Désarroi boursier

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Donc les banques centrales ont baissé leur taux directeur de manière coordonnée, et voici ce que cela a donné à la bourse de New York : – 2,06 %. La tendance a d’abord été positive, puis négative, puis…


© Dow Jones

En fait, la configuration d’aujourd’hui m’était familière et je suis allé la reproduire par la grâce d’Excel. Regardez ce deuxième graphique : je l’ai appelé non sans raison « Pile ou face », c’est un petit programme (*) en Visual Basic qui joue à pile ou face, qui gagne un franc quand c’est pile et perd un franc quand c’est face. Je l’ai fait jouer une fois toutes les six secondes entre 9 heures et 16 heures pour qu’il ait une « rugosité » comparable au graphique que je recopierais de Dow Jones.

Le bel ensemble des banques centrales n’a donc pas conduit les boursicoteurs à une conclusion très nette : ils ont joué la séance à pile ou face !

––––––––––––-
(*) La macro crée un fichier appelé « resultats.csv » qu’Excel vous permet d’ouvrir.

Sub PileOuFace()

Dim b As Integer
Dim n As Integer
Dim val As Single
Dim seed As Integer

seed = 0
Open « resultats.csv » For Output As #1

For n = 1 To 4200
— val = Rnd()
— If val > 0.5 Then
—— b = 1
— Else
—— b = -1
— End If

— seed = seed + b
— Print #1, n; « , »; seed

Next n

Close #1

End Sub

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

La métastase (X) – Tous les établissements financiers

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vous vous souvenez de Bear Stearns ? de Fannie Mae et de Freddie Mac ? et de Lehman Brothers ? Vous vous rappelez sûrement comment ça s’est terminé : par des pertes de 20 % du cours de l’action plusieurs jours de suite.

Le rebond d’hier à la bourse de New York, à 14:45 h, ne s’est pas répété aujourd’hui. La Fed a déclaré qu’elle interviendrait pour relancer le marché des billets de trésorerie qui se tarit rapidement, une nouveauté pour elle puisqu’il n’y a pas de collatéral à ces instruments de dette à court terme : rien à revendre si les choses tournent mal, donc une perte éventuelle de 100 %. Ça a poussé à la hausse en ouverture, et puis après plus rien : les 5,11 % de baisse ont résulté ensuite d’un effritement continu. Si le Plunge Protection Team l’« Equipe Anti-Plongée » était présente, elle n’a manifestement pas pu faire grand-chose.


© Dow Jones

La première mauvaise nouvelle de la journée, ce furent les chiffres plus mauvais que prévu pour Bank of America qui cherche maintenant 10 milliards de dollars pour se recapitaliser, et réduit de moitié ses dividendes : – 26,23 % ; la seconde mauvaise nouvelle, ce fut la rumeur démentie que la banque japonaise Mitsubishi revenait sur sa décision de prise de participation dans Morgan Stanley : – 24,89 %. Est-ce que ça va pour autant beaucoup mieux pour les autres ? Pas vraiment : Citigroup : – 12,98 % et J.P. Morgan Chase : -10,64 %.

On se souviendra bientôt avec nostalgie de l’époque où les établissements financiers plongeaient un à la fois.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

Comment éviter le ravaudage qu’on nous prépare ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Comment éviter le ravaudage qu’on nous prépare ? En ramenant en effet le débat à la monnaie et au rôle des banques centrales.

Il y a plusieurs moyens : le premier, c’est celui que vous utilisez tous en menant le débat ici. Je peux vous assurer que vous êtes très lus. Allez à la page ci-dessus, Fréquentation : vous voyez la colonne pour septembre ? Elle dépasse de beaucoup le reste du peloton, or nous sommes en passe de doubler pour octobre, oui, doubler.

Je fais ce que je peux de mon côté : Le Monde me demande une tribune sur Bretton Woods, et vous verrez que je ramène le débat au rôle des banques centrales et à la monnaie, parce que cela me semble essentiel. Vous verrez cela dans quelques jours.

Le Monde aime bien que mes tribunes ne soient pas des resucées de mes billets et je les comprends. Mais le monde réel, la planète, n’est pas suspendu à des délais de parution. Je sais aussi que votre manière de concevoir cette question de la monnaie n’est pas nécessairement la mienne. J’ai également constaté que Jean Bayard a répondu ce jours-ci à plusieurs questions qui restaient pour moi sans réponse, donc on avance. Jean Jégu fait lui une excellente remarque : comment sauver le monde et comment sauver ses sous, sont deux questions distinctes.

Voilà, le débat est amorcé : comment éviter le ravaudage qu’on nous prépare ? Ramener le débat à la monnaie.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

Une journée à la bourse

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Paris à perdu 9,04 %, Francfort, 7,07 % et Londres 7,85 %. New York a perdu en séance jusqu’à 7,75 %, et puis, à 14:45 h, il s’est passé quelque chose, le Dow Jones a repris rapidement du poil de la bête pour ne finir en baisse que de 3,58 %.

Oui, ça fait encore une très mauvaise journée à la bourse, mais beaucoup moins mauvaise que ce qui semblait encore promis à 14:45 h. Voyez comment s’est opérée cette remontée sur un graphique emprunté à l’agence Dow Jones.


© Dow Jones

Que s’est-il passé ? La seule explication que j’aie pu trouver est que Bill Gross déclara que la Fed devrait abaisser son taux au jour le jour à 1 %. L’optimisme occasionné par cette remarque signifie je suppose que les marchés s’attendent à ce qu’il soit entendu en haut lieu.

Je vous parle souvent de Bill Gross. La première fois ce fut dans Pour un nouveau New Deal, où j’expliquais :

Bill Gross (William H. Gross) est un personnage haut en couleurs. Il est Directeur des Investissements à PIMCO, le plus important fonds mutuel d’obligations aux États–Unis (filiale du groupe Allianz). Son intérêt pour la combinatorique détermina son premier métier de joueur professionnel. Il utilisa ensuite les méthodes économétriques et l’optimisation pour constituer sa collection philatélique : il est l’un des deux collectionneurs possédant la série complète des timbres américains du XIXè siècle. Il est également très riche : la 233ème fortune des États–Unis.

Je dois ajouter qu’il recourt volontiers à ce qui sont des gros mots dans le contexte américain, comme « nationalisation » ou « intervention nécessaire de l’Etat » ou même New Deal, le programme social-démocrate instauré par le Président F. D. Roosevelt en 1933. Ceci dit, le marché remontant de 4,16 % parce qu’il dit « taux directeur à 1 % » ? Je m’adresse à mes espions, je veux dire mes lecteurs : quelqu’un aurait-il une meilleure explication ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

La métastase (IX) – Les banques européennes

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand les nouvelles relatives au sauvetage de la banque de prêts hypothécaires allemande Hypo par son gouvernement ont commencé à tomber ainsi que celles relatives au sauvetage de 75% de la partie belge de Fortis par la BNP Paribas conjointement à la prise de participation des gouvernements belge et luxembourgeois dans la banque française, à hauteur, respectivement, de 11,7 % et 1,1 %, je me suis dit que j’allais situer mon billet dans une série entamée en mai dernier et intitulée « La métastase » et je suis allé voir quel numéro je devrais lui attribuer. Il y en avait déjà huit.

En intitulant cette série : « métastase », j’entendais dire que le cancer avait progressé depuis que l’on avait détecté la tumeur initiale : les prêts hypothécaires américains subprime. Les épisodes de la série « métastase » ont été consacrés dans l’ordre 1. aux autres prêts hypothécaires américains conçus à l’intention des spéculateurs et des ménages en « cavalerie » (mai 2007), 2. aux banques suisses (juin), 3. à Bear Stearns (juin), 4. aux hedge funds (août), 5. au marché à terme des matières premières (août), 6. aux patrons de la finance – tombant comme des mouches (novembre), 7. à Fannie Mae et Freddie Mac (novembre), et 8. aux cartes de crédit (novembre).

Quand l’équipe d’Arte est venue m’interroger la semaine dernière, il m’a été dit : « Voilà, la même chose a été demandée à chacun des intervenants : expliquez votre surprise à la chute de Bear Stearns ». J’ai répondu que cela me serait difficile : je n’avais pas été surpris. Voyez en effet la date de « La métastase III » : juin 2007 ; Bear Stearns est tombé en mars 2008. La réponse aurait bien entendu été la même pour Fannie Mae et Freddie Mac : « La métastase VII », novembre 2007, la chute, septembre 2008, etc.

Cela m’a fait très plaisir de me retrouver mentionné hier dans Marianne, au sein de l’article d’Alexis Lacroix intitulé « Les prophètes ». Le titre de « prophète » pourrait me donner la grosse tête et je vous dispenserais désormais mes analyses d’un ton prophétique. Aucun risque cependant, et la raison en est offerte dans l’article : Lacroix dit en effet à propos de la demi-douzaine de prophètes :

Tous ont dû attendre que la crise des subprimes s’aggrave de façon « inexorable », selon le mot de Jorion, pour que leurs prédictions soient considérées avec moins d’hostilité.

Et c’est précisément en raison de cette inexorabilité qu’il n’y a dans aucun des cas « prophétie », mais tout au plus « lecture ».

Que les banques européennes soient aujourd’hui dans l’œil du cyclone s’explique par le fait que la solvabilité du secteur bancaire international est semblable au niveau de la nappe phréatique : bien naïf serait celui qui penserait « le puits du voisin est à sec mais le mien n’a rien à craindre ! » La nappe baisse d’un bloc et donc pour tout le monde. Le seul test réel sera celui de la Chine. Celle-ci se trouve dans une situation un peu particulière pour deux raisons : la première est que l’Etat chinois n’a pas à y aller par quatre chemins quand il s’agit de nationaliser une banque : sa présence demeure massive au sein de leur capital ; la seconde, c’est son temps de réponse ultra-court : pas besoin de réduire ici la taxe sur les flèches des enfants qui s’initient au tir à l’arc pour obtenir le vote d’une nouvelle législation. Oui, mais c’est au prix de la démocratie ! Vous avez raison, mais voulez-vous vraiment connaître la liste complète des « mesures complémentaires » qui ont permis que le Plan Paulson soit voté par le Congrès américain ? Je commence : extension de la taxe sur le rhum à Porto Rico et aux îles Vierges, possibilité pour les circuits de courses automobiles d’étaler leurs pertes sur sept ans, transfert de certaines taxes à l’importation de produits lainiers au Fonds Lainier. Vous voulez vraiment que je continue ?

Les déboires des banques européennes vont retenir notre attention dans les semaines qui viennent. Cela n’empêchera pas nécessairement les « prophéties » qui ne se sont pas encore réalisées de le faire : La métastase IV et VIII, fonds d’investissement spéculatifs et cartes de crédit.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

Les « dispensateurs de vie »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Au cours d’une période de quelques millénaires seulement, une espèce animale de la planète Terre est parvenue par sa propre industrie à un progrès auquel on peut assigner comme mesure indiscutable, l’allongement considérable de la durée de vie de ses membres. Les moyens qui ont permis ce progrès sont essentiellement la réduction de la violence des membres de cette espèce entre eux, qu’il s’agisse de conflits entre groupes ou en leur sein propre, ainsi qu’un développement technologique cumulatif dans les méthodes de lutte contre la maladie et dans la traumatologie, développement soutenu conjointement et motivé par un discours théorique sur ces techniques. Soient, et dans l’ordre : la démocratie, la science appliquée et la science.

Cette évaluation d’un progrès par l’allongement de la vie individuelle mettra la puce à l’oreille des ethnologues à qui elle rappellera un thème propre à l’anthropologie britannique des années 1910 à 1930 : celui de la quête des life–givers, des « dispensateurs de vie », thème central aux recherches de Grafton Elliot Smith, de William J. Perry, du dernier W.H.R. Rivers, de John Layard et de Maurice Hocart, les représentants de l’« hyper–diffusionnisme » anglais. Y a–t–il un lien autre qu’accidentel entre la quête qualitative de l’immortalité – que ces auteurs envisageaient comme moteur de la « civilisation », et l’allongement quantitatif de la durée de cette vie, objectivement constaté au cours des siècles ? Dans un court texte intitulé « L’Empereur Julien et son art d’écrire », Kojève rappelait l’explication apportée par le souverain à la question « qu’est–ce qui peut conduire un homme raisonnable (tel Alexandre) à cautionner les discours (auto–) contradictoires que sont les mythes (théologiques) ? » : « … les hommes croient à la vérité des mythes théologiques parce que ceux–ci leur permettent d’escompter une gloire éternelle, voire une survie dans et par la ‘reconnaissance’ de la part d’êtres immortels ou divins. En bref, les hommes croient aux dieux parce qu’ils veulent être eux–mêmes immortels ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

Presslib’

Je vous ai promis de faire un bilan après six mois, ce que je ferai, mais comme plusieurs d’entre vous me demandent par courriel (peut–être pleins d’espoir) si la formule marche, je viens de faire quelques rapides calculs grâce à Analytics de Google qui enregistre les visites au jour le jour et génère des statistiques. En moyenne, un visiteur distinct sur mille fait une contribution. Cette moyenne monte à un pourcent pour les visiteurs réguliers : ceux qui consultent le site plusieurs fois par semaine. La rentrée journalière moyenne pour le mois écoulé est de 9,23 €. Il y a eu 48 485 accès au site sur la même période.

Partager :

Bretton Woods II

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand j’annonçai, le lendemain, à mon directeur de thèse, Sir Edmund Leach, que mon fils Armel était né, il me dit : « Le 7 novembre est une excellente date : je suis moi-même né un 7 novembre, et mon père également ».

Edward Hopper, le peintre américain, est né un 22 juillet, les accords de Bretton Woods aussi, ainsi que votre serviteur.

On reparle beaucoup de Bretton Woods, pour en réclamer une seconde mouture. Et c’est ce qui a reconduit mes pas vers le 22 juillet 1944 pour me demander ce qui s’était réellement passé ce jour-là.

Les nations sont sorties exsangues de la Deuxième Guerre Mondiale, à l’exception d’une seule : les États–Unis d’Amérique, qui n’avaient pas souffert de la guerre sur leur propre sol et dont l’économie émergeait de l’épreuve pétante de santé.

Il y a quelques années, je m’étais arrêté dans un café au bord de la route à Big Sur, en Californie Centrale, et à la table derrière mois, il y avait deux vieux Américains, vous savez, en chemise à carreaux et qu’on imagine volontiers fumant une pipe en se balançant lentement sur un rocking-chair à la tombée de la nuit, et l’un disait à l’autre : « J’étais à Avranches ! », et bien que n’étant pas dans un état d’esprit « Les Ricains », je pensai néanmoins tout de suite à Willy, l’un des meilleurs amis de mes parents, un Américain, qui avait été blessé à Avranches, lors du débarquement, et cela m’encouragea à me mêler à la conversation et à un moment donné, je leur dis : « Vous savez, ça a été très important pour nous, que vous soyez là à Avranches ! », et le gars me répond : « Ah, mais non : c’était l’année dernière, on était en vacances, ma femme et moi ».

Alors, à Bretton Woods, New Hampshire, on a rebâti le monde monétaire avec les États–Unis comme sa locomotive. Les Russes étaient communistes, ce qui faisait mauvais genre, et ils étaient eux, comme le reste, exsangues. Un de mes oncles qui avait été jeune médecin dans un camp de prisonniers m’a un jour dit, comme quelque chose qu’il aimerait que le monde sache : « Dans les camps, il y avait encore des médicaments pour les Juifs (son propre père – mon grand-père maternel – était juif) mais il n’y en avait pas pour les Russes ! ». Alors voilà, c’est dit.

Ce qu’on a mis au point, c’était une formule qui ne pouvait pas fonctionner sur le long terme. C’est un Belge (ils sont partout !), Robert Triffin, qui a expliqué pourquoi : les devises mondiales étaient ancrées dans le dollar (seule devise capable alors de rester elle-même ancrée au prix de l’or) de telle manière que les États–Unis devraient s’endetter toujours davantage, ce qui finirait par miner la crédibilité du dollar, ce qui à son tour finirait par remettre en question le fait qu’il serve d’étalon aux autres devises. On en est là.

La crise actuelle n’est pas faite pour requinquer la réputation du dollar (encore que les autres devises n’aillent pas beaucoup mieux, bien sûr), alors il est temps de refaire un petit séjour à Bretton Woods, où l’hôtel monumental où eurent lieu les débats existe toujours. Comme plus personne n’est communiste – ou presque – on va pouvoir essayer cette fois-ci de mettre tout le monde d’accord. Mais comme la solution n’est pas évidente, une bonne occasion nous est offerte de remettre la question monétaire bien à plat : le moment est venu d’offrir à Bretton Woods II un agenda digne de ce nom : qui soit davantage que de la soupe refroidie !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

La paralysie complète n’est plus qu’une question de jours

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Parmi les innovations qui font que la nouvelle version du plan Paulson a davantage de chances de passer, l’exemption de taxe de 39 cents sur les flèches utilisées dans leurs jeux par les enfants. Je plaisante bien sûr, mais vous pouvez vérifier : elle fait bien partie des mesures qui ont été ajoutées à la panoplie pour faciliter l’ingurgitation de la pilule amère par les parlementaires américains. Parmi les innovations donc, un relâchement des contraintes obligeant les compagnies à valoriser leurs avoirs au prix du marché. La mesure était réclamée à cors et à cris par le milieu des affaires et on lui donne donc gain de cause : il leur sera permis de valoriser davantage leurs actifs en se référant à un modèle maison. J’ai déjà eu l’occasion de dire ce que je pensais des modèles financiers maison.

Un article du Wall Street Journal analysant cette « amélioration » s’intitule à juste titre The lunatics are running the asylum : ce sont les fous qui dirigent l’asile. Ce qui a provoqué le tarissement du crédit, c’est que les banques ne savent plus quel risque elles prennent en traitant les unes avec les autres et donc, pour arranger les choses, on va leur permettre de valoriser leurs avoirs à un prix qui leur paraît plus « raisonnable » que celui, délirant en effet, que leur attribue le marché en ce moment. La confiance entre établissements va grimper en flèche, ça je vous le garantis ! S’il fallait parfois – ce qu’à Dieu ne déplaise – désespérer dans la nature humaine, ce seraient des cas comme celui-là qui vous y encourageraient !

Quelques graphiques qui mettent en évidence où en est la « confiance » entre banques : le TED (Treasury-Bill – Euro Dollar) : la différence entre le taux qui s’applique aux bons du Trésor américains à trois mois et le taux que les banques exigent l’une de l’autre pour un prêt à trois mois. Trois graphiques empruntés à l’agence Bloomberg ; l’échelle, à droite est en pourcents.

Le premier graphique montre trois ans d’évolution du TED. Le spread, l’écart entre les deux taux, était comme on le voit, traditionnellement, d’environ un tiers de pourcent.


© Bloomberg

Un tiers de pourcent, c’était l’évaluation que le marché produisait spontanément du risque existant pour une banque si elle prêtait à une consoeur plutôt qu’à l’Etat américain. Puis voyez, ce qui se passe au début août 2007 quand la BNP s’écria « Pas de prix ! ». L’écart se mit désormais à osciller entre 1 % et 2 % – plutôt que les 0,3 % d’antan.

Deuxième graphique, les 365 jours les plus récents.


© Bloomberg

Regardez bien : on oscillait entre 1 % et 2 %, et depuis quinze jours, depuis la mi-septembre, on passe à 3 % et on commence à osciller entre 3 % et 4 %. L’évolution des jours récents se lit beaucoup mieux sur un graphique qui représente les trois derniers mois.


© Bloomberg

Voilà où on en est : les banques ne se prêtent plus qu’à des taux prohibitifs, prohibant en fait toute transaction entre elles. Si rien ne change, la paralysie complète du système financier n’est plus qu’une question de jours.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

La crise parviendra-t-elle à traverser l’Atlantique ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Parmi les journalistes qui me contactent ces jours-ci, certains me demandent si la crise atteindra l’Europe. Et j’essaie d’imaginer comment ils se représentent la crise. Probablement comme un rameur solitaire tentant de traverser l’Atlantique sur un frêle esquif : y arrivera-t-il, n’y arrivera-t-il pas ?

Mauvaise nouvelle : Gérard d’Aboville a déjà débarqué : Northern Rock, Bradford & Bingley, Fortis et Dexia, j’en passe et des meilleurs.

La question est de savoir si l’Europe nous offrira un spectacle moins dégradant que celui auquel nous avons assisté ces dernières semaines aux États–Unis. Je crois que la réponse nous est malheureusement offerte aujourd’hui avec la Grande-Bretagne tançant la petite Irlande pour vouloir vider toute sa tirelire en faveur de ses principales banques et dans l’échange « tendu » entre Madame Lagarde et son homologue allemand, Mr. Peer Steinbrück, à propos d’un plan de sauvetage européen, la France étant pour, l’Allemagne, contre.

Mr. Sarkozy entend, paraît-il, proposer samedi un plan Paulson à l’européenne, d’un montant de 300 milliards d’euros. Les électeurs européens seront-ils plus raisonnables que les électeurs américains ? lesquels, quand ils ont entendu « sauver le secteur bancaire », ont cru comprendre « sauver les banquiers » et ont fait savoir sans ambiguïté ce qu’ils en pensaient, par représentant du peuple interposé – du moins jusqu’ici.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

Le point final

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les quinze derniers jours ont été épuisants. La question que j’essayais de résoudre était : comment mettre un point final à un ouvrage sur la crise alors que la crise bat son plein ?

Le manuscrit de L’implosion a été déposé le 31 mars. Début juillet, les Parisiens partent en vacances et les messages qu’ils vous envoient dans les jours qui précédent disent tous la même chose : « comme vous le savez, la terre s’arrête de tourner jusqu’au 1er septembre… ».

La chose avait été démentie durant l’été 2007 bien entendu. Si pour le monde de la finance, la crise des subprimes avait débuté le 22 février avec la chute brutale des indices ABX, indiquant une soudaine dépréciation des Asset–Backed Securities adossées à des prêts hypothécaires américains du segment subprime, pour le commun des mortels, la crise avait débuté le 10 août, quand la BNP annonçait qu’il lui était impossible de valoriser ces mêmes Asset–Backed Securities au sein de son portefeuille, ce « pas de prix » interdisant désormais de savoir qui avait perdu quelles sommes et représentait quel risque pour ses contreparties, provoquant un tarissement immédiat du crédit.

Donc dans les tout premiers jours de juillet, j’expliquais à Claude Durand, le patron des éditions Fayard que l’été 2008 serait très chaud, pas à la plage, mais en raison de la chute probable de Fannie Mae et Freddie Mac, et le 15 me parvenait un feu vert : « Allons-y ! Et visons un manuscrit terminé le 15 septembre ! »

Arrivé au 1er septembre, il était parfaitement clair que si le couteau était bien tombé de la table, il n’avait pas encore atteint le sol. Alors que faire ? Eh bien : commencer à tirer les épreuves, tout en continuant d’écrire.

Et c’est là que je voulais en venir : parce qu’il s’agit alors d’un exercice passionnant même s’il est absolument épuisant : comment proposer un instantané qui ait un sens d’un processus en train de se dérouler ? Il faut définir des sous-processus et déterminer quels sont ceux qui ont abouti et que l’on peut alors rapporter, et quels sont ceux qui sont toujours en cours et qu’il faut alors délaisser. Mais comme l’on sait qu’on est cependant bien en train de boucler, on est obligé de faire dans le provisoire et le prévisionnel, avec moult points de suspension, voire, comme dans le chapitre consacré à l’éventualité d’un krach, à l’instar de ce qu’il existe dans certains romans ou certains films : l’esquisse de deux fins alternatives.

Les premières épreuves de « La crise » furent tirées à partir du manuscrit déposé le 15 septembre. Hier, 30 septembre, à la clôture de la bourse de New York, j’ai mis un point final. Mon texte de corrections et d’additions aux premières épreuves fait 72 pages, écrites durant les deux semaines qui séparent ces deux dates. Merci à Mesdames et Messieurs les membres du Congrès américain qui, en rejetant le plan de sauvetage du secteur bancaire de Mr. Paulson, ont créé le petit temps d’arrêt dont j’avais besoin : celui qui m’a permis de lancer la fléchette allant marquer un point final.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

*Le seul Blog optimiste du monde occidental*