La nuit des morts-vivants

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je cherchais hier un document et j’ai ouvert une caisse qui me semblait une candidate plausible à le contenir et j’y ai découvert des livres morts : des manuels de programmation portant sur des générations depuis longtemps éteintes de langages ayant atteint aujourd’hui leur perfection longtemps espérée.

Pourquoi ne pas jeter tout simplement ces vieux volumes ? Un scrupule, lié sans doute au fait qu’ils coûtèrent cher à l’époque où ils furent achetés. Tout calcul fait, l’investissement fut payant et ils sont donc suffisamment amortis. Il faudra pourtant attendre qu’un déménagement me confronte au coût induit par leur déplacement d’un endroit à un autre pour que je me débarrasse enfin d’eux de sang-froid.

Mon expérience aujourd’hui-même fut bien plus traumatisante encore : travaillant à mon nouvel ouvrage, j’ai rouvert quelques-uns de mes livres consacrés à la titrisation.

Au contraire des versions dépassées de langages de programmation, ces livres sulfureux qui déversent page après page leurs certitudes de gains mirifiques, décrits avec l’assurance propre à la démonstration mathématique, ont conservé toute leur capacité à nuire. La nouvelle est tombée en effet il y a quelques jours à peine : l’administration Obama s’apprête à ressusciter la titrisation et fait des yeux de biche aux seuls candidats restant aujourd’hui en lice : ces hedge funds, si décriés il y a un an à peine comme fossoyeurs du capitalisme mais si précieux aujourd’hui puisque, seuls encore debout sur le champ couvert de morts, ils constituent désormais de ce même capitalisme, le dernier carré.

L’enthousiasme avec lequel la nouvelle administration américaine s’active à préparer la nuit des morts-vivants et rassemble pour assurer son succès loups-garous et vampires me rappelle à point nommé que parmi les livres disparus, certains sont donc beaucoup moins morts que les autres.

Post-scriptum : À quand l’interdiction des paris sur les fluctuations d’un prix ? À la Saint-Glinglin bien entendu. À moins que… à moins que la « posture D » (1) ne les attende tous au coin d’un bois… Histoire de donner à ces gredins la leçon qu’ils méritent !

––––––––––––––––––
(1) Voir Sémiotique de la crise, par Jean Maxence Granier.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Pourquoi la cloque n’est-elle pas percée ?, par François Leclerc

Billet invité.

POURQUOI LA CLOQUE N’EST-ELLE PAS PERCEE ?

Le terme consacré est bulle, pour bulle financière. Mais je préfère parler de cloque, par référence à ce qu’elle contient. Pourquoi, alors, constatons-nous que le moment où la cloque financière devra être d’une manière ou d’une autre percée est tellement retardé et éludé, d’une manière qui semble illusoire et même dangereuse ?

Une déclaration de Jean-Claude Trichet, président de la BCE, résonnait étrangement ce vendredi matin. Il avertissait que les liquidités apportées de façon exceptionnelle aux banques seraient « temporaires », que les procédures adoptées par la BCE étaient « tout à fait exceptionnelles » et que cette dernière « souhaite un retour au fonctionnement traditionnel des banques ». Rien que de bien naturel, pourrions-nous penser dans ces propos, pourquoi donc fallait-il les réaffirmer ? N’était-ce pas parce qu’un petit confort avait été finalement trouvé dans cette situation inédite d’assistance et de substitution, car elle évitait de devoir prendre certaines douloureuses décisions, et qu’il ne fallait pas s’y installer ?

Il est de fait que la crise crée des situations tout à fait surprenantes, et que de ce point de vue aussi elle ne peut pas durer éternellement. Le fisc américain, ne faisant en cela d’ailleurs que suivre l’exemple du fisc allemand, ne voulant pas lâcher sa proie, vient de déclencher la projection en Suisse d’une sorte de remake du film de Pedro Almodovar, qui pourrait s’appeler « banques au bord de la crise de nerfs ». La banque UBS a dû capituler et il va être difficile d’endiguer les flots qui vont s’engouffrer dans la brèche ouverte. Les Allemands poursuivent, eux, le Lichtenstein de leurs assiduités, mais ce dernier a réagi de manière plus politique que les Suisses. Le Premier ministre, Klaus Tschütscher, déclarant jeudi dernier : « Je peux imaginer une solution pour un accord avec l’UE, qui évite par la coopération la fraude fiscale… ». Avec un peu d’imagination, en effet… Il vaut mieux en avoir afin d’éviter la violence dont les Suisses ont fait preuve dans leur réaction, qui s’explique en effet par le fait que leur ligne de défense traditionnelle du secret bancaire et de ses affaires a été enfoncée par les exigences américaines de communication des noms de tous les détenteurs de comptes numérotés américains, afin de faire eux-mêmes le tri et de ne pas laisser ce soin à la banque. La distinction traditionnelle et casuistique entre évasion et fraude fiscale n’y résiste pas. Le secret bancaire volera en éclat si l’affaire se poursuit.

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Et pourquoi pas un plan général d’apurement des dettes bancaires ?, par Romain D.

Billet invité.

Et pourquoi pas un plan général d’apurement des dettes bancaires ?

S’il existe une similitude à l’ensemble des plans de sauvetage des banques, c’est qu’ils ne demandent jamais de sacrifices aux créanciers. Sont évoqués soit la création de bad banks, soit des mesures de recapitalisation par les états, de nationalisation mais il ne me semble pas avoir jamais entendu évoquer des mesures de restructuration des passifs bancaires.

Pourtant demander (imposer) aux créanciers des banques de transformer une partie de leurs avoirs en quasi fonds propres présente l’intérêt majeur d’améliorer directement la solvabilité des banques sans socialiser encore plus les pertes. Le dilemme insoluble du prix de rachat des actifs toxiques n’est ainsi plus posé. Le défaut de vigilance des actionnaires (dilution du capital) et des créanciers est sanctionné. Une bonne part du problème posé par l’aléa moral s’en trouve résolu. Et surtout, dans ce cas de figure, on ne répond pas à une crise d’endettement par plus d’endettement.

Un article récent de François Meunier décrit cette approche :

… une dernière mesure, assez radicale, est à la disposition des autorités. Elle consiste à décréter qu’une banque en mal de solvabilité est dans un quasi-état de sauvegarde. Il est légitime alors d’obliger créanciers et actionnaires des banques à s’entendre pour une recapitalisation de la banque. Pour éviter les délais de négociation et la myriade de situations individuelles qui rendent cet accord impossible, on agit par la loi en obligeant à une conversion forcée des titres de dette en fonds propres. Pour fixer les idées, on obligerait tous les porteurs de dette financière des banques à convertir 20% de leurs dettes, à leur valeur nominale, en actions ; pour les porteurs de dette subordonnée ou hybride, la conversion se ferait à disons 40%. Les dépôts bancaires, à vue ou à terme, seraient bien évidemment exclus de cette conversion forcée.

Il s’agit évidemment d’une procédure d’exception, radicale, proche de l’expropriation et qui ouvre la porte à des contentieux internationaux. Evidemment, les investisseurs ne seraient pas fous de joie. La récente opération de transformation de la dette de GMAC pour éviter la faillite n’a été que partiellement suivie par les investisseurs qui risquaient pourtant de perdre 100% (sachant bien évidemment que l’Etat ne lâcherait pas un organisme aussi gros).

Les pouvoirs publics pourraient envisager d’imposer de telles opérations de restructuration de dette à l’ensemble de leurs banques par des procédures de type sauvegarde. Des mesures similaires ont semble-t-il été adoptées par Roosevelt et lors du sauvetage bancaire suédois dans les années 90 et les créanciers ne s’en sont pas trop mal sortis pour finir.

Les défis techniques seraient certes nombreux mais certainement pas indépassables avec de la volonté politique (quoique le mieux serait de trouver un consensus au niveau du G20, pas gagné !). Face à la gravité de la crise, ce type de mesure mériterait au moins d’être débattu (des groupes de pression dans la finance devraient certainement être contre, tant leur intérêt est que les opérations de sauvetage soient basées plutôt sur des dépenses publiques).

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Les lemmings

Extrait d’un article à paraître dans le numéro du mois de mars de l’ENA hors les murs, intitulé « Les enjeux historiques de la crise »

L’économie sous sa forme naturelle n’est pas seulement darwinienne, elle reflète aussi la nature propre de l’homme en tant qu’espèce. Elle est, pour utiliser le terme qu’emploient les biologistes pour les populations animales qui manifestent ce type d’attitude : « colonisatrice ». Le comportement « colonisateur » conduit à envahir de manière très efficace un espace et à prendre contrôle de ses ressources. Il ne connaît malheureusement pas de frein : lorsque cet espace a été complètement envahi, l’environnement se dégrade en raison de sa surexploitation et l’espèce est forcée d’en trouver un autre, qu’elle envahira à son tour, si elle le trouve ; nous partirons ainsi à la conquête des étoiles, les lemmings eux courent en masse droit devant eux et quand ils atteignent le rebord d’une falaise, ils en tombent et s’écrasent au fond du précipice. Nous en sommes là, nous aussi.

Nos entreprises commerciales, semblables aux lemmings, ne sont pas équipées de freins : elles savent bien comment grossir et devenir plus fortes mais ignorent comment se réguler : elles diminueront de taille éventuellement mais uniquement sous la contrainte : parce que leurs ressources se seront amenuisées (et c’est de cette manière que les banques centrales tentent d’influer sur leurs comportements : en renchérissant le loyer de l’argent qu’elles doivent emprunter pour se financer). Les firmes sont organisées en leur sein sous la forme hiérarchique du commandement militaire et n’ont qu’un seul objectif : l’objectif colonisateur d’envahir complètement leur environnement, cela s’appelle « accroître sa part de marché ». Ne connaissant pas de frein, les entreprises produisent toujours davantage et faute de pouvoir s’arrêter ou de réfréner leur appétit, elles encouragent les consommateurs à acheter leurs produits en quantités toujours croissantes, et ceci quelle que soit la quantité qu’elles en produisent. Pour soutenir cette croissance qui ne peut être endiguée, elles recourent à la publicité et ont encouragé une philosophie du consommer toujours plus appelée « consumérisme ».

Une fois l’environnement complètement envahi, il se dégrade d’être toujours exploité davantage : la stratégie « colonisatrice » a alors atteint ses limites. L’entreprise sans frein a assumé son rôle mais celui-ci a cessé d’être adapté au sein d’un monde désormais pleinement colonisé. En fait, ce qui motive le comportement colonisateur, c’est son présupposé qui n’apparaît en pleine lumière que lorsque son objectif a été atteint : qu’une colonisation complète ne sera jamais accomplie. Ce que les faits démentent bien sûr.

Une telle absence d’anticipation des conséquences à long terme caractérise la nature laissée à elle-même dans ses aspects les plus « physiques » (par opposition à chimiques ou biologiques) : dans les processus purement physiques en effet les particules lancées l’une vers l’autre s’entrechoquent sans pouvoir s’éviter. Dans sa dimension « biologique » la nature fait preuve d’anticipation, et ceci de plus en plus à mesure que l’on envisage des animaux plus avancés. Et c’est ce qui permet de dire que la démocratie que l’homme s’est offert à lui-même comme une institution inédite relève du biologique alors que l’économie qu’il s’est contenté d’hériter d’un stade antérieur de son organisation relève du physique seulement. La démocratie est adaptative mais le capitalisme qui caractérise son économie, n’est pas lui adaptatif. Les événements qui se déroulent depuis l’été 2007 le confirment si l’on devait encore en douter.

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La Raison dans l’histoire

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Pierre-Yves D. a la très grande amabilité de consacrer une longue analyse à mon article Pourquoi nous avons neuf vies comme les chats, publié en 2000 par le Collège International de Philosophie et que j’ai reproduit hier dans mon billet intitulé Mondes multiples et conscience. Il analyse en particulier le passage où j’écris ceci :

C’est-à-dire, plus loin j’apparais dans l’histoire de mon monde, plus mon existence suppose l’exercice de la raison dans l’histoire de ce monde. Mais aussi, et quel que soit le moment où une conscience se révèle à elle-même, celle-ci constatera nécessairement dans la période qui l’a précédé cet exercice de la raison dans l’histoire qui l’a précédée.

Et il commente :

Dire que notre monde est cohérent est une chose, mais dire qu’il n’y a qu’une Raison nécessaire à l’œuvre dans notre monde et qu’il est possible d’en rendre compte comme vérité une et incontestable en est une autre. Si cela était vrai, qu’il y a une Raison du monde explicite, modélisable, pour employer votre vocabulaire, cela ne signifierait-il pas que la survie de notre monde, et donc de chacun de nous, dépend d’un modèle particulier, d’une seule explication du monde ? Que donc, en toute logique, la Raison du monde du futur procédera de la même raison unique et vraie que nous pourrions expliciter aujourd’hui.

Je résumerais ce que dit Pierre-Yves D. dans les termes suivants : « C’est la « Raison dans l’histoire », chez vous comme chez Hegel, mais ce n’est pas la « Raison en marche » de Hegel : c’est une Raison qui ne peut être lue qu’a posteriori ». Oui : c’est tout à fait ça, et j’ajouterai du coup comme nouveau corollaire à celui déjà dans mon texte (1) celui-ci : « La meilleure chose que l’on puisse souhaiter à quelqu’un est qu’il naisse le plus tard possible dans l’histoire des hommes », auquel Hegel pourrait également souscrire mais que nous interpréterions lui et moi dans des sens différents : du présent vers l’avenir pour lui et du présent vers le passé pour moi.

Hegel parle beaucoup de Dieu mais quand on le lit, on s’aperçoit qu’il y a malentendu si l’on avait lu « Dieu » dans son texte, selon l’usage courant d’un Dieu qui a conçu le monde, qui est venu avant ce que nous observons : le Dieu de Hegel est en fait un Dieu à venir, il est en gestation.

Et je conclurai alors sur le mode facétieux en reprenant ce que je viens de dire sur Hegel et sur Dieu et en le transposant de la manière suivante :

« Jorion parle beaucoup de Raison mais quand on le lit, on s’aperçoit qu’il y a malentendu si l’on avait lu « Raison » dans son texte, selon l’usage du terme chez Hegel, d’une Raison qui émergerait du monde toujours plus forte, qui explique ce qui adviendra : la Raison de Jorion est en fait une Raison a posteriori, elle ne nous offre aucun guide pour l’avenir ».

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(1) « La roulette russe est une activité sans risque et qui peut rapporter gros ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Faute de décisions, les réunions se multiplient, par François Leclerc

Billet invité.

FAUTE DE DECISIONS, LES REUNIONS SE MULTIPLIENT

Ce ne sont pas les rencontres internationales qui vont manquer dans les semaines à venir, faisant déjà naître la crainte qu’elles ne procurent que des déceptions, tant leurs résultats sont depuis le temps attendus.

Ce dimanche, Angela Markel réunit à Berlin les chefs d’Etat et de gouvernement des pays européens du G20, ainsi que les responsables de l’Eurogroupe, de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et de l’Espagne et des Pays-Bas, auxquels se joindra Mirek Topolanek, le premier ministre tchèque, dont le pays préside l’Union européenne. Il s’agit de préparer ensemble le G20 de Londres du 2 avril prochain. En mars, deux sommets successifs de l’Union européenne, l’un extraordinaire, l’autre régulier, suivront Berlin et précéderont cette réunion à dimension mondiale.

Pour ne pas être en reste, Silvio Berlusconi et Gordon Brown, dans une tribune libre commune publiée jeudi par le quotidien italien Il Sole 24 Ore, ont choisi de voir encore plus loin, définissant déjà les objectifs du prochain G8, qui aura lieu en juillet prochain à La Maddalena (Italie). Une manière de minorer par avance le G20, et de repousser les échéances, puisque si ce dernier devra « chercher à établir une charte des principes pour la réglementation et la supervision financières », ce sera le sommet du G8 qui « sera l’occasion d’aller au-delà, avec l’adoption d’un système commun de principes et de règles sur l’intégrité et la transparence des activités économiques et financières internationales ».

Pour revenir à Berlin ce dimanche prochain, les commentaires sur la portée de cette réunion préparatoire sont réalistes et donc plus que réservés. Il en est essentiellement attendu des déclarations d’intention, notamment contre le protectionnisme, peut-être quelques avancées sur des mesures de régulation financière, sur l’encadrement des rémunérations de dirigeants de banques, des définitions de principes plus ou moins élaborées afin d’être consensuelles sur la gestion des actifs toxiques et enfin des proclamations à propos des « centres non coopératifs » (les paradis fiscaux). Le tout enrobé dans la nécessité de favoriser par tous les moyens la relance économique et de coordonner des actions européennes qui ne le sont toujours pas.

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L’actualité de la crise : Diplomaties de la crise, par François Leclerc

Billet invité.

DIPLOMATIES DE LA CRISE

En citant Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale américaine, qui a déclaré mardi dans le Financial Times : « Il peut être nécessaire de nationaliser temporairement certaines banques afin de faciliter une restructuration rapide et ordonnée », je courbe les épaules et rentre la tête, attendant dans l’arène du blog de Paul Jorion le terrible verdict du pouce levé ou baissé, une fois décernée ma notation selon les nouvelles catégories en vigueur, A, B, C ou D.

Neelie Kroes, commissaire européenne à la concurrence en est de son côté restée aux généralités, même musclées. Elle considérait mardi depuis Bruxelles que, « si nous voulons rendre la santé à l’ensemble du secteur bancaire, et restaurer la fonction cruciale du secteur qui est de soutenir l’économie, des décisions de restructuration doivent être prises avant la fin 2009 (…) Les garanties, les recapitalisations et le traitement des actifs toxiques sont nécessaires, mais pas suffisants (…) Des décisions dures sur des restructurations ou de possibles liquidations organisées doivent être prises, et elles doivent être prises très vite. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre.(…) Il est nécessaire que nous ayons une approche logique et coordonnée – pas seulement en Europe, mais dans le monde », a-t-elle conclu.

Des deux côtés de l’Atlantique, nous sommes en réalité bien avancés avec ces déclarations, qui ne débouchent toujours sur rien de concret. Les investisseurs aussi, qui s’agitent assez frénétiquement sur les marchés obligataires, très volatiles comme on dit, les taux se détendant un jour pour se tendre le lendemain (baissant puis montant). Avec comme tendance attendue la montée des taux et le surenchérissement des emprunts d’Etat, et probablement une accentuation des disparités des taux enregistrés entre ceux-ci, en faveur de ceux qui sont considérés meilleurs risques. En attendant, on enregistre des mouvements violents d’une séance à l’autre et une intense activité.

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Mondes multiples et conscience

La discussion relative à la mécanique quantique que vous m’avez encouragé à lancer me ramène à mon Pourquoi nous avons neuf vies comme les chats, publié en 2000 par le Collège International de Philosophie. J’y montre – sans prendre parti sur elle – comment l’hypothèse des mondes multiples qui s’attache à l’interprétation de la mécanique quantique par Everett permet de concilier un ensemble d’hypothèses philosophiques disparates : la Cogito cartésien, le meilleur des mondes leibnizien et le rôle de la Raison dans l’histoire chez Hegel.

C’est à ce texte que renvoie l’article de Wikipedia consacré à Science et conscience :

La situation se complique lorsque l’on se place dans le cadre de la théorie d’Everett. Dans ce cadre, l’évolution du monde n’est pas linéaire mais arborescente. À chaque instant l’évolution emprunte simultanément toutes les possibilités prévues par la mécanique quantique, et on peut alors légitimement se poser la question de savoir ce qu’il advient de la conscience individuelle. Notre conscience se divise-t-elle aussi pour coexister simultanément dans des mondes parallèles ? Paul Jorion répond négativement à cette question. Selon lui, la conscience emprunterait le chemin d’évolution qui est le plus favorable pour elle.

Voici, reproduite ici, à titre de hors d’œuvre, la présentation du mystère :

Les comportements inattendus au niveau microscopique des particules élémentaires qu’étudie la mécanique quantique sont quelquefois présentés au profane par le biais de l’expérience mentale dite du « chat de Schrödinger », laquelle débouche sur l’hypothèse induite des « mondes multiples ». La prémisse est celle d’états concurrents de la réalité qui demeurent superposés jusqu’à ce qu’un événement tel que leur observation – ou plutôt l’interaction avec eux que suppose leur mesure – les oblige à choisir une manière de se présenter, et ceci sans que l’alternative implicite à la superposition initiale perde pour autant de sa réalité. L’interaction – dont la mesure n’est que l’un des avatars possibles – est alors à l’origine d’une bifurcation de mondes entre deux de leurs états possibles.

Dans l’expérience mentale imaginée par Erwin Schrödinger dans les années trente du siècle dernier, un chat dont la survie ou la mort dépend de la brisure d’une fiole de cyanure déterminée par une variation quantique ayant une chance sur deux de se produire (réduction d’un train d’ondes), se retrouve simultanément mort et vivant dans deux univers également possibles mais ayant « bifurqué », ayant divergé l’un de l’autre. Le chat est à la fois mort et vivant mais dans deux mondes en voie de séparation, l’ontologie sous-jacente à cette conception étant donc celle de myriades d’univers co-existants, chacun évoluant selon un scénario qui lui est propre, d’où l’appellation pour cette interprétation de la mécanique quantique, d’hypothèse des mondes multiples (parallèles).

Ce qui – à ma connaissance – n’a jamais été évoqué dans les discussions relatives au chat de Schrödinger, c’est ce que celui-ci en pense. Sans doute parce que l’auteur de l’expérience mentale supposait que l’animal n’est pas pleinement conscient de ce qui lui arrive. Remplaçons alors le chat par un être humain pour rendre le cas de figure plus instructif. Si ce dernier est à la fois mort et vivant, on peut supposer que les principes courants en matière de conscience restent d’application, à savoir que, 1º dans le monde où il est mort, son cadavre est privé de conscience, alors que 2º dans le monde où il demeure en vie, son corps continue à être doué de conscience, c’est-à-dire, a la conscience d’être en vie (quand il n’est pas endormi, évanoui ou dans le coma). Autrement dit, en cas de divergence entre deux scénarios où dans l’un, l’individu meurt, alors que dans l’autre il demeure en vie, la conscience de soi doit nécessairement s’attacher au scénario où la capacité métabolique du corps reste entière…

Les notes – qui sont importantes – manquent du texte en ligne alors le voici en entier :

Pourquoi nous avons neuf vies comme les chats , Papiers du Collège International de Philosophie, Numéro 51, Reconstitutions, 69-80, 2000

(La même chose en anglais : Why, like cats, we have nine lives).

Armel et moi nous nous sommes arrêtés sur le côté Ouest de la rue de Condé. Francis – qui sait que nous allons prendre le métro à Odéon, s’est arrêté lui aussi. Mais Isabelle qui ne connaît rien à nos projets a déjà traversé la rue. Elle s’aperçoit soudain qu’elle est la seule à l’avoir fait, et revient sur ses pas. Mais une voiture débouche à toute allure, qui ne pourra pas l’éviter…

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Sémiotique de la crise, par Jean Maxence Granier

Jean Maxence Granier de Think-Out Research & Consulting me fait parvenir un texte très intéressant intitulé Sémiotique de la crise qu’il m’autorise à diffuser.

Il distingue quatre conceptions – qu’il appelle « postures » – de sortie d’une crise appelées A, B, C et D, s’étageant du bénin A où le système autorégulé oscille de manière cyclique, au catastrophique D, où il est irréparable, en passant par B où le système survit, bien que difficilement, pour retrouver sa forme originelle, et C où le système survit mais uniquement parce qu’il subit une authentique métamorphose et se retrouve à l’arrivée très différent de son point de départ.

Pour A, Granier ne trouve aucun auteur qui défende cette interprétation de la crise et ceci dit-il, à juste titre, parce qu’elle dépasse d’ores et déjà en gravité le stade où une telle lecture pourrait encore se justifier. Parmi les auteurs défendant une conception de type B, il retient Patrick Artus, Michel Aglietta et Jacques Attali. Pour la « posture » C, les trois noms retenus par lui sont Joseph Stiglitz, Paul Krugman et moi-même. Et pour le type D, Alain Badiou, Jean-Claude Michéa et Immanuel Wallerstein.

Ce qui est très intéressant, et qui rejoint le propos de mon billet précédent, est le fait que les mesures qui sont prises actuellement au plus haut niveau, aussi bien en Europe qu’aux États–Unis, correspondent à une interprétation de la crise comme relevant du type A, celle qu’aucun analyste digne d’être mentionné par Granier, ne défend plus.

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« Nos dirigeants abordent “les problèmes” sous un autre angle »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le titre de ce billet est emprunté à Fab, un commentateur habituel de ce blog, et la raison pour laquelle je le cite, c’est parce que je m’apprête à lire l’entretien d’Henri Guaino avec Françoise Fressoz et Arnaud Leparmentier dans Le Monde d’aujourd’hui : « La situation sociale est un terreau favorable à tous les extrêmes », dans la perspective que suggère Fab dans son intervention que voici :

En résumé, il me semble que sous-estimer nos dirigeants (ou son prochain…) n’est pas une position raisonnable, surtout quand on leur attribue par ailleurs de grandes capacités de contrôle : ils abordent « les problèmes » sous un autre angle, avec un autre regard, sans pour autant être incompétents.

J’avais fait la remarque suivante :

La compétence d’un dirigeant ne se détermine pas « sur le papier » mais selon le critère défini par Hegel :
« Comprend-il son temps ? »

Ma question « Comprend-il son temps ? » renvoie à la définition du grand homme politique, telle que Hegel la propose dans La raison dans l’histoire :

Ce sont des hommes politiques et à l’esprit pratique. Mais ils sont aussi des penseurs qui comprennent ce qui est requis et ce qui est à l’ordre du jour. Ils conçoivent ce qu’est la vérité profonde de leur temps et de leur monde, la forme de sa prochaine variété, si l’on peut dire, déjà conçue dans la matrice du temps. C’est à eux qu’il revient de connaître ce nouvel universel, la phase dans laquelle leur monde entre nécessairement, pour qu’ils en fassent leur objectif et y consacrent toute l’énergie dont ils disposent.

Ce rappel de la définition du grand homme politique par Hegel semble trouver un écho dans l’entretion que Guaino a accordé au Monde quand il dit :

Si les experts ont du mal à imaginer un autre monde que celui dans lequel ils ont vécu, les responsables politiques sont davantage conscients de la nécessité du changement. Pour refonder le capitalisme, ils doivent imposer des solutions non pas techniques mais politiques.

Aussi quand Guaino dit :

Il faut que les banques soient de nouveau incitées à faire leur métier qui est d’analyser le risque de crédit. Par conséquent, il faudra bien finir par répondre à certaines questions : quelle part de risques la banque doit-elle conserver dans son bilan quand elle titrise ses crédits ? Dans quelle mesure peut-elle être autorisée à financer de la spéculation en particulier les hedge funds ? Comment s’assurer de la transparence de leurs opérations à travers les paradis fiscaux ? Comment rémunérer les opérateurs pour qu’ils ne soient pas incités à prendre des risques excessifs ? Comment contrôler les agences de notation pour que personne ne puisse prendre de risques sans savoir lesquels ? Les activités de crédit et les activités de marché doivent-elles ou non être totalement séparées ?

la conclusion qui s’impose si l’on tient compte de ce qu’il a dit précédemment est que ces questions doivent trouver des solutions politiques et non purement techniques. Or il est clair que l’administration Obama, s’achemine elle de son côté vers des solutions purement techniques qui maintiennent le cadre dans lequel elles s’inscrivent intact – selon les conseils du Secrétaire au Trésor Timothy Geithner et du conseiller spécial Larry Summers, si l’on en croit Paul Krugman dans sa chronique publiée dans le New York Times le 1er février.

Le test pour la France sera triple : distinguer dans un premier temps ce que seraient des solutions politiques par opposition à des solutions qui se contenteraient d’être techniques, les appliquer ensuite, user enfin de son influence pour en faire des mesures qui seront instaurées à l’échelle européenne puis mondiale.

Il ne s’agit pas, comme on le voit, d’un mince défi. Si l’on parvient à le relever avec succès, la preuve aura été faite que oui, comme l’affirme Fab, « nos dirigeants »

…abordent « les problèmes » sous un autre angle, avec un autre regard, sans pour autant être incompétents.

Mais pas avant bien entendu.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Comment diffuser aujourd’hui une information de bonne qualité ?

Vu la manière dont j’ai appris qu’il n’est rien arrivé de grave à Philippe Barbrel de ContreInfo, je n’en dis pas plus mais je vais quand même en profiter pour poser une question dont nous avons longuement débattu lui et moi :

« Comment diffuser aujourd’hui une information de bonne qualité, qui ne repose pas uniquement sur des hommes-orchestres isolés sans budget aucun ? »

J’ajoute que la publicité n’est pas la réponse ni pour moi, et je le sais, ni pour lui.

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L’actualité de la crise : Des demi-mesures pour étalon, par François Leclerc

Billet invité.

DES DEMI-MESURES POUR ETALON

Quittant l’Europe du G7, nous changeons depuis lundi de région pour accompagner Hillary Clinton dans son périple asiatique, dont les principales étapes sont le Japon et la Chine, les deux principaux bailleurs de fond du trésor américain. Ce sont donc plus des mains qui y seront discrètement tendues que des projecteurs qui seront braqués dans cette région qui n’est pas épargnée par la crise. Celle subie par le Japon est impressionnante, mais il reste appelée à continuer de jouer un rôle de grand argentier, de financier de la double dette publique et privée américaine. Les Japonais ont déjà prêté au FMI de quoi un peu mieux jouer le rôle financier qui l’attend dans cette nouvelle crise et pour lequel il était par trop démuni. Les Chinois ont de leur côté relancé les discussions sur la coopération militaire Chine-USA, mise en bouche avant celles qui vont s’engager sur les terrains commerciaux et financiers et que Hillary Clinton va tenter d’initier, prenant la succession du « grand ami de la Chine » qu’était Henry Paulson, qui y avait ses habitudes. L’espoir change non pas de camp mais de région, après le quasi fiasco du G7 de Rome.

Les Européens, essayant de dissimuler leur déconvenue, attendaient des Américains un miracle qui n’est pas venu, et ont un lendemain difficile. Les nouvelles sont alarmistes en Grande-Bretagne, si l’on en croit Charles Bean, vice-président de la Bank of England, qui est aujourd’hui sorti de sa réserve en annonçant que le temps risquait d’encore fortement se détériorer pour l’économie britannique, alors qu’elle est déjà bien mal en point. Du côté allemand, ce n’est pas non plus la joie, le gouvernement fait face avec Hypo Real Estate à son Lehman Brothers, et s’apprête à faire adopter une loi sacrilège permettant sa nationalisation après expropriation, afin d’éviter l’effet systémique de sa faillite sur l’ensemble du système bancaire allemand. D’autres expédients sont également recherchés activement au niveau européen, cette fois-ci afin de faire face aux difficultés de financement des entreprises, et l’on entend le Baron Ernst-Antoine Sellière, président de l’organisation patronale BusinessEurope, demander aux plus hautes instances européennes que soit envisagée l’intervention de la BCE sur le marché obligataire privé, en clair la souscription aux émissions obligataires des grandes entreprises. Une béquille de plus pour le marché.

Mais nos regards nous portent non pas ailleurs, mais plus loin. Car il faut bien préparer la suite, sans savoir pour quand il sera nécessaire d’être prêt, travailler au prochain G20 de Londres et aux mesures de régulation dont au moins l’étude devra être annoncée. En se préparant visiblement à des demi-mesures, ce qui ne nous étonnera pas.

La mise sur pied d’une ou de plusieurs chambres de compensation des OTC (over the counter), les opérations de gré à gré, fait déjà l’objet d’une compétition très intense, de deux enjeux superposés. Commercial d’abord, car cela sera une affaire de gros sous que de gérer cette structure et les prétendants sont nombreux et actifs, politique ensuite, car les Européens refusent tout organisme unique sous influence américaine, mais sont eux-mêmes divisés pour savoir s’ils doivent créer une structure propre à la zone euro ou bien une autre qui serait plus large (et inclurait la Grande-Bretagne). La BCE est de la partie, avec la Commission de Bruxelles, les banques, ainsi que tous ceux qui estiment avoir leur mot à dire et qui pourraient aussi être amenés à financer l’opération. Une chose apparaît clairement dans ce paysage, qui par ailleurs ne l’est pas vraiment, c’est qu’il s’agit de structurer ce marché, qui était de gré à gré, afin de ne plus se retrouver dans la situation actuelle, avec un écheveau indémêlable. Mais que pour le reste, les modalités de l’encadrement des produits eux-mêmes, les ambitions sont plus modestes et ne font pas l’objet de discussions aussi acharnées. Prochaine réunion de tout ce monde, le 24 février prochain. C’est le Financial Times qui pour le moment assure la meilleure couverture du sujet.

Le second dossier dont on a des échos un peu assourdis, c’est celui des « paradis fiscaux », ces ports francs de la flibuste financière. Pardon, ces « centres non coopératifs », suivant la terminologie utilisée dans les documents officiels. « Les paradis fiscaux sont une honte (…) le contraire de la moralisation du capitalisme » a déclaré lundi Eric Woerth, ministre du budget français, lors de l’émission du Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro, estimant qu’il devrait être nécessaire « que les banques, lorsqu’elles hébergent des comptes dans des paradis fiscaux le disent ». Et que « tous les transferts d’argent vers les paradis fiscaux ou des paradis fiscaux vers les territoires nationaux (devraient être) évidemment surtaxés ». Caractériser comme étant « non coopératifs » ces pays n’est pas innocent et indique, dès à présent, qu’il ne s’agira pas d’en supprimer l’existence, mais seulement d’en encadrer le rôle. On va encadrer beaucoup, dans la prochaine période. De les rendre « coopératifs », ce qui laisse du grain à moudre à tous ceux qui ne veulent pas trop bousculer leurs habitués. Grand pas en avant, la prochaine réunion de l’OCDE, en juin prochain, devrait permettre d’établir la liste des pays concernés, ce qui correspond bien aux quatre mois annoncés en sortie du G7 par les ministres allemands et français des finances.

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But du blog

La période présente est une période de grande incertitude financière. Certains commentateurs mentionnent dans leurs interventions consulter le blog de Paul Jorion à la recherche d’informations relatives à la manière de gérer au mieux leurs économies. Je précise à leur intention que le blog de Paul Jorion est consacré à une réflexion générale sur les questions du monde contemporain et n’aborde les questions financières – parmi une multitude d’autres – que sous ce seul angle. Quiconque prend dès lors une décision d’ordre financier en fonction de ce qu’il a pu lire ici sous la plume du blogueur ou de ses lecteurs, le fait sous sa seule responsabilité.

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Beau temps pour la saison

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ils se sont donc rencontrés au G7 et se sont dit : « Euh… Ça va ? … Oui, moi aussi… Il y a du vent, hein ?… Oui, ça souffle ! … » Puis consultant leur montre : « Bon, ben, c’est pas que j’m’ennuie… On s’revoit bientôt au G20, hein ?… Allez… à la prochaine ! »

Et vous de vous indigner : « Quoi, ils se réunissent encore une fois, et ils n’ont rien à se raconter. Et on nous dit : « Obama, vous allez voir ce que vous allez voir ! », et puis rien ! Si : un soufflé retombé, une accumulation époustouflante de demi-mesures ! »

Qu’est-ce que vous imaginiez donc ? Que le G7 va réclamer la création d’un « Comité de Salut Public avec Nouriel Roubini, Paul Krugman, Immanuel Wallerstein et Paul Jorion », comme l’un d’entre vous a l’amabilité de me l’écrire dans un e-mail, et qu’on demandera à ce Comité de Salut Public de réformer le monde à partir de demain à la première heure ?

Non : il y a toutes ces structures en place : ces G7, ces G20, cette Banque Mondiale, ce Fonds Monétaire International, les gouvernements américain, français, belge, islandais, la Fed, la BCE, la Banque des Règlements internationaux, je pourrais remplir ainsi le reste de la page. Et toutes ces structures sont bourrées de gens ayant jugé les uns à propos des autres qu’ils étaient les plus compétents pour régler ce genre de problèmes, et ni Mrs. Roubini, Krugman ou Wallerstein, ni moi-même, ne sommes sur leur liste.

Alors, ce qu’ils sont en train de faire, c’est épuiser les recours à l’intérieur de cet édifice très vaste et très compliqué, et ça prend beaucoup du temps, et l’on produit pétard mouillé après pétard mouillé, qui s’égrènent au fil du calendrier, pendant que la situation évolue de catastrophique à cataclysmique.

Il reste le G20, en avril. S’ils se contentent alors d’y parler comme hier au G7 de la pluie et du beau temps, on en tirera la conclusion qu’ils n’ont absolument rien à dire et on leur proposera de jeter un coup d’œil sur ce qui se dit en-dehors de leur cercle d’experts autoproclamés.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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