Que faire ? Il n’y a pas que Lénine en 1902 pour avoir posé la question. Nombre d’intellectuels, de philosophes, parfois syndicalistes et parfois père de famille, se sont souvent posé la question depuis les débuts de la « révolution industrielle » (la révolution pour les patrons surtout !) qui s’est vite mise à être ébranlée (rappelez-vous des Luddistes de 1811 !).
Que faire, dans un monde où tout est interconnecté, où tout est mondialisé, où le monde est régi – sauf exceptions – par la mécanique financière et bancaire ? Elle, qui agite les manettes et pousse les boutons des conglomérats transnationaux industriels et place les personnalités politiques, qui n’ont pas de courage politique et agissent pour leur compte propre et ceux de leurs patrons… Ces personnalitésn’ont plus rien de Politique et de Moral, mais seulement de l’Ego et de l’Appétit, pour le gain, le prestige éphémère, etc. Mais qu’emporte-t-on dans la tombe ? Que faire donc devant ces hommes et ces femmes, qu’ils soient banquiers, P-DG ou politiques (uniformes dans leurs uniformes-costumes noirs ou gris), devant cette classe sans visage et sans frontières, insaisissable, qui s’enrichit à la démesure tout en appauvrissant à l’extrême les peuples ? Que faire face à cette « élite » oligarque, népotique, ploutocrate, qui n’est ni démocrate ni républicaine ni populaire et au contraire, se forme, se protège, se reproduit pour que sa caste survive ?
13 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Trois blocages dominent le panorama de l’économie mondiale. Le plus connu est celui que subit une Europe engagée sur une voie de désendettement promettant à la zone euro une récession de longue durée, voire à sa désagrégation au train où vont les derniers développements. Dans un contexte fort différent, les États-Unis bénéficient d’une intervention massive en continu de leur banque centrale qui maintient le pays le nez hors de l’eau. La Chine, enfin, enregistre la poursuite de la dégradation de sa croissance sans parvenir à réorienter son activité économique en faveur du développement de son marché intérieur. L’ensemble ne crée aucune dynamique de sortie de crise.
En Europe, la Bundesbank et le gouvernement allemand s’opposent de plus en plus ouvertement aux intervention de la BCE. Jens Weidmann réclame une hausse des taux d’intérêt et Wolfgang Schäuble critique en privé auprès de députés de la CDU – selon Der Spiegel – l’achat éventuel par celle-ci de produits de titrisation de prêts bancaires aux entreprises (des ABS). Incapables de formuler une politique alternative et de constituer un bloc, les autres gouvernements européens ne réclament qu’un assouplissement de la politique imposée par le gouvernement allemand, dont les effets seront simplement étalés dans le temps. L’union bancaire est désormais présentée en deux temps par le ministre allemand, renvoyant au second tout mécanisme européen de financement et laissant à chaque pays le poids financier du renflouement de ses banques. On est revenu à la case départ. Toutes les portes se sont les unes après les autres soigneusement fermées.
Oups ! Je suis dans une phase nostalgie hippie. Encore une chance qu’il n’y ait plus de commentaires : j’aurais passé un mauvais quart d’heure ! Comme quoi, à quelque chose malheur est bon. Mais la prochaine fois que je fais un « chat » sur la page « Les débats », je suis prêt à parier que certains commentateurs m’attendront au tournant. Rien de tel, comme vous le savez, qu’un commentateur du Blog de PJ pour avoir une mémoire d’éléphant !
(Comme s’il y avait le moindre rapport entre un Baba Cool français et un Hippy américain… sinon un immense malentendu !).
Si la pression qu’exerce le monde de la finance sur les institutions politiques est au cœur du débat actuel, elle ne me semble être que l’expression particulière d’un rapport de force plus généralisé entre pouvoir économique et pouvoir politique. La place dévolue à l’économie dans le débat public a cru au fur et à mesure que les moyens à disposition du pouvoir politique se réduisaient comme peau de chagrin, de par la propre volonté du pouvoir politique.
La période de l’après-guerre et de la guerre froide avait engendré une politique de type keynésienne, marquée par une intervention massive de l’État au travers de projets de prestige, de dépenses militaires massives, d’une intervention dans le social. Quand le financement des déficits américains par la planche à billets a rendu impossible de maintenir la fiction de la convertibilité du dollar, quand le choc pétrolier a renchéri le coût de l’énergie, et que la consommation de masse a commencé à donner des signes d’épuisement, les lampions de la fête se sont éteints un à un. Le dernier feu d’artifice fut la guerre des étoiles qui a donné une victoire temporaire à l’Amérique après bien des batailles perdues. Il a signé la fin de la guerre froide, tout du moins sous la forme d’une rivalité entre blocs.
13 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Suite au G7 qui vient de se tenir et d’ici le 20 septembre, date du G20 de St Petersbourg, un sommet européen aura lieu le 22 mai, puis un G8 en juin, avec à chaque fois à leur ordre du jour un point sur l’évasion fiscale. Un forum mondial des administrations fiscales se réunira entre temps les 16 et 17 mai prochains. Quel foisonnement !
Parallèlement, une enquête est conjointement engagée par les autorités américaine, australienne et britannique, à propos de données encore plus fournies, mais cousines, que celles divulguées par le Centre international de journalisme d’investigation (ICIJ). D’autres gouvernements pourraient à leur demande bénéficier de leur communication. La Commission a par ailleurs pour mission, à la demande de neuf États européens, de préparer une nouvelle réglementation. Il serait aussi question de mettre sur pied un organisme international permanent en charge de la lutte contre la fraude fiscale. Enfin, les discussions se poursuivent en Europe et avec des paradis fiscaux comme Singapour à propos de la mise en œuvre de l’échange automatiques des données, afin de le généraliser.
Il est trop tôt pour estimer ce qui va pouvoir résulter de cette impressionnante suite de réunions, d’enquêtes et de négociations, mais pas pour se poser sans attendre quelques questions. Jusqu’où cela va-t-il aller ? Quel est l’enjeu ? Lever le voile sur les repaires de la finance de l’ombre ou bien épingler les plus maladroits des fraudeurs pour l’exemple et assurer de bienvenues rentrées fiscales ?
Autant je partage votre éclectisme musical, avec un gros faible pour la country et les Everly Brothers et leurs frères d’armes et de guitares, autant une complainte religieuse ne me parait pas adaptée à la situation. En d’autres temps, n’avez vous pas proposé Le temps des cerises par Noir Désir ? Le Chant des partisans par Yves Montand ? Ou Le partisan de Léonard Cohen ?
Un peu d’histoire personnelle est souvent utile pour appréhender les phénomènes que nous observons. Je suis sorti d’une grande École de Commerce parisienne en 1971. Cette époque était encore bénie pour des jeunes gens tels que nous et le spectre des possibilités qui s’offraient à nous était quasi illimité. Par contre les filières reines de cette époque étaient les directions commerciales, le marketing, voire la publicité. Choisir la banque ou l’assurance étaient des « seconds choix » … j’ai donc opté pour le marketing/publicité dans un très grand groupe (à l’époque) américain de cosmétiques. J’aurais pu y développer une brillante carrière sans l’alea du « Service National » oublié … Bref douze mois contraints de services aux armées (loufoques, mais c’est une autre histoire).
L’insistance d’un camarade de promotion, chargé du recrutement pour la plus grande banque française de l’époque m’a fait entrer dans la « Finance ». Incapable de supporter la contrainte d’un grand groupe (hiérarchie, inertie, etc.), je démissionne douze mois plus tard. Et (comme ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui pour nos enfants et petits-enfants) je croule sous les propositions suite à une petite annonce passée dans « Les Échos ».
On était jadis ce que l’on mangeait, ou ce que l’on lisait. On est maintenant de plus en plus ce que l’on peut acheter, et tant pis pour le reste. Sale temps. Professionnellement, le court-termiste que le petit monde de la finance impose de plus en plus au plus grand nombre m’ennuie beaucoup, car quand on s’occupe d’investissements dits durables, on ne peut s’inscrire que dans le temps long, et, pour faire court, ce temps long s’accommode mal d’un financement revolving par des bons de caisses.
J’ai essayé de comprendre pourquoi la ligne de l’horizon temporel se rapprochait exponentiellement, et j’ai constaté que l’approche la plus opérationnelle était de considérer le rythme de raccourcissement des cycles plutôt que leur échéance, ou dit autrement le flux du film plutôt que l’instantané de l’image. Ce qui frappe le plus est la coexistence cacophonique et non maîtrisée de rythmes extrêmement divers, des rythmes géologiques qui nous privent de pétrole nouveau pour quelques bons milliers d’années, à celui infernal des ordinateurs-traders, en passant par celui de la vie humaine, qui est – exception bienvenue dans ce cas – un des rares à ne pas raccourcir.
Que veut l’homme moderne ? Cette formulation un peu désuète qui fleure bon les années 60 et 70 pose à mon sens la question de la corrélation entre le discours politique et la norme sociale dominante.
Il me semble que le progrès a été la norme sociale dominante du long XIXe et du court XXe siècle. Deux visions du progrès concurrentes s’opposent, l’une fondée sur les mérites de l’individu et l’autre fondée sur un État qui organise et planifie le partage des richesses. Progrès économique d’un côté, progrès social de l’autre, l’un étant la porte d’accès à l’autre suivant le point de vue auquel on se place. En donnant une dimension temporelle (le futur) à l’amélioration des conditions de vie de chacun, la norme de progrès canalise les attentes des individus. À partir de la seconde moitié du XIXe, des partis puissants vont porter ces aspirations et donner un sens et un contenu au débat public (l’essence même de la démocratie ?), même si l’accès au pouvoir par les urnes n’est pas toujours au programme. L’adhésion des masses aux grands errements collectifs de « l’Âge des extrêmes » n’est qu’un dévoiement de ces deux visions antagonistes, née de la crise de l’entre-deux-guerres et des frustrations nées d’une sortie de conflit mal maîtrisé.
Etant pétri de droit romain, je rêve, au moins sur ce sujet, d’en voir promu partout un principe essentiel : la citoyenneté romaine n’était pas tant liée à la naissance, laquelle marquait surtout un prestige social (à quelle gens appartenait un tel ou une telle), qu’au lieu de résidence (Italie et colonies tout d’abord, puis, après l’édit de Caracalla, en 212 apr. J.-C., l’ensemble du territoire impérial). Civitare, en latin, c’est « habiter une ville », mais encore « accorder à quelqu’un le droit de cité », en général pour avoir servi dans la légion. Ce droit de cité ouvrait un accès à la participation aux décisions qui concernaient la ville mais également à un nouveau statut fiscal (l’historien Dion Cassius, auquel on pardonnera volontiers de voir le mal partout au regard des autres foucades de Caracalla, affirme que c’est surtout la perspective de nouvelles rentrées fiscales en termes de droits de succession qui a motivé le choix de l’empereur), distinct de celui des peregrini, provinciaux non-citoyens que 25 ans de service militaire vous transformaient en citoyens de plein droit. A partir de 212, habiter une ville vous donnait d’office le droit de cité, si vous étiez un homme libre. La cité antique n’avait rien à voir avec nos amas urbains disparates et alvéolaires. C’était une circonscription politique et culturelle cohérente (le droit romain respectait les coutumes civiques locales) qui faisait société et qui, du moins à partir de l’édit de Caracalla, incorporait officiellement dans la cogestion municipale toutes ses composantes (sauf les esclaves et les femmes, bien entendu, mais faut-il rappeler qu’à un autre échelon décisionnaire, le droit de vote des femmes date en France de 1944 et que les premières députées – rebaptisées goguenardement « députettes » par leurs collègues masculins – firent leur entrée à l’Assemblée Nationale en 1945 ?). Je rapprocherai ici civitas de civilitas. La citoyenneté romaine était une affaire morale. Il convient de s’en souvenir dans les temps décomplexés qui sont les nôtres.
159 commentaires en deux heures, un samedi du long week-end de l’Ascension ! Et j’avais pourtant dit que j’étais convalescent ! Et vous m’avez obligé à des copier-coller de scripts de vidéos ! Enfin, on avance !
Cher Monsieur Jorion,
Depuis que vous vous êtes « retiré » dans le « blog des amis… », je suis dans le noir ! Vos débats animés me manquent. Alors, par pitié, ouvrez la fenêtre, afin que le « simple spectateur » que je suis, puisse voir un peu de lumière… je ne vous dérangerai pas, je resterai silencieux, et pour vous et vos amis cela ne changera rien. Je sais bien que vous allez régulièrement nous informer de la progression de vos réflexions, mais je me sens « enfermé dehors » alors que je voudrais simplement voir « l’Histoire en marche ».
Une fois de plus Bruxelles enjoint à un pays, en l’occurrence la France, d’entreprendre des réformes « structurelles ». Préserver l’existant au travers de réformes importantes fait irrésistiblement penser à cette célèbre citation du roman de Lampedusa, Le Guépard : « Il fallait se dépêcher de tout changer afin que rien ne change ». Cette véritable antienne du monde occidental ne fonctionne évidemment pas, n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera probablement jamais. Il existe une dynamique du changement. Dans un monde ouvert, nulle entité ou nul groupe d’individus ne peut prétendre avoir le contrôle de tous les évènements et tous les paramètres. Le changement initié pour préserver ou améliorer une situation à un instant donné a des effets en cascade qui finissent par dépasser totalement le contexte initial. L’effet aile de papillon ne fonctionne jamais aussi bien que dans nos sociétés complexes. On est dans le « paradoxe des conséquences » de Max Weber : des résultats que nul ne souhaite, qui fragilisent le plus grand nombre et vont au-delà des espérances de quelques-uns.
Je viens de recevoir un mail me reprochant de ne pas m’en tenir à l’économie.
Il n’y a pas que ça, l’économie, dans la vie ! L’auteur d’un des plus récents billets va ce week-end à un mariage, avant de participer à un triathlon, et il a bien raison !
À la mémoire d’Andrew « Bart » Simpson, mort hier dans la Baie de San Francisco (qui m’est particulièrement chère) quand Artemis a chaviré.
10 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Comment éviter le retour d’une phase aigüe de la crise du désendettement ? C’est tout le problème auquel les dirigeants européens sont confrontés, après avoir pratiquement abandonné toute autre ambition. Ils savent que ni la croissance ni l’inflation ne viendront faciliter le désendettement sur lequel ils peinent mais qu’il doivent se méfier des effets de la crise sociale qu’ils ont enclenchée et du danger populiste qu’ils craignent. Ne pouvant envisager une mutualisation européenne de la dette publique, et encore moins sa restructuration, ils s’accommodent comme un moindre mal d’une lente immersion dans la récession. Contenir à tout prix la crise – qu’elle s’exprime par un nouveau dérapage du désendettement public ou privé – est le seul objectif qu’ils se sont désormais fixés. Car en sortir, ils ne s’en donnent pas les moyens.
Je viens d’écouter votre dernier Temps qu’il fait. Je trouve relever d’une saine recherche d’efficacité de votre part le fait de construire un groupe restreint autour de vous, ces trente amis dont vous parlez, pour avancer sur le « que faire maintenant ? », sans que ce groupe reste enlisé dans des contradictions insurmontables de points de vue, ou simplement ne trébuche sur une incompressible inertie populationniste, sans parler des egos… Ceci dit, j’ai trouvé un peu maladroit de votre part ce terme de « spectateur » pour les « 7 milliards – 30 » autres êtres humains sur terre… Enfin les x internautes… Et même si vous désigniez comme « spectateur » seulement les gens qui s’intéressent à votre blog, ou le suivent de près, ceux-ci n’en sont pas pour autant passifs, une nuance psychologique importante, il me semble. Par exemple le fait de ne pas avoir de notions de macro-économie bien précises empêche effectivement d’apporter de l’utilité au sein du groupe des trente en question. Mais n’éloignez pas de votre blog par des termes réducteurs, ou hiérarchisants, plein de gens qui, pour n’être pas économistes, ne se sentent pas du tout « spectateurs ». Simplement cette couronne plus large autour de votre blog, ressent plus ou moins intuitivement, les injustices, les impasses, la lente agonie qui va s’accélérant… Et un grand nombre agissent déjà, à leur manière.
10 mai 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Billet invité
J’aimerais dans ce billet prolonger la réflexion de Paul Jorion, suite à son entretien avec Martine Orange, journaliste chez Mediapart, et qui portait notamment sur l’analyse faite ou à faire d’un rapport critique de la Bundesbank vis à vis du programme dit OMT (opérations monétaires sur titres) de la BCE. C’est en s’appuyant sur ce rapport que le gouverneur de la Bundesbank, Jens Weidmann, se rendra le 12 Juin prochain à Karlsruhe pour être entendu par les juges de la Cour constitutionnelle allemande sur la question de la constitutionnalité du programme OMT de la BCE.
Inutile donc de revenir ici sur la distinction entre “prime de crédit” (credit spread dans la lingua franca de la finance) et “prime de liquidité” (“liquidity premium”) à laquelle fait référence Paul afin d’expliquer pourquoi la mécanique du programme d’OMT sera inefficace en zone euro. Approfondissons plutôt la question de la légitimité de l’euro qui est, il me semble, à la racine du malentendu que dénonce Paul dans son billet.
La BCE peut-elle être garante de la légitimité de l’euro ?
Partons d’une citation de l’économiste Michel Aglietta qui écrivait ceci dans un ouvrage pluridisciplinaire passionnant paru en 1998 (“La monnaie souveraine”) :
“….rendre la monnaie légitime c’est éviter que les conflits d’intérêts inhérents à l’incertitude sur l’évolution future des dettes ne se polarisent sur la liquidité.”
Je voulais faire une vidéo « de transition », vous savez : « le pont de l’Ascension »… et puis Oups ! je me suis fâché ! mais vous le verrez quand même : c’est une « saine » colère comme on dit, oui très saine !
- Aligner nos salaires sur ceux du Bangladesh, qui en bénéficie ?
- Pourquoi mes billets « Questions essentielles » et « La vie de tous les jours » parlent-ils de la même chose ?
- « La démocratie est-elle enchaînée face à la finance ? » ma communication à l’Académie royale de Belgique, du 30 mai au 1er juin, dans le cadre du colloque La démocratie enrayée ?
P.S. : L’expression « se syndicaliser » que j’utilise est très intéressante mais « se syndiquer » fait aussi très bien l’affaire
9 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
64,2%, c’est le taux du chômage des jeunes grecs de 15 à 24 ans ne poursuivant pas leurs études en février dernier. Pour la tranche 25-34 ans, il est de 36,2%, selon les statistiques officielles du pays. Pour l’ensemble de la population, il a atteint 27% (12,1% pour la zone euro); 1,32 millions de personnes étant sans travail contre 3,56 millions disposant d’un emploi.
L’économie grecque est entrée dans sa sixième année de récession, la contraction attendue cette année devant se situer dans la fourchette -4,2% à -4,5%. La baisse cumulée est de 20%, soit un cinquième du PIB. Les prévisions économiques de la Commission ne manquant pas de prévoir un retour à la croissance l’année prochaine (+0,6%).
8 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Enrico Letta, le président du conseil italien, tente de se donner des marges de manœuvre nationales qui passent par un assouplissement de la politique européenne. Il a choisi le chômage des jeunes comme angle d’attaque, en vue du prochain sommet européen de juin qui l’a inscrit à son ordre du jour, et a trouvé un allié en Mariano Rajoy, le premier ministre espagnol, pour travailler de concert dans un groupe de travail chargé de mettre au point des « mesures concrètes », car il serait selon lui « impardonnable » de ne pas y parvenir et de s’en tenir à une « conclusion bureaucratique ». Il faut, au moins à titre symbolique, décrocher quelque chose au Conseil européen afin de crédibiliser l’idée qu’un tournant est en cours et va s’approfondir, car la révolte gronde constatent chez eux les nouveaux partenaires.
8 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité
Lorsque l’on s’aventure dans les sous-sols du système financier, l’inventaire de ses fragilités intrinsèques n’a pas de fin… et les solutions pour y remédier restent à inventer. La réflexion sur les banques systémiques, dont une liste a été dressée, assujetties faute de mieux à un ratio de fonds propres plus élevé, en est un exemple ; un autre est la rareté potentielle du collatéral, ces actifs apportés en garantie d’une transaction, aboutissant à une périlleuse sophistication de leur gestion. À défaut de savoir bien évaluer le risque, il faut le contenir, car il n’est plus possible de l’évacuer comme la titrisation permettait de le faire, pensant ainsi le diluer et le rendre inoffensif (il n’en a rien été).
La Fed de New York a ouvert à ce propos un nouveau dossier en se penchant sur le marché des repo (pour sale and repurchase agreement, accord de vente et de rachat de collatéral), là où les banques viennent chercher leurs financements intraday (opérations initiées et dénouées au cours d’une même journée). Ce marché de 2.000 milliards de dollars aux seuls États-Unis associe côté emprunteur les banques, et côté prêteur les fonds monétaires, les assurances, les sociétés d’investissement et les entreprises. Des banques appelées agents tripartites – du fait qu’elles jouent un rôle de tiers, de garant entre l’emprunteur et le prêteur – sont chargées d’opérer le déroulement et la compensation des opérations entre ces emprunteurs et ces prêteurs. Aux États-Unis, ce sont pour l’essentiel JPMorgan et Bank of New York Mellon qui assurent ce rôle.
Emmanuel Todd n’est pas naïf. Il constate comme beaucoup de monde qu’il y a des trous noirs dans notre système collectif de pensée. Les « élites incompétentes » est un constat avant d’être un jugement. Et le jugement de Todd est dans l’incomplétude scientifique : il porte sur l’objet à connaître hors de la considération des sujets de connaissance.
La binarité de la situation dans laquelle nous nous trouverions entre totalitarisme libéral et totalitarisme populiste est une manipulation mentale du totalitarisme élitaire. Le totalitarisme élitaire est l’impossibilité théorique d’intellectualiser l’altérité : le refus de considérer une réalité hors de cadres de pensée posés en doxa universelle. Nous sommes bien dans le trou noir de l’incompétence des élites persuadées de leur réalité exclusive. Même si le Titanic s’est déchiré sur l’iceberg, il est par construction insubmersible !
Si Todd est naïf, alors c’est que la démocratie est un mythe. Et là le trou est vraiment très très profond… L’alternative entre libéralisme et populisme est une construction génocidaire. C’est la construction mentale qui nous a fait passer de la première guerre mondiale à la deuxième, puis de la deuxième à la guerre froide et maintenant à l’éradication de la civilisation par destruction de toute possibilité pratique de démocratie. La démocratie et la possibilité de démocratie sont la négociabilité des cadres de pensée dans des sociétés construites sur un vivre ensemble supérieur aux intérêts particuliers.
Ce que montre très bien Todd, c’est que les états de la démocratie sont construits sur des communautés de pensée géographiquement cohérentes par des territoires catalyseurs d’histoires particulières des vivres ensemble. Ce que les élites incompétentes ne voient plus du tout, c’est que leurs idéologies abstraites ne fabriquent pas de vivre ensemble : le réel absorbe la réalité qui ne peut plus être ni pensée ni discutée par des citoyens vivants.
La monnaie de Keynes est l’élément qui manque à Todd pour concrétiser ses analyses. La chambre de compensation en bancor est un espace abstrait de confrontation des analyses vivantes plurielles de la réalité. La monnaie keynésienne territorialise les idées par la localité des citoyens en négociation de prix de leur réel. Les citoyens peuvent se former en peuples. La négociation des libertés devient scalable de l’individu à l’humanité entière. Les États sont les structures du vivre ensemble à toutes les échelles. Les échelles d’état sont toutes négociables par des parités de change. La monnaie mesure le vivre ensemble au lieu de la théocratie du néant non compensable.
Je fais partie de ceux qui disent : laissons les utopies de côté, imaginer un monde plus juste en partant de l’existant nécessite des changements d’une telle ampleur qu’ils sont déjà en eux-mêmes révolutionnaires. Pour autant, je ne veux pas opposer utopie et pragmatisme. Euthanasier les rentiers comme le disait Keynes, c’est un programme révolutionnaire… Mais il faut reconnaître à Keynes cette capacité à mettre les mains dans le cambouis en tenant un rôle politique important et en ayant participé à quelques-unes des grandes négociations de la première moitié du XXe siècle (et l’on peut regretter qu’il n’ait pas réussi à imposer son point de vue à Bretton Woods). Utopie quasi « révolutionnaire » et pragmatisme peuvent donc (et doivent) cohabiter dans une démarche pour changer le monde qui nous entoure. Le fer de lance des utopies pouvant être ces expériences alternatives d’économie solidaire qui ne demanderait qu’à s’épanouir dans un cadre plus favorable.
C’est la question du « où va-t-on ? » qui nécessite le plus de pragmatisme. L’expérience passée montre que des objectifs trop précis et trop complexes conduisent souvent à ces bureaucraties hypertrophiées censées nous amener vers des lendemains radieux. Un consensus sur des objectifs généraux peut à mon sens suffire : développement durable, économie solidaire, partage équitable des revenus, respect de l’environnement, humanisme. Cette absence d’objectifs précis, c’est rejouer dans une optique différente le pari de Deng Xiaoping dans les années 80. Ce qui compte avant tout c’est le « comment y va-t-on ? » car on ne peut se permettre de rester dans des généralités et l’on doit bien tenir compte de l’existant, même si cette prise en compte passe par une phase de « reset », la situation actuelle étant intenable.
Subprimes, tarissement du crédit, Lehman Brothers, Grèce, CDS, avenir de l’euro, la presse suit à la trace les catastrophes devenues quotidiennes mais malheureusement, selon l’expression consacrée : « le nez dans le guidon ». Le risque est grand quand l’attention n’est accordée qu’au coup par coup, que les arbres ne finissent par cacher la forêt et que le fil rouge mortifère du risque systémique ne devienne lui invisible.
Pourtant le fil rouge est là, qui relie la suite de ces événements, et pour en faire la preuve, le fait que chacun était déjà en pleine lumière – les projecteurs braqués sur lui – quand eut lieu la précédente catastrophe.
La tentation est grande bien entendu de focaliser l’attention sur chacun de ces désastres et, au lieu de l’interpréter précisément par rapport au fil rouge qui le connecte au suivant, de l’examiner dans la perspective rassurante du routinier et du déjà connu. Ainsi, il y a des fourmis et des cigales – et la Grèce appartient à la famille des cigales et l’Allemagne à celle des fourmis, les CDS (Credit–Default Swaps) sont des instruments dérivés – à manipuler donc avec précaution, Chrétiens Démocrates et Libéraux tirent à hue et à dia au sein du gouvernement de Mme Merkel – comment pourrait-il en être autrement ? la France et l’Allemagne se disputent – une fois de plus…
6 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
Pierre Moscovici, le ministre de l’économie et des finances français, s’y est pris à deux fois pour saluer la décision de la Commission d’accorder deux ans de plus à la France pour réduire à 3% le taux de son déficit. « C’est la fin du dogme de l’austérité, il n’y a plus de nombre fétiche » a-t-il d’abord déclaré, avant d’ajouter le lendemain : « il n’est pas question de réduire nos efforts pour couper nos dépenses ».
François Hollande a de son côté souligné que « c’est une nouvelle importante, parce qu’elle vient consacrer ce que la France a demandé depuis un an, c’est-à-dire que l’on mette la croissance au premier rang de nos priorités ». Il a enchaîné en énumérant les domaines dans lesquels « cette souplesse, cette liberté » allait être utilisée pour faire preuve du « sérieux budgétaire indispensable » : la formation professionnelle, l’innovation, l’investissement et la réforme des retraites. Cette dernière présentée comme l’une des « réformes structurelles indispensables pour la croissance »…
6 mai 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Billet invité
Illustrée par les frappes aériennes israéliennes sur le territoire syrien, la guerre civile en Syrie a révélé une formidable logistique entre Téhéran et Damas. À ce jour, les pays occidentaux ont été incapables de briser cette coopération étroite où Bagdad est devenu un acteur incontournable dans le conflit actuel. Depuis la fin du régime de Saddam Hussein, il y a dix ans, Bagdad convulse toujours de ses divisions religieuses et ethniques. Les attentats, quotidiens, sont tombés dans l’oubli du torrent médiatique. La confrontation, certes latente, entre chiites et sunnites fait rage et dépend dorénavant d’un règlement plus global entre les deux autorités islamiques. L’absence d’une entité sunnite « centralisée » est compliquée par la rivalité haineuse entre l’Arabie des Séoud et la République islamique d’Iran.
Dans ce contexte, la visite de John Kerry à Bagdad, le 24 mars dernier, avait un but bien particulier : faire pression sur le gouvernement de Nouri al-Maliki. En l’occurrence, l’Irak est accusé de négligence voire de complicité dans la logistique mise en place entre Téhéran et Damas. Washington suspecte le gouvernement irakien de fermer les yeux devant les liaisons aériennes entre l’Iran et la Syrie. Les États-Unis ont sommé Bagdad d’accroître le contrôle sur les vols en provenance d’Iran et en direction du territoire syrien. Les Occidentaux estiment que ce trafic régulier entre les deux pays constitue un bol d’oxygène quasi-permanent pour les forces de Bachar el-Assad. John Kerry s’est montré quelque peu menaçant en précisant que Washington « observe ce que fait l’Irak ». Dès lors, les autorités irakiennes ont montré peu d’entrain à effectuer des missions de vérification. Jusque-là, les Irakiens ont effectué quelques contrôles, sans révéler le transport d’équipements militaires. Si l’Iran a protesté officiellement, les Irakiens ont affirmé à chaque reprise n’avoir trouvé que du matériel médical ou humanitaire. Est-ce que les Iraniens invitent les Irakiens à contrôler tel ou tel avion ? Ferment-ils les yeux s’ils découvrent des cargaisons d’armement ? Flou et épais, le mystère plane à l’image des relations qui se sont nouées entre Bagdad et Téhéran depuis une décennie.
Dans l’entretien qu’il a accordé à l’hebdomadaire Marianne en date du 4 mai, Emmanuel Todd déclare :
Je lui [François Hollande] ai suggéré qu’il fallait réunir une commission de réflexion sur la viabilité de l’euro mêlant des économistes orthodoxes et des économistes critiques, comme Jacques Sapir, Jean-Luc Gréau, Gaël Giraud, Paul Jorion ou Frédéric Lordon. La seule existence de cette commission aurait intimidé les Allemands et fait baisser l’euro.
C’est parfaitement exact. Le fait que le conseil n’ait pas été suivi signifie qu’il n’est pas véritablement question en haut-lieu d’intimider les Allemands. Pas plus qu’il n’était véritablement question de faire du monde de la finance l’ennemi à abattre (voir à ce sujet la prétendue réforme bancaire qui a préféré adouber au rang de « banques universelles », bienfaitrices universelles, les « banques systémiques » qu’il s’agissait de démanteler pour les mettre hors d’état de nuire et que le contribuable cesse d’être leur garant par défaut).
5 mai 2013 par
Julien Alexandre Commentaires fermés
Celles et ceux d’entre vous qui accèdent depuis des années au blog via vos iPhones ou iPads seront ravis d’apprendre que grâce au talent d’Abel Ingrand – que nous tenons encore à remercier – une application « Blog de Paul Jorion » est désormais disponible. Quelques-unes des possibilités offertes par l’application :
✓ Articles classés par catégories
✓ Notifications push lors de la publication de nouveaux articles
✓ Accés aux vidéos
✓ Navigation fluide dans une interface adaptée
✓ Compatible iPhone et iPad
✓ Lecture des articles sans connexion à internet
✓ Partage des articles sur Twitter, Facebook, par messages
✓ Compatible iPhone 5 et écrans Retina
✓ Accessibles aux dyslexiques et aux déficients visuels (VoiceOver)
L’application peut être téléchargée immédiatement ici.
Quoi, vous ne savez même pas ce que c’est ! Les bras m’en tombent ! Enfin, vous aimerez Chief Ebenezer Obey. De ça au moins je suis sûr !
Pour la petite histoire : Obey a fait ses débuts dans la fusion highlife-juju avant de retourner à la pureté du style juju, mais à la vue de ceci, nous sommes tous prêts à lui pardonner, n’est-ce pas mes amis ?
Ah ! l’année 2009 offre décidément bien des candidats intéressants aux « Piqûres de rappel » ! Celle-ci, c’est mon billet du 3 juin 2009.
Avec le recul qu’offriront les années, l’image qui émergera des politiques économiques mises en place aujourd’hui sera celle de mesures désespérées prises dans un immense désarroi. On observera ces leviers poussés ici ou là, d’abord dans un sens, puis dans l’autre, dans la plus grande expérimentation par essais et erreurs qu’ait connu l’humanité, mettant en jeu à chaque nouvelle tentative une somme plus colossale que celle mobilisée dans la précédente.
Quelqu’un dira : « La complexité de l’édifice qu’ils avaient bâti dépassait de loin leur entendement. Ils ne s’en rendaient pas compte, mais regardez les modèles dont ils pensaient qu’ils leur offraient une certaine maîtrise et à qui ils accordaient toute leur confiance ! Dans celui-ci, on suppose que la vitesse de circulation de la monnaie est constante « pour rendre le problème soluble ». Dans un autre, que le temps ne compte pas, assimilant du coup un marché à terme à un marché au comptant. Dans celui-ci encore, que l’on peut additionner reconnaissances de dette et billets de banque. Dans ce dernier, on suppose que les taux d’intérêt restent constants pour des durées indéfinies.
Pis encore, leur évaluation du risque était entièrement statique : fondée sur l’idée que chacun, individu ou entreprise, a son destin tout tracé et qu’on peut lui assigner une notation, un nombre magique, résumant ce destin.
Qu’espéraient-ils, les malheureux ? Quand les tensions de cette construction dont la complexité leur était inimaginable et de laquelle ils avaient perdu tout contrôle, ont commencé à la fissurer, ils n’ont su que faire et ont poussé sur tous les boutons à la fois. Ils ont tenté de noyer l’édifice branlant sous des tonnes d’argent frais, comme une habitation que l’on voudrait stabiliser en la coulant dans le béton. Ces efforts désordonnés n’ont fait que précipiter un effondrement dont l’inéluctabilité était certaine dès lors qu’ils ne comprenaient pas les forces qu’ils avaient mises en branle ».
4 mai 2013 par
François Leclerc Commentaires fermés
Billet invité.
La récession s’approfondit en Europe constate la Commission dans son dernier rapport, prétendant dans un même élan qu’elle « se remet lentement d’une longue récession ». « Le rééquilibrage est en cours », a affirmé Olli Rehn, sans plus d’éléments pour le justifier. Un tout autre éclairage était toutefois dernièrement donné, à l’occasion d’une table-ronde de financiers organisée par l’Agefi (une agence d’information spécialisée), dont le compte-rendu a été publié sous le titre « Les pressions sont clairement déflationnistes en zone euro ». Car la Commission a préféré ne pas faire référence à la dégringolade du taux de l’inflation, descendu à 1,2% en avril et désormais nettement en dessous de l’objectif de 2%.
La BCE affecte aussi de l’ignorer, ayant d’autres soucis plus immédiats. Elle est à la recherche d’un troisième pilier afin de soutenir une situation qui lui échappe. Encensée pour être parvenue à contenir la crise de liquidité des banques et à stabiliser le marché obligataire avec ses programmes LTRO et OMT, elle est démunie devant ce qu’elle appelle dans son jargon la rupture des mécanismes de transmission monétaire. Ce que d’autres décrivent plus prosaïquement en évoquant le sort de ces liquidités dont elle abreuve les banques mais qui ne descendent pas dans l’économie. Comment inciter les banques à relancer le crédit, voilà toute l’affaire.
Vous m’entendez souvent dire qu’il faut sortir du cadre. N’hésitons pas à prendre exemple sur ces dames qui n’ont pas hésité à différentes époques à déborder du cadre contraignant de la partition.
Passionnants en fait, ces mois qui ont suivi l’effondrement de Lehman Brothers. Dans mon billet du 24 janvier 2009, je répondais à un commentateur qui posait la question suivante : « Comment François Leclerc et Paul Jorion voient-ils l’avenir à court-terme (4-5 ans) ? »
Un horizon de quatre ou cinq ans en janvier 2009 ? Cela fait donc à peu près maintenant : mai 2013. Voici ce que j’écrivais il y a un peu plus de quatre ans.
Je vais me lancer. Je crois que ça ira beaucoup plus mal avant que ça n’aille mieux. Et la raison en est la suivante, c’est que si vous et moi voyons bien que seul un saut radical nous sortira du désastre actuel, ceux qui nous ont conduits là feront tout ce qui est en leur pouvoir – et le pouvoir ils en disposent en ce moment – pour remettre la machine en marche par des demi-mesures. Il y arriveront partiellement, pour des effets de surface, mais ils n’y arriveront pas sur les questions de fond parce que la machine sous sa forme présente est irréparable.
Pendant ce temps-là, des gens comme moi, comme vous sur ce blog, auront fait d’excellentes propositions sur ce qu’il convenait de faire. Ceux qui nous ont conduits là, ceux qui se sont trompés du tout au tout dans leurs analyses mais tiennent toujours le haut du pavé, continueront comme avant : prétendant qu’ils ont quand même raison – d’une certaine manière – que les « réformes », les privatisations doivent se poursuivre pour la raison incompréhensible X ou Y, que c’est la faute « en dernière instance » au Président Clinton, et ainsi de suite, … remplissez les pointillés.
Mais cela ne leur servira à rien parce qu’il deviendra de plus en plus clair à tout le monde – inexorablement – que c’est leur néo-libéralisme qui nous a conduits là où nous en sommes, et rien ni personne d’autre. Alors, alors finalement, « au stade de l’écoeurement », on se mettra à écouter ce que nous sommes en train de dire. Mais il faudra de la patience parce qu’il faut toujours énormément de patience quand c’est de l’histoire qu’il s’agit.