Alan Grayson et Elizabeth Coleman, le 5 mai 2009

Comme certains y reviennent sans cesse. Une partie de notre discussion sur ce sujet.

iGor milhit Le 7 mai 2009

A propos d’omerta, Glenn Greenwald sur son blog chez Salon.com a posté hier un billet sur la définition de “oversight” (surveillance) en ajoutant une vidéo où l’on voit Elizabeth Coleman, Inspectrice général de la Fed témoigner devant le House Financial Services Committee (Congrès) et se faire interroger par le Rep. Alan Grayson sur la menue monnaie que la Fed à mis à disposition des banques pour les sauver, sur le soupçon d’opération hors-bilan émis par Bloomberg, et les réponses sont, pour ce que j’ai pu comprendre, édifiante, s’il l’on peut dire: Avez-vous fait des enquêtes? Non. Et pour cette histoire de hors-bilan? Et les noms des banques bénéficiaires? Où en est votre enquête, parce que cette histoire commence a durer depuis quelques mois? Ben, euh… l’enquête suit son cours, alors on n’a pas de réponse pour le moment.

CF Le 13 mai 2009

@ Champignac et Pierre-Yves D

Si vous comprenez l’américain, je vous suggère de regarder la video suivante.
Un grand moment de solitude pour la personne interviewée par Mr Alan Grayson (je pense qu’il s’agit de lui).

Peut-être Paul pourrait nous faire un topo sur ce monsieur et sur les raisons et conditions qui font que aux USA, ces auditions ont lieu et sont télévisées.

Pour ceux qui ne comprennent pas l’anglais la personne interviewée est censée contrôler les comptes et mouvements de fonds de la FED, mais ne peut pas répondre sur un montant anecdotique ….. : 1 à 2 trillions de dollars (1000 milliards) ….une paille !!

Un peu plus de 1 trillions ne serait plus dans les comptes depuis 8 mois et Mr Grayson demande uniquement qui a reçu ou où est passé l’argent….

Paul Jorion Le 13 mai 2009

Il y a deux mois, j’ai publié un billet intitulé Le 18 mars 2009 : fin du capitalisme. Toutes les bonnes nouvelles relatives au rebond de l’économie (ou tout au moins de la Bourse) au cours des semaines récentes peuvent vous conduire à vous demander si je regrette de m’être avancé de cette manière.

Il n’en est rien et si vous voulez savoir pourquoi – et si vous comprenez l’anglais – visionnez l’audition que nous signale CF. J’admire le calme de ce député américain et… non, je ne regrette rien !

Paul Jorion Le 23 mai 2009

@ rodolphe

La vidéo où l’on voit Grayson a été discutée à partir du 7 mai :

L’omerta

L’omerta

L’actualité de la crise : L’Europe rattrapée, par François Leclerc


etc.
La vidéo a été présentée ici :

L’actualité de la crise : L’Europe rattrapée, par François Leclerc


Certains sont très lents à la découvrir !

Paul Jorion Le 24 mai 2009

Personne à ma connaissance ne considère qu’il s’agisse d’un faux ;

Wikipedia : Alan Grayson

On May 5, 2009, in a Financial Services Committee question and answer session with Inspector General of the Federal Reserve Elizabeth A. Coleman, Grayson asked about the trillions of dollars lent or spent by the Federal Reserve and where it went, and the trillions of off balance sheet obligations. The Inspector General responded that she does not know and is not tracking where this money is. The exchange was posted on YouTube, receiving over 900,000 views in the first two months after posting.

Partager :

Vidéos hors service

J’ai constaté comme vous, que certaines vidéos ne fonctionnent plus, mais qu’on les retrouve cependant sur YouTube ou DailyMotion (avec un code de sertissement différent).

Signalez-les moi par mail (je ne peux pas tout vérifier en permanence).

Je viens de réparer ainsi Les passantes (ç’aurait été trop grave !)

Partager :

L’actualité de la crise : Sortie de crise prématurée, par François Leclerc

Billet invité.

SORTIE DE CRISE PREMATUREE

Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, déclarait encore le 26 juin dernier : « Les différents exercices de stress tests menés ces derniers mois me paraissent de nature à confirmer l’appréciation que je porte sur la solidité des banques françaises ».

Réaffirmant qu’il n’était pas favorable à leur divulgation, mais à ce qu’il a appelé « une publication agrégée par pays », il a prévenu qu’aucune comparaison ne serait possible avec les banques américaines, vu la différence des contextes comptables et prudentiels. « On parle de deux univers qui sont très différents », a-t-il insisté, voulant ainsi signifier que ces dernières étaient en mauvaise posture mais que les européennes ne l’étaient pas. A l’appui de sa démonstration, il a ajouté, afin de convaincre, que les estimations faites par le FMI, qui prévoient la nécessité de recapitaliser ces banques européennes à hauteur de 600 milliards de dollars d’ici fin 2010, reposaient sur des estimations erronées, car : « Le raisonnement est fait comme si il y avait de façon latente du subprime en France. Il n’y en a pas en France, le modèle est faux, faux, faux ».

Sans vouloir chicaner Christian Noyer sur des détails, il serait intéressant de savoir ce qu’il pense de la présence massive de CDS – des produits dérivés exposant à des risques potentiellement gigantesques – dans les comptes des banques françaises, notamment ceux de la Société Générale. Selon Global Equities, on s’attend à ce que la Soc Gen enregistre un impact comptable négatif comptable de 1,3 milliard d’euros sur des CDS dans ses résultats du second trimestre. Illustration du déni dans lequel les banques persévèrent, et justifiant sa position malgré ces nouvelles inquiétantes par ce qu’il a appelé les « solides performances opérationnelles de la banque », Frédéric Oudéa,, le nouveau PDG de la banque, a déclaré lors d’une assemblée générale extraordinaire consacrée à sa nomination : « Ce n’est pas une hypothèse de faire grimper la participation de l’Etat dans le groupe Société Générale », alors que celui-ci est déjà à 7,2%, après avoir souscrit pour 3,4 milliards d’euros d’actions de préférence sans droit de vote. Cette position sera-t-elle tenable ? Ne vaudrait-il pas mieux profiter du guichet tant qu’il est ouvert, qu’il y a de l’argent en caisse ?

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : Sortie de crise prématurée, par François Leclerc

Partager :

La dimensionnalité de la monnaie (La dimension créancière)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai présenté en mai deux billets, qui s’appelaient respectivement La dimensionnalité de la monnaie (Introduction) et La dimensionnalité de la monnaie (Reconnaissance de dette et monnaie). Quand l’un d’entre vous m’a demandé récemment où était la conclusion, j’ai répondu qu’elle était malheureusement trop longue pour être présentée ici. Ceci dit, j’aimerais bien connaître vos réactions à mes tentatives exploratoires et c’est pourquoi je reviens sur ma décision et je vous en présente ici, un sommaire.

Il existe en mathématiques, une mesure que l’on appelle la « dimension de Hausdorff ». Sa définition formelle est celle-ci : « La dimension de Hausdorff est un nombre réel positif, éventuellement l’infini, associé à tout espace métrique, c’est-à-dire un ensemble au sein duquel une notion de distance entre les éléments de l’ensemble est définie ».

Ignorons cette définition formelle pour retenir qu’au cœur de la conception qui sous-tend cette mesure, se trouve la notion de distance. Je me contenterai de présenter cette notion de manière très intuitive, sans me préoccuper de rigueur mathématique.

Continuer la lecture de La dimensionnalité de la monnaie (La dimension créancière)

Partager :

Trébuchons, encore et toujours, par Jean-Pierre

Billet invité.

TREBUCHONS, ENCORE ET TOUJOURS

Grâce à une approche créative de la comptabilité, les grandes banques américaines et autres institutions financières sont autorisées à camoufler de façon comptable leurs créances et dettes pourries, de sorte qu’elles ne les obligent pas à approvisionner des comptes de réserve coûteux et improductifs. Cela marche du tonnerre et permet à plusieurs de ces institutions d’enregistrer aujourd’hui des bénéfices mirobolants.

Pourtant les problèmes subsistent. S’il n’est plus nécessaire de valoriser un actif financier à sa valeur marchande aujourd’hui, l’actif, lui, quelle qu’en soit la valeur réelle, est toujours là et, tôt ou tard, arrivera à échéance. La perte, actuellement camouflée, surgira alors, avec toutes les conséquences néfastes qu’on imagine.

Alors, que faire ? Nos chers ingénieurs financiers ne sont pas nés de la dernière pluie. Ils cogitent et mettent au point de nouvelles structures. Surtout dans les pays anglo-saxons où, chacun le sait, la liberté d’action est plus importante. Ces actifs sont devenus toxiques parce que le sous-jacent sur lequel ils reposent ne fournit plus les entrées pécuniaires indispensables à leur existence. Les agences de notation chargée d’évaluer le potentiel de risque de ces actifs, analysent naturellement la solidité du sous-jacent. Et, comme annoncé par Paul Jorion et François Leclerc récemment, d’autres problèmes pointent à l’horizon dont les subprimes en étaient l’avant-goût.

Standard & Poor’s (S&P), l’une des principales agences de notation, envisage de réviser à la baisse la note de pas moins de 3.563 produits structurés issus de 217 transactions de réaménagements hypothécaires. Jusqu’à présent, ces produits jouissaient de la plus haute notation (AAA). Ils vont tous la perdre et risquent de chuter bien bas. C’est que le sous-jacent se détériore continuellement.

Cette rétrogradation aurait des répercussions funestes sur le fameux programme TALF (Term Asset-Backed Securities Loan Facility), une ligne de crédit instaurée par la Fed de New York permettant aux institutions d’obtenir un crédit bon marché pour l’acquisition de RMBS (Residential Mortgage Backed Securities, des produits structurés basés sur des contrats hypothécaires résidentiels) uniquement notés AAA et dépourvus de tout risque de rétrogradation. Si S&P passe à l’action, ce programme n’a plus aucune raison d’être et les institutions financières n’auront plus la possibilité de se débarrasser de ces actifs pourris.

Mais comme tous ces actifs reposent sur plusieurs sous-jacents à la fois, ces derniers ne sont pas tous déficitaires. Alors, comme les diamantaires anversois qui remélangent sans cesse leurs lots de diamants pour les revendre à leurs collègues qui font la même chose à leur tour, nos banquiers envisagent une procédure similaire : isoler les sous-jacents de qualité du reste et réemballer ces derniers dans de nouveaux produits structurés jouissant de la meilleure des notations. Ce stratagème n’est bien sûr pas nouveau. On connaissait déjà les REMIC (Real Estate Mortgage Investment Conduits), des conduits spécialement érigés pour rassembler les contrats hypothécaires en guise de sous-jacent aux produits que le conduit émet. Un RMBS est donc un de ces produits. Donc, aujourd’hui, pour se sortir – momentanément – de l’ornière, on « re-remic » ces produits. Morgan Stanley, l’une des banques d’affaires fautives, a déjà « re-remic » près 70 milliards de dollars de la sorte de produits datant de 2008.

Reste à savoir maintenant si les agences de notation leur décerneront la note optimale et si la Fed les acceptera dans son programme. Car, soulignons-le, un « re-remic » repose sur une série de RMBS douteux. On saucissonne ces RMBS à nouveau pour créer une nouvelle série de structures dérivées. C’est donc de la restructuration au carré !

Mais ce n’est pas tout. Si les banques (anglo-saxonnes) parviennent momentanément à éluder leur problème de solvabilité de la sorte et si elles trouvent effectivement preneurs pour leurs nouveaux produits, le risque ne leur en incombera plus. Donc, plus besoin d’approvisionner les comptes de réserves. Si le sous-jacent échoit sans valeur, ce sera le teneur du produit qui en subira la perte, plus la banque. Du moins, c’est ainsi que ces produits sont présentés aux autorités tutélaires. Accepteront-elles ce stratagème ?

A force d’emballer, de restructurer, de recomposer, de saucissonner, de réemballer, de confiner, d’adosser, de réaménager, … on finit par y perdre son latin – pour autant qu’on le connût, bien sûr. Et, en fin de parcours, les problèmes subsistent, grandissent car éparpillés, compliquant la vie de chacun. Non, franchement, on est loin de se sortir de cette ornière avec ces @#! de la haute finance.

Partager :

Où on reparle de krach ? (1)

Je regarde toujours avant l’ouverture du marché de New York où en sont les futures sur l’indice Dow Jones du NYSE. Là, ça baisse très vite et de beaucoup : -76 il y a une heure et -87, maintenant. C’est rare !

Parallèlement, un article sur Bloomberg évoque les options prises sur les marchés boursiers américains : les options à la baisse, les « puts », sont très chères, ce qui veut dire que l’opinion du marché est qu’on s’oriente vers une baisse significative : « Les données rassemblées par Bloomberg [à partir du VIX – qui mesure la volatilité implicite des options] indiquent 68 % de chances que l’indice S&P varie jusqu’à 7,3 % dans les trente jours à venir ».

Je parle rarement de la bourse, sauf quand on y voit quelque chose de très clair. C’est le cas en ce moment-même !

Partager :

L’actualité de la crise : A l’abri, les bijoux de famille, par François Leclerc

Billet invité.

A L’ABRI, LES BIJOUX DE FAMILLE !

Les discussions s’accélèrent et confluent des deux côtés de l’Atlantique, à propos de la régulation des produits dérivés, dont Wall Street et Londres sont les deux grandes places de marché. Officiellement, afin d’offrir des garanties préventives à tout enchaînement systémique d’une défaillance d’un de ses intervenants, officieusement en veillant à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Dans le contexte américain des stress tests et de l’escamotage de la question des actifs toxiques, des « jeunes pousses » et de l’abandon de toute limitation aux rémunérations et bonus des financiers, on est fondé à se demander si l’administration Obama va être en mesure de maintenir dans leur étendue les dispositions déjà acquises sous l’administration précédente, ou si elle ne va pas devoir encore reculer comme elle l’a fait sur presque tous les dossiers touchant à « l’industrie financière » ? Un comble pour certains, une illustration significative pour les autres, qui ne se font à juste titre aucune illusion sur la nouvelle administration et sa politique « oligarchique » moderne, débarrassée des oripeaux restants des « néocons », des compagnonnages encombrants du genre Dick Cheney et des aspects les plus caricaturaux de l’idéologie des républicains. Car tout ceci n’est pas adapté à la crise économique montante, ni à la détérioration de la situation des classes moyennes qui va dorénavant caractériser le déclin américain. Dans l’attente de nouvelles restrictions financières aux budgets militaires, auxquelles il faudra bien se résoudre, à moins qu’un changement de donne politique n’intervienne.

Pour l’Europe, dont la situation n’est pas nécessairement plus brillante, c’est le Commissaire Irlandais du marché intérieur, Charlie McCreevy, qui est à l’œuvre. Il s’est déjà fait remarquer, et reprendre, en raison de son extrême libéralisme sur le dossier des hedge funds. Mais il vient de revenir à la charge sur ce nouveau dossier, en réaffirmant son acte de foi : « le marché des produits dérivés joue un rôle important dans l’économie… » a-t-il déclaré, en préambule à la présentation de ses propositions de régulation. Se faisant l’écho avec cette pétition de principe à tout le moins audacieuse, étant donné ce qui vient de se passer, à la levée de boucliers des professionnels regroupés dans l’ISDA (International Swaps and Derivatives Association), à propos de la création de bourses pour les CDS. Leur principal dirigeant, Robert Pickel, vient de déclarer « forcer les participants à des échanges bilatéraux à avoir des relations commerciales via une bourse entraverait la possibilité de personnalisation du risque, ce qui représenterait un pas en arrière ». Pour information, voici la liste des principaux membres de l’association : Barclays Capital, Citigroup Global Markets, Credit Suisse, Deutsche Bank, Goldman Sachs, HSBC, JP Morgan Chase, Morgan Stanley et UBS.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : A l’abri, les bijoux de famille, par François Leclerc

Partager :

L’actualité de la crise : « Très chère banque… », par François Leclerc

Billet invité.

« TRES CHERE BANQUE… »

Un pan entier du PPIP (Public-Private Investment Program), le plan Geithner de rachat des actifs toxiques aux banques, a été remis à plus tard indéfiniment, selon cette magnifique formule évitant de reconnaître qu’il a été jeté à la poubelle. Ce qui reste de ce plan a été retaillé, peut-être provisoirement dans l’attente de voir ses résultats, ne mobilisant plus que 20 milliards de dollars au lieu des 50 initialement annoncé en mars dernier. Dès la semaine prochaine, dix gestionnaires vont recevoir chacun 1,1 milliards de dollars afin de financer l’achat de valeurs adossées à des prêts immobiliers. 10 milliards de dollars vont être consacrés par ailleurs à des « government-backed loans », garantissant les prêteurs contre les défauts de remboursement, afin de favoriser les refinancements des prêts.

Cette décision qui tardait a été justifiée au nom du « retour de la confiance », qui s’est exprimé par la réaction positive des investisseurs aux récents appels de fonds, aboutissant à lever une centaine de milliards de dollars en faveur de 19 banques. Une opération magistralement orchestrée dont les résultats des stress tests ont été le démarrage.

« Cela ne me choquerait pas, a déclaré à l’agence Bloomberg Douglas Elliott de Brookings Institution, un « think tank » de Washington, si ce programme en restait là ». Ajoutant, pour classer le dossier : « Cela sera bien de voir toutes ces valeurs évacuées des bilans des banques, bien que je ne pense plus que leur présence y soit critique ».

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : « Très chère banque… », par François Leclerc

Partager :

Patty Griffin

Vous savez quoi ? Je ne vous ai encore jamais parlé ni de ma chanteuse préférée, ni de mon chanteur préféré. Curieux oublis de ma part…

Commençons par la chanteuse : Patty Griffin. C’est très beau, c’est le plus souvent de la « protest song » dans la plus pure tradition (… ce qui ne vous étonnera pas venant de ma part). Ma selle et mes bottes que vous ne savez pas qui c’est, mais regardez bien et écoutez bien : ça fait mal pour ce que ça dit, et après, ça ne vous lâche plus.

Chief

Mary

Continuer la lecture de Patty Griffin

Partager :

L’actualité de la crise : Le protectionnisme financier à l’œuvre, par François Leclerc

Billet invité.

LE PROTECTIONNISME FINANCIER A L’ŒUVRE

Les appels rituels à ne pas céder aux sirènes du protectionnisme commercial – le dernier en date lancé par la Banque des règlements internationaux – apparaissent à un double titre très formels et surtout un peu dérisoires. En premier lieu, à cause de l’importante contraction que connaît le commerce international, mais plus encore en raison d’un repli sur soi bien plus redoutable à terme, car chacun développe de plus en plus dans son coin ses propres mesures de régulation financières. Et qu’il est dans ce domaine comme dans celui de tout système: la partie la moins performante détermine la performance de l’ensemble.

Alors que le Congrès américain s’est emparé du dossier, ouvrant une période de tous les dangers, à l’issue et au calendrier incertains, l’Allemagne a tiré sans attendre les leçons des mésententes européennes, estimant acquis que, la régulation financière mondiale made in US ayant peu de chances de la satisfaire, celle qui était discutée à l’échelle européenne serait tout autant limitée. Il lui fallait donc définir et mettre en place sans attendre ses propres règles, à l’abri de ses frontières. Un exercice certes limité, dans le contexte d’une finance mondialisée, mais permettant de se prémunir du mieux possible faute de mieux. Le Bundestag a adopté aujourd’hui vendredi une loi renforçant les pouvoirs du Bafin (l’Autorité des marchés financiers), afin d’accroître son contrôle bancaire sur le territoire. Il faut dire que les banques allemandes ont beaucoup fauté et que leur sauvetage attend que les prochaines élections d’octobre soient passées avant d’être effectué, et que l’épisode de la déconfiture d’Hypo Real Estate, nationalisée elle sans délai, a marqué les esprits. Une disposition, parmi d’autres, attire l’attention : la nouvelle loi prévoit que des personnalités extérieures aux sociétés financières pourront être nomméws dans les conseils de surveillance des banques coopératives et des caisses d’épargne. La confiance règne.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : Le protectionnisme financier à l’œuvre, par François Leclerc

Partager :

Jeunes pousses très rabougries

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Pauvres « jeunes pousses » (green shoots), la dérision leur pendait au nez, et ça n’a pas manqué : Mr. Roubini les évoque aujourd’hui comme « mauvaises herbes jaunissantes susceptibles de se transformer en fumier brun ». Pourtant, je les avais encore entendues prises au sérieux pas plus tard que la semaine dernière à Paris.

Bon, elles appartenaient depuis leur apparition au vocabulaire de la méthode Coué mais nombreux avaient été ceux qui en parlaient avec solennité, en Grande-Bretagne comme aux États–Unis, Mr. Bernanke en premier.

Elles n’étaient pas seules bien entendu, il y avait aussi « l’après crise ». Je suis intervenu la semaine dernière à un colloque intitulé « Après la crise… » et j’ai été interviewé ce matin-même par un quotidien sur le thème du « monde de l’après crise ». Vous faire parler des jeunes pousses où de l’après crise, ça rappelle un peu la question vicieuse que se posent les enfants : « Tu n’as pas oublié de mentir ? ». C’est un piège : à moins de répondre, comme je n’ai pas hésiter à le faire dans les deux cas, que la question est absolument prématurée – au risque de passer pour un empêcheur de danser en rond – on est bien obligé de dire quelque chose du genre : « L’après crise, ben… euh… tout ira beaucoup mieux ». Ouf de soulagement : oui, c’est exactement cela qu’on voulait vous entendre dire !

Il faut dire que les éléments se conjuguent à faire jaunir les pousses : pour le chômage américain, on tournait une fois de plus en juin autour du demi-million d’emplois perdus, et l’immobilier résidentiel – toujours au cœur de la crise, je vous le rappelle, ça ne va vraiment pas non plus. Allez, dans le désordre : les ventes d’appartements à New York ont baissé de plus de 50 % en un an ; les demandes de crédits immobiliers résidentiels ont plongé de 19 % en une semaine en raison de la remontée des taux ; les saisies de logements d’emprunteurs « prime » sont en hausse de 22 % en un trimestre et le chiffre total des saisies pourrait d’ailleurs atteindre cette année 2,5 millions – un record absolu ; les crédits « modifiés » pour sauver des emprunteurs au bord de la saisie connaissent un taux de rechute au bout d’un an de 63 %, ce qui n’est pas très étonnant quand on apprend que la « modification » du crédit consistait dans 70 % des cas à rajouter les paiements en retard et les pénalités au principal encore dû, et je n’ai encore rien dit de l’immobilier commercial…

« Jeunes pousses » et « après crise » ont donc du plomb dans l’aile mais il en reste encore : « lueur d’espoir », « bout du tunnel », la liste est longue !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

Interventions à venir sur France Culture

Vincent Lemerre
À SUIVRE , le dimanche 5 juillet de 12h00 à 12h20
Paul Jorion

Caroline Broué et Olivier Pastré
L’ECONOMIE EN QUESTIONS , le lundi 20 juillet de 11h à 12h
Paul Jorion

Stéphanie Bonvicini et Jacques Attali.
LE SENS DES CHOSES , le dimanche 2 août de 19h à 20h
Le rôle des banques dans la crise : Patrick Combes et Paul Jorion

Partager :

*Le seul Blog optimiste du monde occidental*