L’actualité de la crise : Le vent de la dérégulation souffle à nouveau, par François Leclerc

Billet invité.

LE VENT DE LA DEREGULATION SOUFFLE A NOUVEAU

Un nouveau ballet diplomatique vient de s’engager, dans la double perspective du G8 de juillet en Italie et du G20 de fin septembre à Pittsburgh (USA). Pour commencer, Tim Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor, va entamer en juillet une tournée européenne et au Moyen-Orient. Angela Merkel, la chancelière allemande, est quant à elle déjà en visite à Washington. Mais il n’est plus question cette fois-ci, comme lors de la préparation du précédent G20 de Londres, de préparer un grand geste magistral destiné à montrer que l’on tient la situation bien en main. L’objectif est d’essayer de coordonner des actions nationales lancées dans le désordre, au fur et à mesure des improvisations des uns et des autres. Reflétant des approches de la crise, des situations économiques et financières et des intérêts différents. Et d’essayer de retomber sur ses pieds par rapport aux décisions prises en commun à Londres, afin de démontrer qu’elles sont bien appliquées, ce qui va demander une certaine adresse. Il va falloir s’atteler à donner une cohérence à tout ce fouillis de mesures passées et à venir, puisque de toute façon « les marchés » y pourvoiront d’eux-mêmes si l’initiative n’en est pas prise par les gouvernements, qui défendent chacun leur bout de gras et ne veulent pas laisser totalement le champ libre aux financiers. Car ceux-ci témoignent sans attendre d’un appétit sans limites, ne voulant pas que la régulation fasse obstacle à sa satisfaction.

Comme s’il s’agissait bizarrement d’une compétition ou d’un jeu-concours, le FMI, la Banque Mondiale, l’OCDE et le FMI, viennent ou vont prochainement actualiser leurs prévisions sur l’évolution de la crise, donnant ainsi le socle sur lequel les discours vont être bâtis, non sans quelques discordances.

La Banque mondiale prévoit désormais pour 2009 une croissance de 1,2% dans les pays en développement. Hors Chine et Inde, le PIB devrait y régresser de 1,6%. Mondialement, le PIB devrait reculer de 2,9%. En 2010, la croissance mondiale devrait être de 2,0%, celle des pays en développement de 4,4% (+2,5% hors Chine et Inde). Le tout en très légère amélioration par rapport aux prévisions précédentes. La Banque prévoit également un recul de 9,7% du volume du commerce mondial en 2009, avant qu’une reprise de 3,8% n’intervienne l’année prochaine. Face à cette situation, elle estime nécessaire « une attention toute particulière (pour) les risques de crise de balance de paiements et de restructuration de la dette dans bon nombre de pays », afin « d’éviter une autre crise de l’endettement comme celles vécues dans les années 1970 et 1980 ». Elle considère également que, « pour prévenir une deuxième vague d’instabilité, les politiques doivent être rapidement axées sur une réforme du secteur financier et sur l’aide accordée aux pays les plus pauvres ».

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Hypothéquer l’avenir, mais comment ?, par Guillaume Lapeyre (mis à jour)

Billet invité.

HYPOTHEQUER L’AVENIR, MAIS COMMENT ?

Distinguons deux systèmes monétaires, un primaire et un secondaire :

Le système monétaire primaire serait le suivant :

La monnaie (ou argent) correspond à une production de richesse réelle (« économie physique ») ce qui veut dire que durant la période de temps « T » il est produit une quantité de richesse réelle « QRR » (sueur, soleil + profit dégager par l’opération) ; à cette quantité « QRR » correspond une quantité de monnaie « QM » qui est donc une représentation numéraire des richesses réelles.

Dans ce système primaire (une forme de troc avec monnaie) le capitalisme est viable car il permet, grâce à l’épargne, des opérations de prêts (que je distingue ici des crédits) c’est-à-dire qu’il est possible que le montant d’une épargne soit disponible pour de l’investissement.

Ce système de prêts impose par contre une indisponibilité des capitaux aux épargnants-préteurs jusqu’au terme du prêt (dans la limite du cas où la somme « bloquée » est disponible grâce à d’autres épargnes … un relais du prêt)

Dans ce système :

* à la charge des banques, de la finance de collecter l’épargne, de permettre des déplacements rapides des capitaux disponibles et d’orienter ces capitaux vers les investissements répondant au mieux au ratio potentialité/risque car le volume de prêts disponibles est faible (salaires moins consommation moins épargne « à vue »)

* les phénomènes inflationniste (ou déflationniste) des masses monétaire sont relativement simples à appréhender car ils correspondent à une évolution non proportionnelle des quantités QRR et QM

* Ces phénomènes conduisent le cas échéant à soulever la question de la répartition de la masse QM (risque de paupérisation pour les uns et de concentration des richesses pour les autres)

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L’argent qu’on peut tirer d’une vie, par B-t-b

Billet invité.

L’ARGENT QU’ON PEUT TIRER D’UNE VIE

Peut-être vous souvenez-vous des paroles fort peu diplomatiques d’Edith Cresson, en sa période Premier Ministre, pour décrire la vie des Japonais comme modèle qu’on n’aurait certainement pas souhaité à l’époque, pour la France et les Français. Approximativement citée : « ne pas vivre comme des Japonais dans des cages à lapins… » et l’allusion aux « fourmis jaunes ».

Après avoir atterri, et ceci quel que soit l’aéroport de l’archipel, vous aurez pris le train pour vous rendre vers un centre ville. Et là, depuis votre fenêtre, vous aurez l’idée de ce dont elle parlait.

De nombreux Japonais avaient été heurtés par la remarque. Puis, après la première colère passée, et s’être retournés, beaucoup s’étaient dit : « Oui ! Mais elle a peut-être raison … »

4 mètres de façade collée ou presque à celle du voisin, trois étages mais avec le garage intégré au rez-de-chaussée, 40 mètre-carrés au sol, ce qui donne moins de 70 mètre-carrés « habitables », normes françaises, charpentes en bois de Sugi prédécoupées en usine, pans de « mur » une pièce, plastique imitation au goût du client, brique, pierre, bois, fantastique, la vie qu’on n’imaginerait pas même lors de la conquête martienne…

Et combien ça coûte ?

Terrain plus maison neuve, en se rapprochant vers le centre des villes historiques où est censée se trouver l’activité : 20 000 000 à 40 000 000 yens, ou pourquoi pas 50 000 000. Enlevez approximativement deux zéros pour lire ceci en Euros, soit 200 000 à 500 000. Salaire de base de plus en plus répandu, à 50-60 heures par semaine : 200 000 yens nets par mois (divisez de la même manière par 100 : 2 000 euros). Un fonctionnaire bien payé : presque le double, avec 2 primes supplémentaires par an (équivalent entre 1 et 3 mois de salaire).

Bilan : 15 à 40 ans à rembourser la moitié de votre salaire pour le logement. D’ailleurs, les banques japonaises accordent depuis longtemps des prêts au-delà de 40 ans, puisque certains sont acceptés à cheval sur deux générations.

Sous le prétexte des dégradations dues aux tremblements de terre, la valeur des murs de la maison vaut zéro après qu’ils ont plus de 30 ans, ce qui fait que ceux-ci sont de plus en plus un bien jetable et excepté, certains temples, et autres historiqueries protégées au titre de patrimoine national, on fait peu de cas de magnifiques maisons traditionnelles si les calculs de rentabilité indiquent qu’on pourrait planter un immeuble ou étaler un parking à la place.

Les ouvriers du bâtiment sont presque tous japonais et payés dans la moyenne du pays. Le coût de l’acquisition dépend pour une part de ces salaires à payer et du prix à prendre sur la terre rare pour le reste.

Moralité, d’où vient ce montant à débourser pour avoir le droit de vivre dans d’aussi admirables conditions, qui inciteraient un Australien à se pendre immédiatement si on le plaçait sur sa terre dans les mêmes condition ? : la nécessité, et le fait-même que l’on puisse rembourser le crédit.

Comme ailleurs, ce n’est pas la valeur des murs qui fait leur prix, c’est ce que l’on peut tirer de la vie d’un travailleur, qui n’a guère d’autre choix.

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Vous reprendrez bien un peu de finance à l’ancienne ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je voudrais revenir au cadre des quatre « postures » de sortie de crise qu’avait définies Jean Maxence Granier dans sa « Sémiotique de la crise », son article qui avait été reproduit ici au moment de sa parution en février dernier. Je vous rappelle la manière dont j’avais résumé sa grille :

[Granier] distingue quatre conceptions – qu’il appelle « postures » – de sortie d’une crise appelées A, B, C et D, s’étageant du bénin A où le système autorégulé oscille de manière cyclique, au catastrophique D, où il est irréparable, en passant par B où le système survit, bien que difficilement, pour retrouver sa forme originelle, et C où le système survit mais uniquement parce qu’il subit une authentique métamorphose et se retrouve à l’arrivée très différent de son point de départ.

Aujourd’hui, quatre mois plus tard, le monde entier s’interroge : sera-ce C ou D ? Aura-t-on affaire dans les années qui viennent à un capitalisme métamorphosé ou à un système financier et économique tout à fait original ?

En fait, quand je dis le monde entier, c’est sans les États–Unis. Car l’on s’est accroché en Amérique à la posture A : « il ne s’agissait avec la crise que d’une oscillation dans une évolution classique au sein du capitalisme, dont la dynamique est cyclique par nature ». Bien sûr, vu les sommes engagées (25,6 mille milliards de dollars d’ici la fin 2011, selon les chiffres les plus récents), on ne peut parler au mieux que de posture B : « le système survit, bien que difficilement, pour retrouver sa forme originelle ».

Pourquoi cet acharnement thérapeutique en faveur de la posture A aux États–Unis ? Deux explications possibles, qui en fait se complètent. La première, bénigne : la science économique ne connaît que les alternances cycliques et est dans le noir absolu lorsqu’il s’agit de ruptures plus profondes. Autre explication, maligne celle-ci, proposée par Simon Johnson, ancien économiste en chef du Fonds Monétaire International : l’« oligarchie », ceux qui ont bénéficié de la finance à l’ancienne et qui sont déterminés à en reprendre.

La posture B est-elle tenable ? Je suis personnellement comme le monde entier sans les États–Unis : je ne le pense pas. Certains changements irréversibles sont déjà intervenus, trop de pans du système ancien se sont déjà écroulés, l’immobilier résidentiel américain, à l’origine de la crise, entre dans la phase II de sa décomposition (Alt-A et Pay Option ARMs), le crédit immobilier commercial a entamé lui sa longue descente, etc. Pire : à un colloque où j’étais hier, quand on parle du « Green tech », l’industrie du développement durable, c’est déjà au sein de l’expression « Green tech bubble ». Et comment pourrait-il en être autrement si le cadre ancien a effectivement été reconstruit à l’identique ?

Mais, admettons un instant, pour la beauté de l’hypothèse, que la posture B soit viable. Quand on lit hier que les bonus chez Goldman Sachs en 2009 seront les meilleurs que la firme ait connus, parce que la concurrence sur la place de Wall Street s’est réduite comme peau de chagrin, parce que dans un contexte économique en détresse, la spéculation sur les devises flambe, et parce que le commerce de la manne fédérale d’un montant prévu de 25,6 « trillions » de dollars rapporte de grasses commissions (eh ! l’Amérique reste l’Amérique !), je ne suis sans doute pas seul à me demander : « Même s’il était possible de ressusciter la finance à l’ancienne, serait-ce bien souhaitable ? »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Schumpeter et la « création monétaire » par les banques commerciales

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Comme je termine la rédaction de mon livre sur « L’argent », j’explore l’histoire de la pensée économique à la recherche des origines des deux thèses qui s’opposent sur la possibilité ou non pour les banques commerciales de « créer de la monnaie ex-nihilo ». La question a plusieurs aspects secondaires comme on s’en souvient, l’un d’eux étant de savoir s’il vaut mieux considérer que la « monnaie bancaire », constituée de reconnaissances de dette, constitue à proprement de la « monnaie » où s’il s’agit d’un produit sui generis. Je rappelle que je défends la seconde position sur la base du fait que les reconnaissances de dette étant soumises à un risque de non-remboursement valent toujours moins que leur valeur nominale, et tout particulièrement en période de crise, comme aujourd’hui.

Les trois volumes de l’Histoire de l’analyse économique de Joseph A, Schumpeter, publiée en 1954 et traduite en français chez Gallimard en 1983, offre de nombreux éléments de réponse, sinon tous ceux que l’on pourrait souhaiter.

Sur le fait d’assimiler ou non numéraire et reconnaissances de dette comme autant de types de « monnaie », Schumpeter note ceci :

En premier lieu, la loi ne met pas sur le même plan les différents types de moyens de paiement. Elle stipule que la monnaie à cours légal ne peut pas être refusée, ce qu’elle ne fait pas pour une lettre de change acceptée et endossée. Pour un esprit à tournure juridique, les deux choses ne peuvent être en aucune façon « considérées comme identiques » puisque l’instrument de crédit est dans sa forme une créance payable en monnaie. Ensuite, dans le même ordre d’idées, la « monnaie » et les « titres de crédit » (là il faut encore faire une distinction entre les différentes formes de « titres de crédit ») ne peuvent dans la pratique être utilisés indifféremment en toutes circonstances. Ils ne peuvent pas se substituer parfaitement les uns aux autres : la monnaie à cours légal est un moyen universel de paiement, les billets de banque et les dépôts sont acceptés un peu moins largement ; la lettre de change acceptée et endossée peut seulement circuler dans un cercle relativement restreint d’hommes d’affaires. Et sur le plan historique, dans la plupart des cas, seule la monnaie à cours légal est reconnue comme étant l’ultime monnaie de réserve du système bancaire » (Tome II : 454-455).

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L’actualité de la crise : L’été sera chaud et orageux, par François Leclerc

Billet invité.

L’ETE SERA CHAUD ET ORAGEUX

« Inquiétudes à propos de risques systémiques dans le secteur des CMBS », c’est sous ce titre un peu elliptique que le Financial Times vient de publier, le 22 juin, un important article d’Aline van Duyn. Car elle vient de rompre le silence qui régnait jusqu’alors sur la forte épineuse question de la poursuite de la crise du marché de la dette hypothécaire, abordée confidentiellement par certains blogs pointus (dont celui-ci). Cette question est désormais évoquée dans des colonnes qui font autorité, devant le danger de la rechute en grand de la crise financière qui pourrait en résulter.

Les Commercial Mortgage-Backed Securities (CMBS) sont des instruments financiers qui résultent de la titrisation de crédits hypothécaires, dans le secteur commercial (bureaux, shopping malls, etc…). Ce sont les cousins des RMBS (Residential Mortgage-Backed Securities) qui ont déjà fait tant parler d’eux, pour avoir été le détonateur de la crise financière en cours. Catégorie à laquelle appartiennent les Asset-Backed Securities (ABS), adossés aux crédits immobiliers dits « subprimes », et les Mortgage-Backed Securities (MBS), adossés aux crédits « prime » (caractérisant un risque de défaut inférieur).

Par pans successifs, c’est l’ensemble de cet édifice financier qui menace de vaciller, après que son secteur le plus exposé a déjà failli. Or, le marché des prêts immobiliers dans le secteur commercial représente quelque 3.400 milliards de dollars, dont environ un quart aurait fait l’objet d’opérations de titrisation, une proportion nettement plus faible que dans le secteur des « subprimes », mais qui pourrait néanmoins avoir également des conséquences dévastatrices. Les refinancements qui devraient d’urgence intervenir sont gelés par la crise, et c’est tout le problème. Seule la renaissance du marché des CMBS pourrait y faire face, dans la situation actuelle et vu les montants en jeu, ce à quoi la Fed devrait activement s’employer dès juillet, déjà en retard sur son calendrier de travail. En lançant son programme financier, d’un montant de 1.000 milliards de dollars, dénommé TALF (Term Asset-Backed-Securities Loan Facility), afin de suppléer sur le marché des prêts hypothécaires aux déficiences du système financier et à la paralysie de la titrisation.

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Le monde des affaires… et puis les autres

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Jacques Sapir a eu l’amabilité de me demander de parler de la situation aux États–Unis lors du Séminaire Franco-Russe sur les problèmes monétaires et financiers du Développement Économique de la Russie qui débute demain et se poursuivra trois jours à la Maison des Sciences de l’Homme à Paris.

En vue de ma présentation, je relis mes notes des derniers mois et l’impression qui se dégage, ce n’est pas tant cette « privatisation des profits, collectivisation des pertes » auquel le processus peut effectivement se résumer, que la facilité avec laquelle le milieu des affaires américain roule dans la farine les instances gouvernementales du pays. Je ne pense pas tant à l’achat pur et simple des voix des parlementaires par des dons (d’ailleurs parfaitement légaux) en vue de leur faire voter des mesures favorables au business (l’épisode très éclairant de la révision de la « cote-au-marché », mark-to-market) que les montages financiers associés aux plans de sauvetage TARP (Troubled Asset Relief Program), TALF (Term Asset-Backed-Securities Loan Facility) ou PIPP (Public Private Investment Program).

Il ne s’agit pas ici en réalité de malveillance mais d’incompétence. On retrouve un problème déjà rencontré à propos des notateurs : les banques, hedge funds, private equity disposent des moyens de recruter des ingénieurs financiers d’un tout autre calibre que ceux dont les notateurs parviennent à s’assurer les services, en raison de salaires d’un autre ordre de grandeur. Problème qui handicape encore bien davantage l’administration. Résultat, ces montages que l’on observe, qui permettent aux banques de racheter leur propre dette à des prix subventionnés, de racheter les warrants qu’elles avaient dû concéder au gouvernement au quart de leur prix marchand, et ainsi de suite. Quand on dit que le concept de « nationalisation » est tabou aux États–Unis, on se dit malheureusement parfois, au vu de cas comme ceux-ci, que cela vaut peut-être mieux ainsi.

Bien sûr toutes ces entourloupes ne seraient pas connues sans les blogueurs et leurs commentateurs qui dissèquent ces montages mais aussi sans la presse américaine elle-même qui affiche sur ces questions une grande liberté de ton. Je rappelle que c’est le Wall Street Journal qui a donné la liste mentionnant quel lobby avait acheté la voix de quel parlementaire lors du processus de révision de la norme comptable FASB 157, c’est aussi lui qui révélait il y a quelques jours avec moult détails croustillants (chambres d’hôtel à 4.515 dollars la nuit) comment, alors que les dirigeants des banques américains acceptaient, la queue entre les jambes, les dizaines de milliards de dollars dégagés par les autorités pour les tirer d’affaire, les jets privés de leur compagnie sillonnaient le ciel pour déposer les membres de leur famille dans quelque station balnéaire ou de ski très sélect.

On trouve donc malheureusement plus rarement aux États-Unis qu’en Europe les fonctionnaires capables de gérer avec talent une compagnie privée mais les « Américains étant – c’est bien connu – de grands enfants », ils prennent plus au sérieux que leurs collègues européens, l’injonction de ne pas mentir, pas même – comme la presse européenne nous y a si bien habitués – par omission.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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La fin du libéralisme alimentaire ?, par Adrien Montefusco, agriculteur

Billet invité.

LA FIN DU LIBERALISME ALIMENTAIRE

Dans le contexte économique que nous vivons et que probablement nous allons vivre, la question de l’indépendance alimentaire et même de l’accès à l’alimentation mérite d’être posée. Pas seulement dans les pays du Tiers Monde, mais aussi dans les pays développés, le cap des 1 milliard d’hommes souffrant de la faim sur Terre sera passé en 2010. La faillite du système capitaliste et financier nous obligera à revoir l’économie agricole, de la production au commerce des marchandises. Par ailleurs, au-delà du défi alimentaire que devra relever l’agriculture, elle devra s’investir davantage dans le secteur de la production énergétique, ce qui ne manquera pas de perturber d’autant les marchés des produits alimentaires.

Le constat est celui-ci : dans les pays occidentaux, l’agriculture, même si elle est subventionnée (et précisant qu’en Europe la règle des 80/20 est respectée ; 20 % des subventions est à partager entre 80% des agriculteurs ! En précisant aussi que les subventions agricoles servent aussi à financer l’exportation, et donc ce sont de grands groupes industriels qui en bénéficient…), repose sur des marchés libéralisés (céréales, viandes…) sauf le lait, dont la réglementation des quotas est en train de disparaître ; les prix sont donc la résultante de la confrontation d’une offre et d’une demande. Avec des prix très volatiles (des amplitudes de plus en plus fortes, et une fréquence plus élevée) la rémunération des agriculteurs est mise à mal ; les volontaires sont de moins en moins nombreux.

On pourrait aussi s’intéresser à la « Question environnementale », qui invite les agriculteurs à investir fortement pour produire mieux, meilleur, …, plus (?) et à ne pas mieux vivre de leur métier !

Dans les pays « sous-développés », le subventionnisme des pays occidentaux a tout son effet, néfaste. Toute notre surproduction, « nos déchets » (les cous et pattes de poulet, les queues et oreilles des cochons) y sont exportés à des prix 3 ou 4 fois inférieurs aux prix locaux, détruisant ainsi l’agriculture locale, et entrainant des exodes massifs des campagnes vers les villes. Accentuant aussi la famine et la malnutrition du fait de la pauvreté des populations migrantes.

Là aussi, la « Question environnementale » peut être posée ; sous prétexte d’un besoin croissant des sociétés modernes à une énergie « propre » (ou verte), les terres agricoles sont dévastées (sans parler des forêts) et font place à la monoculture (soya au Brésil, huile de palme en Indonésie, …) d’une production qui ne permet même pas à ces agriculteurs de dégager un revenu.

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Pas peu fier !

Lu dans L’extension du domaine du Café du Commerce par Robert Marty.

Les vrais penseurs critiques sont ailleurs, dans des revues, des entreprises éditoriales confidentielles, des émissions tardives où on leur permet enfin les indispensables “tunnels”, cette hantise des animateurs de prime time. On les découvre uniquement a posteriori comme par exemple Paul Jorion, l’un des rares économistes à avoir anticipé la crise actuelle (voir la video France Info). De quoi lessiver dans nos esprits tout ce que nous savons de Marseille …

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L’actualité de la crise : Même les meilleurs expédients ont une fin, par François Leclerc

Billet invité.

MEME LES MEILLEURS EXPEDIENTS ONT UNE FIN

Hier, nous étions environnés des « jeunes pousses » annonciatrices d’une proche relance, sortant du cauchemar et de la panique des mois précédents. La bourse remontait, les banques annonçaient d’importants profits, puis s’engageaient aux Etats-Unis dans le remboursement des aides publiques. Les actifs toxiques étaient partout repoussés sous les tapis, la gigantesque pyramide chancelante des produits financiers « structurés » ignorée, bien que loin d’être totalement démantibulée.

Aujourd’hui, nous replongeons insensiblement dans le marasme. Les doutes réapparaissent, autour d’un consensus désormais largement établi : la reprise sera très limitée, quand elle voudra bien intervenir, et ses conséquences douloureuses. Car l’accent est mis sur deux nouveaux dangers nous menaçant, l’accroissement des déficits publics d’un côté, l’inflation qui pourrait repartir de l’autre, alors que nous sommes toujours en récession mondiale. Avec, comme seul constat possible, en guise de faible soulagement, que la situation empire moins vite. Phénomène vite traduit comme signe annonciateur de la reprise, en le sollicitant un peu.

Le moral des financiers et des économistes, et de ceux qui les observent, est une chose. La réalité des faits en est une autre. Tout tient de ce point de vue en une seule constatation, dont la portée n’est pas mince : la Fed est désormais à court de munitions. En d’autres termes, les solutions monétaires qui sont sa raison d’être, ainsi que les instruments dont elle dispose, ont atteint leurs limites. Elle ne peut plus baisser ses taux, déjà au plancher, et hésite beaucoup à poursuivre sa politique de création monétaire, devant ses conséquences et les craintes que celle-ci suscite par anticipation.

Que se passe-t-il donc ? Les taux des bons du Trésor sont les fautifs. Ils montent, et la Fed n’y peut plus rien, après avoir essayé d’enrayer leur hausse. Semaine après semaine le Trésor engage sous les regards un peu inquiets des observateurs de nouvelles adjudications, afin de financer le gigantesque déficit du budget américain, faisant accéder la dette publique à des sommets jamais atteints. Ne pouvant qu’amplifier un phénomène déjà alimenté par la crainte de l’inflation (et de la dévalorisation du dollar qui pénaliserait les détenteurs des bons).

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L’observatoire du monde financier – Semaine du 21 au 27 juin 2009

Vous vous souvenez sans doute – ou en tout cas vous avez entendu parler – de Mike Milken, un génie de l’invention financière (je ne plaisante pas) qui connut son heure de gloire dans les années 1980 pour son commerce des « junk bonds », la dette-camelote de certaines entreprises américaines. Profitant d’une période faste de l’économie où le risque de défaut compris dans le taux d’intérêt de ces obligations était surévalué, il se constitua une fortune colossale. Ce commerce profitable ayant été dopé par le délit d’initié, il se retrouva en prison un certain nombre d’années (deux sur les dix auxquelles il avait été condamné). Si cela vous intéresse, son aventure est racontée dans un livre captivant intitulé « The Predators’ Ball » par Connie Bruck (1988) ; son rôle d’innovateur de l’ingénierie financière est très bien expliqué par Robert Sobel dans un livre intitulé : « Dangerous Dreamers. The financial innovators from Charles Merrill to Michael Milken » (1993).

Sorti de prison, il créa à l’aide de la fortune qu’il lui restait (ne feignez pas la surprise, SVP) un observatoire de l’économie et une fondation pour la recherche sur le cancer de la prostate (affection qui l’affligea personnellement).

Si je vous parle de lui, c’est qu’il signait hier (en compagnie de Jonathan Simons, le président de sa fondation sur le cancer de la prostate) une chronique du Wall Street Journal intitulée « Illness as Economic Metaphor », la maladie comme métaphore économique, un jeu de mots sur le titre d’un livre de Susan Sontag, datant de 1978, intitulé lui : « Illness as Metaphor ».

La chronique de Milken présente le monde financier comme victime d’une méchante maladie, et sauvé par l’action conjointe de la technologie médicale (lisez l’intervention de l’État – dont le rôle est minimisé) et de son système immunitaire (lisez, l’autorégulation des marchés – placée au centre du processus de guérison). Le patient en convalescence apparente est désormais en observation.

C’est cette notion d’observation qui m’a donné une idée – pas très originale puisque vous me l’avez déjà suggérée ici à de nombreuses reprises : celle d’un observatoire du monde financier en tant que patient en observation.

Milken et Simons sont optimistes : pour eux le patient personnifie la « victime innocente » d’une attaque virale imprévisible. Comme vous le savez, je n’interprète pas le cas de la même manière : il s’agit pour moi d’un goinfre victime des excès de la table qui, aussitôt capable de se redresser sur son lit d’hôpital s’est remis à l’alcool et aux plats en sauce.

Alors voilà : chaque dimanche je relancerai pour la semaine un « Observatoire du monde financier ». Ce qu’il s’agit de traquer, vous l’avez compris, c’est le rôle joué par la technologie moderne dans sa survie (humm… ou collectivisation des pertes), la participation de son système immunitaire et l’observance ou non par lui du régime auquel on l’a mis. À la fin de la semaine, je rédigerai un rapide bulletin de santé qui constituera l’amorce de l’Observatoire de la nouvelle semaine qui s’annonce.

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Appel aux Volontaires de l’An 2, par Jean-Paul Vignal

Billet invité.

APPEL AUX VOLONTAIRES DE L’AN 2

La reforme du système financier proposée par les Américains me semble dans l’esprit ressembler comme une goutte d’eau à la manière dont on a abordé la protection de l’environnement depuis 30 ans : un superbe emplâtre sur la jambe de bois d’un système sans avenir, rongé par la gangrène de sa cupidité et l’absence de contrôle réel. Le problème de fond est technique : l’ère industrielle a été fondée sur l’exploitation de ressources épuisables considérées comme gratuites hors leur coût d’extraction, de production, et de recyclage, ou, partiellement depuis une vingtaine d’années, de mise en décharge. Ça ne peut évidemment pas durer, surtout si au lieu de quelques centaines de millions de privilégiés, le système, attisé par les Dieux du marketing, doit subvenir aux besoins toujours plus importants de quelques milliards d’humains. Ce changement d’échelle le condamne à lui seul. Comme c’est le système qui pousse à élargir la base de consommateurs (Sainte-Croissance, veillez sur nous !), c’est mathématique.

On aurait pu s’organiser pour concevoir la transition en douceur. Les connaissances scientifiques et techniques de base existent, et il n’y a pas besoin d’être un technocrate accompli pour comprendre qu’un stock s’épuise quand on s’en sert, ou qu’une poubelle doit être vidée de temps à autres pour éviter la pestilence. C’était sans compter sur la démission du système politique de guidage et de contrôle devant la cupidité d’un système financier hyper-courtermiste, qui a tué l’avenir en imposant des retours sur investissements et donc des taux d’actualisation de 15% ou plus.

Or que fait-on aujourd’hui pour sortir de cette impasse : on charger de dettes le présent et l’avenir pour sauver ce système financier prédateur. Les chances que la transition se fasse sans troubles majeurs sont effectivement, de plus en plus minces. Mais elles ne sont pas encore nulles, du moins me semble-t-il.

Cette crise a l’immense avantage de faire sortir du bois de l’anonymat des talents qui n’auraient jamais pris la peine de s’exprimer dans une période plus calme et plus stable. C’est bon signe, car cette mobilisation des gens de bonne volonté est la meilleure façon de sortir de l’ornière, un peu comme la mobilisation générale de la Révolution a permis de sauver la France d’une intervention étrangère massive. Je crois simplement qu’il ne faut pas prendre les choses à l’envers : le système financier est de toute évidence à la fois le verrou et la gangrène qui empêche la mutation ; mais la question de base reste de savoir dans quelle monde nous souhaitons vivre : celui des égoïstes qui disent « qu’importe l’avenir pourvu que je puisse lire l’heure sur une Breitling dans ma Ferrari », ou celui dont l’objectif sera de laisser durablement aux générations futures la place au moins aussi riche et propre qu’il l’a trouvée. Comme dans toute maladie mortelle à progression rapide, l’urgence est bien sûr de se débarrasser du système financier, mais la façon dont on va le faire est forcement liée à la vision que l’on a de l’avenir. C’est très important pour utiliser au mieux les ressources dont nous disposons.

Pourvu que les Volontaires de l’An 2 sortent vite du bois !!

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@ Nuage Blanc, Clown Blanc, Auguste et tutti quanti

Vous êtes très présent sur ce blog. En volume, vous me suivez de très près. Peut-être même me précédez vous. Il y a quelques traits dominants à vos interventions :

1) Quel que soit l’endroit auquel vous pensez, l’argent et le pouvoir sont ailleurs.
2) Le système financier est immortel.

Je pourrais vous faire la liste des choses qui sont mortes ainsi que de celles qui sont bien là où on suppose qu’elles sont. Cela ne réfuterait pas vos thèses car leur message profond est celui-ci : « À quoi bon ? »

Je pourrais vous rétorquer : « Pour qui roulez-vous ? » ou vous opposer des propos admirables comme : « Il n’est pas nécessaire de réussir pour entreprendre, etc. » Je m’en garderai bien. Je vous propose autre chose à la place : « Je change le monde parce que c’est beau ».

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