps, semaine après semaine, à inonder le marché de liquidités pour les éponger ensuite, version serpillère du cœur artificiel du système financier européen. La Fed jure la main sur le portefeuille et le cœur, précisément, qu’elle saura faire de même le moment venu, il faut la croire sur parole.

L’OCDE vient de finir de totalement vider sa « short list » infamante de paradis fiscaux, pour remplir à ras bord la grise, celle de ceux qui « vont mieux faire », on en est convaincu, on le croit aussi sur parole. Morgan Stanley avertit ses clients que la petite embellie boursière actuelle de Wall Street n’est pas du genre taureau (bull) mais ours (bear), animal dont on connaît la propension à hiberner longtemps, et qu’il faut continuer à chercher refuge dans des valeurs du même nom.

L’une des branches de l’UIMM, syndicat patronal de la métallurgie en France, a dû reconnaître qu’elle avait planqué une minuscule réserve de trois millions d’euros sur un compte numéroté en Suisse, après révélation du journal Le Parisien. Elle l’avait même oublié, plaide-t-elle pour sa défense.

The Economist, l’hebdomadaire britannique de la finance, analyse le plongeon économique catastrophique du Japon (diminution de la production industrielle en valeur annuelle de 38% en février dernier), expliquant que la hausse du yen accentue encore les effets du recul drastique des exportations japonaises, et qu’elle provient elle-même du fait que d’énormes masses de capitaux viennent se réfugier sous l’ombrelle de la devise. Avec le dollar, le yen contribue à une même constatation : plus l’économie de certains pays est en crise, plus leur monnaie est forte. A part cela, le système monétaire international est en pleine forme.

Le Bafin (autorité allemande des marchés financiers (BaFin) a annoncé il y a quelques jours la prolongation de deux mois de l’interdiction des ventes à découvert de onze sociétés financières. Elle est en vigueur depuis le 19 septembre, et l’on s’attend à ce que les homologues français et britanniques du BaFin en fassent de même, pour calmer un peu le jeu. La SEC américaine s’est de son côté penchée sur la question et ne s’est pas encore relevée.

La Banque d’Espagne a estimé que le PIB espagnol allait reculer de 3% en 2009 tandis que le taux de chômage, déjà le plus élevé de l’Union européenne, continuerait d’augmenter pour atteindre 17,1% de la population active en fin d’année. Aux USA, les mois se suivent et se ressemblent : 663.000 emplois ont été supprimés en mars (on parle dans les statistiques des postes de travail, pas de ceux qui les occupaient), amenant le chômage à son plus haut taux depuis 25 ans, soit 8,5% de la population active recensée. Un chiffre très contestable, si l’on considère l’importance du travail au noir des illégaux. Consolation, la perte mensuelle ne s’accroît pas et reste stable à ce rythme d’environ 650.000 emplois mensuels. Les statistiques sur l’emploi des « food stamps » ne sont hélas pas encore disponibles.

D’après le Times de Londres, le FMI va prochainement revoir à la hausse son estimation du montant des actifs toxiques détenus par des institutions financières. Ses calculs parviennent désormais à un montant projeté pour fin 2010 d’un total de 3.100 milliards de dollars d’actifs toxiques aux, contre 2.200 milliards précédemment. Et de 900 milliards émis de leur côté par les établissements européens et asiatiques. 4.000 milliards de dollars en tout, sans que l’on connaisse la méthode d’évaluation utilisée par le FMI. Mais que font donc les pouvoirs publics ?

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L’ère des kolossal coups de pouce

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ce qui est consternant dans les recommandations du G20, dans les plans Geithner, etc. c’est leur incapacité totale à penser les moyens de résoudre la crise en-dehors des sentiers battus. Il semble que pour les décideurs, on se trouve toujours dans le cadre de ce que Jean-Maxence Granier, appelle la « posture B » : « le système survit, bien que difficilement, pour retrouver au bout du compte sa forme originelle ».

Quand on dit : « Ceux qui sont responsables de la crise font partie du problème, pas de sa solution », on pense d’abord aux représentants du monde de la finance, et l’on néglige les régulateurs et les politiques qui leur avaient signé un chèque en blanc. Eux aussi semblent incapables du « thinking out of the box », comme dit l’anglais, incapables de recourir à la pensée latérale : eux aussi n’envisagent des mesures que si elles se coulent dans le cadre de cette même « posture B » où, à la simple différence de la « posture A » pour qui le système oscille de manière rassurante entre vaches grasses et vaches maigres, il convient encore de lui donner un « coup de pouce » pour lui faire retrouver sa bonne santé.

Et comme il ne s’agit pas d’innover, on ne s’interroge pas sur la façon de se débarrasser des produits dérivés qui transformèrent le risque en risque systémique : on vise plutôt à la transparence de leur marché, on n’interdit pas les hedge funds qui orchestrèrent la spéculation débridée : on leur vient en aide pour qu’ils puissent acheter des instruments de dette dépréciés, on ne réfléchit pas à la faute logique qui vicie le principe de la titrisation : on se demande comment la relancer, on ne se demande pas comment améliorer la comptabilité des entreprises, on leur dit : proposez des chiffres, on vous couvre jusqu’à ce que les choses s’arrangent. Et las ! les choses ne s’arrangent pas, elles vont au contraire de mal en pis, mais la philosophie en haut-lieu demeure imperturbable : « Ce n’est qu’un mauvais moment à passer ! », même si l’anxiété n’arrête pas de monter et si la fréquence des moments de panique augmente inexorablement.

S’accrocher à une représentation de la crise en « posture B » présente plusieurs aspects positifs : les avantages acquis sont préservés et le personnel est maintenu en place. Cela présente aussi un inconvénient majeur : ça ne marche pas. On est passé insensiblement des petits coups de pouce de 2007 d’un montant chiffré en milliards d’euros ou de dollars aux gros coups de pouce du début 2008, puis aux coups de pouce énormes de la fin de l’année se chiffrant désormais en centaines de milliards. Quant à 2009, c’est l’année des « kolossal » coups de pouce, aux montants exprimés cette fois en « trillions » d’euros ou de dollars. Et malgré l’ambition de plus en plus pharaonique, toujours pas la moindre lueur au bout du tunnel !

Ce qui a cependant changé, c’est que le sentiment général a cessé d’être la perplexité que suscitaient les budgets exprimés en milliards pour devenir celui du sens de l’absurde que produisent ceux qui se formulent en « trillions ». En 2008, les mesures prises impressionnaient encore mais en 2009, leur ridicule provoque le fou-rire. En 2008, les blogueurs écrivaient « Le Plan Paulson sera-t-il suivi d’effet ? » ou « Lehman Brothers peut-il être sauvé ? », en 2009 ils écrivent : « Quatorze manières de rouler le Plan Geithner dans la farine » ou « Mark-To-Market remplacé par ‘Croix de bois, Croix de fer…’ ».

Les dirigeants affirment que tout peut encore s’arranger alors que les peuples ont compris que plus rien ne sera comme avant. C’est une très mauvaise chose quand le courant ne passe plus entre les peuples et leurs représentants. Qui pourra leur faire comprendre que le moment n’est plus aux « kolossal » coups de pouce : qu’il faut trouver autre chose, que le moment est venu pour la réflexion de sortir des sentiers battus ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Conciliabules en sens divers, par François Leclerc

Billet invité.

CONCILIABULES EN SENS DIVERS

Je pourrais écrire aujourd’hui que ce qui est décidément toujours le plus intéressant, c’est ce que l’on nous cache (pour ne pas nous affoler et pour notre bien). Mais je craindrais d’apporter de l’eau au moulin des « complotistes », cette espèce très compulsive qui fleurit lorsque apparaissent les crises et le printemps. Je dois quand même relever la déclaration de Wladimir Poutine, premier ministre Russe : « Le risque d’effondrement du système bancaire russe a diminué, mais il était réel et tout près de se produire ». Cela amène à s’interroger sur la situation des autres.

Afin de revenir sur une précédente chronique, portant notamment sur les différentes configurations possibles de la gouvernance » du « nouvel ordre mondial » (Gordon Brown, premier ministre Britannique), je pourrais aussi faire état des réflexions US en matière de G2 (vous avez bien lu). Une formule dont Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, s’est depuis fait le champion, une autre manière un peu provocatrice de dénommer la « chimérica », ce dialogue exclusif à deux entre les Chinois et les Américains, devenus les deux principaux acteurs mondiaux. Un G2 qui est plus un concept qu’une réalité institutionnelle, même s’il n’a pas cessé d’avoir une vie, cachée pour l’essentiel elle aussi, car il est inconvenant pour les deux partenaires de trop l’afficher vis à vis de leurs alliés réciproques. Les deals qui peuvent y être passés ne les regardant pas nécessairement.

Les récentes menaces de Tim Geithner, après l’éviction brutale du patron de la GM, évoquant des têtes qui pourraient à nouveau tomber, dans la banque par exemple, avaient beau être voilées, elles ont été reprises dans la presse américaine. Elles témoignent avec éloquence que le bras de fer engagé entre l’administration Obama et les patrons des grandes banques américaine se poursuit, en attendant un prochain épisode qui le fera à nouveau apparaître au grand jour.

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Le Monde – Économie, lundi 6 avril – mardi 7 avril

Dans « Monnaie de référence et référence de la monnaie », je reviens sur la proposition de transformer les Droits de Tirage Spéciaux du Fonds Monétaire International en l’équivalent d’une monnaie mondiale. Que signifie vraiment un abandon du dollar en faveur d’une monnaie dont la valeur est celle d’un panier de devises ?

Historiquement, l’argent a pris des formes multiples, et plus particulièrement celle des métaux précieux. L’or et l’argent constituaient l’étalon, le point d’ancrage idéal de la valeur : résistants à l’usure, poinçonnables à souhait et dont l’aloi est relativement aisé à vérifier. L’impossibilité de maintenir cet ancrage, pour des raisons conjoncturelles locales, ont conduit, entre les deux guerres mondiales, au décrochage de certaines devises, dont les taux se mirent à « flotter ». Le dernier fil connectant les devises à l’or fut cependant défini à Bretton Woods en 1944 : l’once d’or vaudrait 35 dollars et c’est par rapport à ce ratio que les autres devises se définiraient.

En 1971, le Président Nixon désancrait le dollar de sa parité à l’or, sans consultation préalable. Le fil était coupé : le taux de change des devises les unes par rapport aux autres évoluerait désormais selon sa propre dynamique. La preuve était faite que la monnaie pouvait fonctionner sans être soutenue par aucune réalité plus tangible que le fait que tout un chacun y recourt, parce que tout le monde autour de lui en fait autant.

Les taux de change s’établissent désormais en fonction du rendement des capitaux dans chacune des zones monétaires, rendement déterminé quant à lui par la richesse globale, le régime fiscal qui prévaut localement et le rapport de force entre fournisseurs de capital – les investisseurs, et les demandeurs de capital – les entrepreneurs.

Après 1971, le dollar avait poursuivi sur la lancée de son ancrage solitaire à l’or, qui justifiait son statut de devise de référence. Or l’or n’y était pour rien. Une autre dynamique justifiant ce statut s’était instaurée : il fallait que le monde soit avide de dollars et que les Américains soient en retour avides des marchandises qui s’échangent contre leur devise.

Le mouvement se serait sans doute poursuivi moins longtemps qu’il ne l’a fait si la Chine, en voie d’industrialisation rapide, n’avait constitué le partenaire idéal dont l’Amérique avait besoin. Pendant que la Chine se gavait de dollars, l’Amérique se gavait de marchandises que la Chine produisait. Mieux : les achats massifs par la Chine de la dette américaine maintenaient aux États-Unis des taux d’intérêt bas (Greenspan n’y était pour rien !), permettant à leurs consommateurs de s’endetter toujours davantage.

Ce processus à sens unique a conduit droit au précipice. Après quelques hésitations, l’Amérique a choisi de répondre par la fuite en avant : l’argent qui manque, dans une nation où l’État est tout aussi criblé de dettes que ses citoyens, on l’imprimera, et le dollar, émis sans qu’aucune création de richesse n’en soit la contrepartie, se dévaluera inéluctablement.

La Chine s’inquiète de voir que la valeur de sa cassette se réduira comme peau de chagrin, et se tourne désormais vers le monde : le dollar étant bientôt bon à jeter, dit-elle, créons une nouvelle monnaie de référence. Les droits de tirage spéciaux (DTS) émis par le Fonds monétaire international, et dont le taux de change se détermine par celui d’un panier de devises, pourraient faire l’affaire.

Cette solution consacrerait le fait que la monnaie ne trouve désormais comme fondement de sa valeur… qu’elle-même ! La seule différence serait qu’elle signerait la fin de la croyance de la planète toute entière au pouvoir salvateur de l’endettement américain.

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L’actualité de la crise : Des génies de la finance tortueux, par François Leclerc

Billet invité.

DES GENIES DE LA FINANCE TORTUEUX

L’administration Obama utilise un curieux mélange de mesures interventionnistes et d’appel aux acteurs privés du marché. Sa position illustre bien la conception d’un Etat dernier recours avant la catastrophe, forcé et contraint d’y aller et n’hésitant pas à employer alors les grands moyens, ainsi que le recours simultané à des mécanismes de marché, dans un contexte ou celui-ci ne fonctionne plus à « l’état pur ». Avec des effets toujours pervers. Comme on va le voir, le marché continue à faire preuve d’une grande capacité d’adaptation, ce que l’on appelle le « pragmatisme américain », en réalité l’expression d’un instinct de survie à la fois farouche et confiant du « mode de production » capitaliste (comme l’analysait Karl Marx).

Mais ce nouveau modèle, ou stade, est par définition hybride, a priori instable, ce qui oblige à se demander sur quoi il va déboucher. Tout semble indiquer que l’interpénétration de capitaux privés avec des fonds publics n’est pas une donnée aussi conjoncturelle que les détenteurs des premiers voudraient le croire (et nous faire croire), mais que la finalité ainsi que les modalités de la mise en œuvre de cette association restent encore à éclaircir. Il y a, d’un certain point de vue, une sorte de « refondation du capitalisme », avec pour vocation de sortir celui-ci de la crise en préservant l’essentiel, sans trop de considération sur le prix qu’il va falloir payer pour y parvenir, étant entendu que ce sont les autres qui vont devoir supporter l’effort. Avec, d’un côté, des garde-fous destinés à prévenir dans l’avenir les risques « systémiques », de dangereux dérapages, et de l’autre l’utilisation des fonds publics pour renforcer l’édifice, chaque fois que cela nécessaire. Comme des injections successives et sans fin de ciment dans un mur qui peu à peu s’écroule et que l’on consolide. Le mariage est incontestablement consanguin. Il a pour objectif d’éviter une réaction sociale pouvant devenir un élément important de la crise, impliquant pour la contenir l’intervention de l’Etat.

C’est une des facettes de « la crise permanente » dans laquelle nous sommes engagés, avec, pour reprendre l’expression utilisée dans l’un de mes commentaires, une croissance durable en w (minuscule) sur toute la période à venir. Ce panorama devrait petit à petit se préciser.

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Gesell (III)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’un d’entre vous m’écrit et il évoque ce qu’il appelle « mon lapsus » et, comme je n’ai pas le souvenir d’avoir commis un lapsus, je l’interroge, et il me dit : « Tu as dit : ‘Ne désespérez pas !’ à propos du fait que le système ne s’écroulerait peut–être pas ». Et je lui explique qu’il s’agit d’un malentendu : « Ne désespérez pas… la raison prévaudra ! »

C’est très différent. Parce que je n’espère pas du tout que le système s’écroule bientôt. Nous n’avons encore rien compris de la manière dont il fonctionne et, du coup, nous n’avons encore rien à proposer à la place. Aussi, s’il devait s’écrouler dans les semaines qui viennent, soyez bien sûr qu’on ira puiser dans la boîte des solutions existantes : fascisme, communisme, dictature militaire ou démocratie agrémentée d’une bonne guerre. Merci, tout ça on a déjà donné et on n’est pas près de vouloir en reprendre !

Mais comme le système pourrait s’écrouler quand même, il faut aller vite. D’où mon « Gesell (III) ». Voici où nous en sommes selon moi.

Les subprimes, ce n’est qu’une toute petite chose mais cela a quand même déclenché la catastrophe. Ce n’est qu’un grain de sable, mais un grain de sable significatif. Une société où il n’y a plus que du crédit finit par s’effondrer parce que c’est une énorme machine de Ponzi qui ne fonctionne que si elle peut continuer de recruter de nouveaux participants et qu’une fois qu’on a embrigadé les pauvres, il n’y a plus personne à recruter après eux.

Pourquoi est-ce que tout devient du crédit ? Parce que la richesse s’est concentrée et que l’argent ayant cessé d’être là où on en a besoin, doit être emprunté.

Comment empêche-t-on la richesse de se concentrer ? Ici, bref résumé de Gesel (II) : 1) on supprime la propriété privée des moyens de production et on établit une dictature de la classe jusqu’ici privée d’accès à la richesse, à savoir le prolétariat – solution Marx, 2) on fige la répartition de la richesse dans son état présent, en l’empêchant de faire des petits par la perception d’intérêts – solution islamique et chrétienne traditionnelle, 3) on redéfinit la monnaie de telle manière que son fonctionnement ordinaire empêchera la richesse de se concentrer – solution Gesell.

Continuer la lecture de Gesell (III)

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Me and Bobby McGee (III)

Dans « La nausée », Sartre mentionne « Some of These Days », et il évoque « la chanteuse noire », mais Sophie Tucker, née Sonia Kalish en Russie, n’était pas noire du tout. Ce qui ne l’empêcha pas d’être à jamais l’une des grandes dames du blues.

Ce qui nous amène à notre sujet d’aujourd’hui : Janis Joplin, l’interprète de la version la plus fameuse de « Me and Bobby McGee ». La vidéo est un désastre, aussi fermez les yeux et écoutez la voix d’une autre grande dame blanche du blues. Pour faire bonne mesure j’ai ajouté « Cry Baby ».

Bette Midler et Wynnona Judd chantant « The Rose », la chanson-thème du film du même nom (1979 – mise en scène Mark Rydell, scénario de Michael Cimino – si, si [1]), où Bette Midler incarne Janis Joplin dans cette semi-biographie de la chanteuse. Dans ses récitals, Bette Midler présente d’ailleurs des imitations hilarantes de Sophie Tucker… ce qui boucle la boucle.

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(1) Je reviendrai bien sûr un jour sur Heaven’s Gate.

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