Formatage

Quand vous êtes réveillé, le plus souvent, je dors (et vice-versa). Si votre commentaire « ne passe pas », vous m’envoyez alors des e-mails, que je ne lis que plusieurs heures plus tard, ce qui ajoute à votre frustration.

Il y a plusieurs choses qui calent vos commentaires :

1. Un trop grand nombre de liens

2. Les liens à l’intitulé kilométrique

3. Surtout, vos tentatives « artisanales » de formatage

Je sais, c’est frustrant de ne pas pouvoir « mettre en page » les commentaires. Je passe toujours après vous, pour le toilettage : l’élimination des erreurs typographiques, une certaine mise en forme, mais vous aimeriez plus !

Alors voici, quelques éléments de formatage.

Caractères gras : <strong >Fannie Mae </strong > donne Fannie Mae

Citation : <blockquote >Ô Fabricius, qu’eût pensé votre grande âme… </blockquote> donne

Ô Fabricius, qu’eût pensé votre grande âme…

Cacher un lien sous un texte (un peu plus compliqué) :

<a href= »http://www.pauljorion.com/blog/?p=693″ >Quand je vous parlerai de l’Afrique </a> donne

Quand je vous parlerai de l’Afrique

Voilà. J’espère vous avoir aidé à contenir désormais votre frustration dans des limites raisonnables !

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Quand je vous parlerai de l’Afrique

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je ne vous parle pas de l’Afrique. J’y fais allusion comme dans Aide au développement mais comme avez dû voir, il y a trop de colère. Parce que j’ai beaucoup à dire. Je vous parlerai un jour de mon ami Gbehon. Je vous parlerai du fort d’El Mina. Et aussi de ma prise de bec dans un hôtel d’Accra. Mais il faudrait d’abord que je me calme un peu.

En attendant, je vous rappelle que l’Afrique nous a donné la musique.

Madame Mbilia Bel !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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2008

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Si le début de la crise en février 2007 est facile à définir comme la « crise des subprimes » et si sa deuxième phase qui débuta en août de la même année fut caractérisée par un tarissement généralisé du crédit, vous vous souvenez que j’ai introduit l’expression de « drôle de crise » pour me référer à la période qui s’ouvrit à l’été 2007 et qui se poursuit au moment où j’écris.

Le monde est désormais la proie de cette « drôle de crise » où un processus de fissuration qui débuta au sein de l’immobilier américain se poursuit, s’étant internationalisé depuis, rayonnant à partir de son foyer initial, et envahissant la périphérie, une périphérie qu’une crise initialement modeste, celle du « rêve américain » d’une maison entourée de son jardinet par famille, n’aurait jamais dû atteindre si le système financier, le système sanguin de l’économie, ne s’était pas révélé d’une étonnante et extraordinaire fragilité.

Si la désintégration est lente dans sa progression, elle n’en est pas moins brutale dans ses manifestations et révèle de manière criante la faiblesse intrinsèque d’un système financier qui semblait au moment de la chute de l’empire soviétique, non plus seulement le meilleur mais désormais le seul possible.

Or il apparaît a posteriori que le roi était nu, que le bel édifice, universellement vanté pour sa capacité à braver les siècles, n’était guère davantage qu’un château de cartes, qu’un courant d’air suffirait à faire s’effondrer. Alors que 2007 aura été l’année où l’on s’interrogea quant aux retouches qui permettraient de colmater les fissures qui apparurent alors, l’année 2008 aura été celle où l’on fut forcé de réexaminer les fondements : où l’on ne se posa plus la question de savoir comment remettre sur les rails tel ou tel produit financier compromis (je m’étais moi-même demandé, de bonne foi, comment réparer la titrisation des dettes individuelles) mais où l’on se pose à nouveau les questions premières : Qu’est-ce que la richesse ? Qu’est-ce que la monnaie ? Et où, reprenant les choses à zéro, on se demande avec gravité : « Comment redistribuer la richesse autrement ? », « La monnaie est-elle créée de la manière qui convient ? » et ceci pour se sortir de l’abominable guêpier où nous nous retrouvons aujourd’hui enfermés.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Spéculation et prix. Le prix des matières premières (V)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les acheteurs et les vendeurs légitimes sur les marchés à terme des matières premières, ceux qui livrent une marchandise ou en prennent livraison, influent de la manière classique sur les prix : en fonction d’un rapport de forces qui est à certains moments favorable aux vendeurs (et le prix alors monte) et à d’autres, favorable aux acheteurs (et le prix alors baisse) ; c’est ce qu’on appelle traditionnellement « le mécanisme de l’offre et de la demande » bien que ce soit beaucoup plus compliqué que cela – beaucoup plus centré sur les acteurs eux-mêmes qu’une simple question d’offre et de demande.

Les spéculateurs « classiques », suivent la tendance : ils achètent quand le prix monte et ils vendent quand il baisse. Ils sont donc neutres du point de vue de la formation du prix. Les spéculateurs d’indice, les investisseurs institutionnels américains sur lesquels Mike Masters a attiré l’attention (voir L’entourloupe. Le prix des matières premières (III)) – et dont le volume sur les marchés à terme est passé de 13 milliards de dollars en 2003 à 260 milliards en mars 2008 – achètent uniquement et poussent donc uniquement à la hausse du prix – + 183 % sur la même période.

Pour avoir une idée de la force respective des trois camps en présence, j’ai emprunté ses chiffres à Mike Masters, et voici le graphique qui les représente. Les opérateurs légitimes sont en bleu, les spéculateurs classiques en bordeaux et les spéculateurs d’indice en jaune, on observe qu’ils représentent aujourd’hui à peu près le même poids que les opérateurs légitimes. On observe par exemple que, comme on l’imagine, les spéculateurs « classiques » sont très présents sur le marché à terme de l’or.

Acteurs sur les marchés à terme

Imaginons que l’offre augmente : 1) le facteur « offre et demande » pousse à la baisse du prix ; 2) le facteur « spéculateur d’indice » pousse à la hausse, comme il le fait en permanence. Tout dépendra si l’offre augmente suffisamment pour compenser la tendance à la hausse due aux spéculateurs d’indice. Les spéculateurs « classiques » viendront au renfort de la tendance qui émergera – quelle qu’elle soit. Conclusion : dans le contexte actuel, le prix ne baisse que si l’offre augmente de manière « significative », à savoir suffisamment pour compenser l’inflation constante due aux spéculateurs d’indice.

Si au contraire l’offre baisse : 1) le facteur « offre et demande » pousse à la hausse du prix ; 2) le facteur « spéculateur d’indice » pousse lui aussi à la hausse, comme à son habitude. Les spéculateurs « classiques » courent au secours de la victoire, et apportent le support de leurs troupes à la tendance pour le prix à s’élever. On observe les courbes grimpant « exponentiellement » que l’on a connues jusqu’il y a peu.

Le pétrole joue ici un rôle particulier. Tout d’abord, l’augmentation de son prix se répercute indirectement sur l’ensemble de celui des produits agricoles – végétaux et animaux – du fait que des produits dérivés du pétrole sont impliqués dans leur production : gasoil, engrais, propane, pesticides, etc. Ensuite, l’augmentation de son prix a un impact direct sur celui du maïs utilisé désormais comme substitut du pétrole dans la production de biocarburants : plus ce prix est élevé, plus l’éthanol lui devient un substitut compétitif. De plus, dans le contexte qui nous est familier, où toute augmentation de la productivité agricole est nécessairement lente et où les diverses céréales peuvent partiellement se substituer les unes aux autres, une augmentation du prix du pétrole n’a pas seulement une influence sur celui du maïs mais aussi sur celui de l’ensemble des céréales. Ce que je viens de dire ici est – on l’aura noté – entièrement indépendant de la question du « pic pétrolier » : ne joue ici que le fait que le prix du pétrole influence de manière directe (éthanol) ou indirecte (céréales, viande) le prix d’autres matières premières.

Deuxième graphique, celui-ci emprunté à l’exposé de Masters lors de sa déposition devant le Sénat américain : l’augmentation des volumes et des prix sur les marchés à terme des matières premières. Les prix ont manifestement crû et cette croissance à correspondu à l’irruption en masse des investisseurs d’indice, dont le volume est représenté par la surface du disque rouge.

Prix et spéculation

Ayant dit cela, il n’est bien sûr pas vrai que les spéculateurs d’indice persisteront à parier contre vents et marées à la hausse des prix. Pourquoi le font-ils aujourd’hui ? Pour se protéger contre l’inflation. Ils se protègent contre la déperdition de valeur des matières premières exprimées en dollars en plaçant leurs dollars dans des contrats, portant sur ces marchandises, qui s’apprécieront si leur prix monte. C’est une stratégie classique de « couverture » : à mesure que le dollar perd de sa valeur par rapport aux autres devises, le prix de ces matières premières augmente, et cette augmentation compense la baisse de la devise et l’on s’y retrouve au bout du compte. Bien sûr, c’est une prophétie auto-réalisante : cette inflation que les spéculateurs d’indice redoutent, ils contribuent à la créer mais – hé ! – ça ce n’est pas leur affaire !

Que faudrait-il pour que ces spéculateurs d’indice, soit se retirent des marchés à terme des matières premières, soit parient cette fois à leur baisse ? Il faudrait bien sûr que la tendance se renverse. Une possibilité, c’est que le dollar s’apprécie par rapport aux autres devises : le prix des matières premières exprimé en dollars deviendrait alors relativement bon marché et il vaudrait mieux alors parier à la baisse. Une autre possibilité – due à la position particulière du pétrole dans l’équation – est que l’offre du brut augmente suffisamment pour contrer la pression inflationniste des spéculateurs d’indice orientés aujourd’hui à la hausse, augmentée de celle des spéculateurs classiques – qui se contentent eux d’aller là où le vent les pousse.

Les spéculateurs – de l’ancienne ou de le nouvelle engeance – contribuent donc à amplifier le mouvement des prix dans un sens ou dans l’autre : pour créer la bulle quand ceux-ci montent et pour précipiter le krach quand ils baissent.

Ceci dit, on aurait tort de critiquer les spéculateurs puisqu’ils jouent un rôle très positif sur les marchés en y apportant de la liquidité.

Eh ! Vous précipitez pas sur vos plumes, les gars ! Quoi ? On peut plus rigoler ? 😉

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Etat-Providence / Etat-Prédateur

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La recension aujourd’hui dans l’Austin American Statesman du livre de James K. Galbraith (fils de John Kenneth Galbraith), The Predator State : How Conservatives Abandoned the Free Market and Why Liberals Should Too (New York : Free Press, 2008), par Roger Gathman, appelle de ma part, les remarques suivantes :

1) La déconfiture du mouvement syndical aux Etats-Unis ne résulte pas uniquement du travail de sape du patronat mais aussi de son adoption calamiteuse d’un modèle mafieux ;

2) La concentration de l’Etat-Providence aux Etats-Unis dans le domaine de l’accès à la propriété de son logement (facteur d’unification entre minorités ethniques multiples – y compris parmi les blancs : Anglais, Irlandais, Italiens, etc.) débouche à intervalles réguliers sur des bulles financières à l’éclatement dévastateur ;

3) La privatisation des guerres américaines (soldats professionnels remplacé par des mercenaires) comme on le constate aujourd’hui en Irak où le nombre de « contractuels » dépasse désormais celui des militaires, est essentiellement motivée par le fait que les pertes humaines en contractuels ne sont pas publiées (et sont même censément « inconnaissables ») – évitant ainsi l' »effet psychologique » qui mina la confiance dans la guerre au Vietnam ;

4) Le tiraillement entre deux modèles de société : centré sur le monde des affaires / centré sur une démocratie directe, n’est pas neuf aux Etats-Unis, il existe déjà sous sa forme complète et moderne dans l’affrontement entre les conceptions de deux « pères fondateurs » : Alexander Hamilton (pouvoir de fait attribué aux banquiers) et Thomas Jefferson (pouvoir de fait attribué à l’Etat fédéral).

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Le bonheur suprême

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand nous étions petits, ma sœur et moi, notre bonheur suprême c’était de voir mon père mettre un 78 tours sur le phonographe (mon dieu, je suis né au Moyen Âge !) et que ce soit The Tennessee Waltz. Il inviterait alors ma mère à danser et pour nos yeux ravis, ils valseraient, pour deux minutes et vingt secondes, la valse lente.

Dans les familles laïques, les intrusions du sacré sont peu fréquentes, et The Tennessee Waltz nous offrait, entre la Noël et la Saint-Nicolas, une de ces rares occasions où les cieux s’entrouvraient comme dans un tableau du Greco.

La première version que je vous offre est celle de notre 78 tours, celle de Patti Page, dont la réputation fut également établie par le jappement inoubliable de (How Much Is) This Doggie in the Window ?, devenu en français et par la grâce de Line Renaud, Le chien dans la vitrine (« Ouaf ! Ouaf ! »).

La deuxième version, moins mièvre sans doute, car débarrassée de la sentimentalité qui caractérisait ces années bienheureuses où l’on croyait encore à « l’an 2000 », est celle de Norah Jones.

Une découverte après coup : la version de Sam Cooke. Je l’ajoute sans hésitation !

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In vino veritas

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

A propos de Siné, dans l’extrait de Wikipedia que j’ai reproduit hier, il est dit

Il présentera ultérieurement des excuses à la LICRA, affirmant avoir été ivre au moment de ces déclarations.

De la même manière, à propos du passage d’un article de Herbert Schui que j’ai reproduit dans Les hypothèses orphelines :

Sir Alan Budd, qui travaillait au ministère des Finances britanniques dans les années 1970 et a été un des promoteurs les plus radicaux du monétarisme dans les années 1980, quand Margaret Thatcher dirigeait le gouvernement, a expliqué très clairement ce que cela signifiait sur le plan politique : le but du monétarisme a été et reste l’affaiblissement systématique de la position des salariés. Selon Budd, nombre de ceux qui étaient alors au gouvernement « n’ont jamais cru que l’on pouvait combattre l’inflation par le monétarisme. Ils reconnaissaient certes que le monétarisme pouvait être très utile pour augmenter le chômage… »

je me suis dit après l’avoir lu : « Quand il a dit ça, Sir Alan Budd devait avoir un coup dans le nez ! »

Quand j’étais étudiant, nous avons passé une très longue soirée avec l’un de nos professeurs qui s’est soudain mis à expliquer qu’il ne s’était tourné vers les activités pour lesquelles nous l’admirions tant qu’à la suite d’une déception : lorsqu’il s’était rendu compte qu’il n’avait pas de talent pour la vocation qu’il s’était longuement imaginé être la sienne. Nous étions consternés, nous aurions tous préféré qu’il en soit resté au verre précédent.

J’ai dit hier à propos de l’ironie, que c’est une manière de mettre des guillemets autour de ce qu’on dit. C’est un défi que l’on propose à qui vous écoute : m’imagines-tu capable de dire une chose pareille ? Un moment interloqué, il vous regarde, puis il éclate de rire : « Non, c’est tellement ‘pas toi’ ! » Dire qu’on était ivre, c’est aussi une manière de mettre des guillemets – des guillemets qui viennent alors que la table est déjà desservie et qu’on est obligé de placer sur le tard parce qu’en fait personne n’avait ri – parce que tout le monde s’est dit au moment-même : « C’est lui tout craché ! In vino veritas ! »

Mais s’agit-il bien de la vérité ? Il s’agit sans doute de quelqu’un d’autre qui parle : l’avocat du diable intérieur, voire le diable lui-même. C’est en tout cas révélateur, révélateur d’une autre voix, d’une autre voie possible. Octave Mannoni, dans « Je sais bien, mais quand même… », avait analysé comment deux représentations contradictoires peuvent coexister dans la même âme, toutes deux vraies, chacune à sa manière.

Ce qui m’a fait penser à cela, c’est l’échange de correspondance entre André-Jacques Holbecq et Valéry Giscard d’Estaing.

Message initial (N°16)

Réponse et commentaires

Rien ne me fait penser que l’ancien Président soit de mauvaise foi : l’explication qu’il propose est l’explication classique.

Je sais bien, mais quand même… j’aimerais quand même bien entendre celle qu’il aurait à offrir, un jour, au petit matin, entre les cadavres de verres à fine et les mégots de Cohibas.

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Tout notre débat sur la monnaie

Vous trouverez dans la colonne de droite un nouveau lien intitulé Tout notre débat sur la monnaie.

Etienne Chouard – qui n’a pas besoin d’être présenté – a créé sur son site Internet un texte « pdf », contenant – sur plus de trois cents pages ! – notre débat sur la monnaie.

Il écrit en introduction :

Avec l’accord de Paul, je publie cette sélection sur la monnaie que j’ai composée pour permettre une impression facile et soignée d’un travail collectif de longue haleine que je trouve d’une rare intelligence et d’un formidable intérêt pédagogique : chaque citoyen devrait prendre conscience des enjeux et mécanismes de la monnaie : à mon sens, la liberté ou la servitude dépend de cette prise de conscience.

J’ai donc ici copié bout à bout tous les articles de Paul Jorion relatifs à la monnaie, suivis des échanges qui sont souvent d’une qualité exceptionnelle.

Je remercie ici Etienne publiquement (mes remerciements privés ont eu lieu hier, quand il m’annonça son intention). Mieux, il tiendra ce texte à jour et nous encourage à lui signaler les passages que nous considérons particulièrement importants afin qu’il les surligne.

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Val – Siné et le degré d’adhésion à ce que l’on dit

Je me gratte la tête à propos de la querelle Val – Siné, comme je l’ai déjà fait à propos de Le Pen, parrain du bébé de Dieudonné.

J’ai connu le premier Hara-Kiri, L’hebdo Hara-Kiri, puis Charlie-Hebdo mais je n’ai pas voulu faire simplement confiance à mes souvenirs. Aussi je suis allé consulter Wikipedia :

En août 1982, peu de temps après la fusillade de la rue des Rosiers, il est invité par Jean-Yves Lafesse à une discussion à bâtons rompus sur les ondes de la radio libre Radio Carbone 14, Siné déclare : « Je suis antisémite depuis qu’Israël bombarde. Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées devant tous les murs. (…) On en a plein le cul. Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s’il est est pro-palestinien.» Il présentera ultérieurement des excuses à la LICRA, affirmant avoir été ivre au moment de ces déclarations. D’autres sources font remarquer que la citation commence en réalité par « Je suis antisémite depuis qu’Israël bombarde… » Pierre Desproges lui consacre en 1982, une chronique acerbe dans le Tribunal des flagrants délires sur France Inter : « (Siné) présente la particularité singulière, bonjour les pléonasmes, d’être le seul gauchiste d’extrême droite de France. Xénophobe même avec les étrangers, masquant tant bien que mal un antisémitisme de garçon de bain poujadiste sous le masque ambigu de l’antisionisme pro-palestinien », tandis que plusieurs des proches du dessinateur ont par la suite affirmé qu’il n’y a pas, malgré les propos, d’antisémitisme chez le dessinateur, notamment le dessinateur Charb qui déclarera : « Si un avion d’Africains s’était écrasé la veille, il aurait dit: « Bien fait pour leur gueule » sur Carbone 14. Son truc, c’est de choquer ou d’être du côté de l’opprimé. Pour Europalestine, je lui avais déconseillé, mais il me disait: « Mais si, ça va faire chier ! » ».

On est pris en étau entre ceux qui voient de l’antisémitisme partout : la moindre critique d’un gouvernement d’extrême-droite en Israël est pour eux une preuve d’antisémitisme, ou bien encore mon très cher et très regretté ami, Georges Miedzianagora, très chatouilleux sur la question, qui me disait, avec une gigantesque indignation dans la voix : « Paul, tu ne peux pas dire que La question juive de Marx est un bon livre sans te ranger parmi les antisémites ! » – et ceux qui ne voient au contraire de l’antisémitisme nulle part, appliquant très libéralement un principe de « charité épistémologique » (qui permet de « sauver » toute proposition) et affirmant à propos de tout discours « antisémite au premier degré » qu’il émane sans doute d’un provocateur et qu’il est « à prendre au second degré » parce que celui qui l’émet est précisément… un « provocateur ».

Dans la querelle Val – Siné, il est question sans aucun doute avec Siné, d’un provocateur, et la question s’assimile alors à celle du statut de provocateur : le « provocateur » n’a-t-il aucune responsabilité vis-à-vis de ses propres propos ? Est-il exonéré de la charge – qui nous incombe sinon à tous – d’expliquer le cas échéant ce qu’il a voulu dire, en un mot, de se justifier ? Personnellement, je ne le pense pas : si la provocation est en soi une très bonne chose, elle appartient à l’arsenal des armes d’un discours « ironique », l’ironie est elle une figure rhétorique dont celui qui y a recours doit posséder la maîtrise. Celui qui manie l’ironie doit pouvoir y entrer et en sortir librement. L’expression « second degré » souligne d’ailleurs dans l’ironie, la présence de guillemets implicites : le discours ironique met en scène quelqu’un – l’envers de moi – qui dirait que… Celui qui est incapable de sortir de l’ironie en devient le prisonnier et, faute d’une distanciation possible, son ironie cesse aussitôt de l’être : les guillemets tombent et ce qu’il dit, alors, « c’est lui ». C’est là toute la différence entre Socrate et Céline.

Le provocateur est soumis comme quiconque aux lois du discours, aux exigences de la rhétorique en particulier, qui permet à chacun de moduler son degré d’adhésion aux propos qu’il énonce : des guillemets explicites (« On m’a dit que : « … » « ), à la pleine identification (« Je jure que… »). Autrement dit, le statut de « provocateur » ne vous exonère pas de la responsabilité de ce que vous dites ni ne vous fait en particulier, bénéficier d’un privilège automatique d' »extraterritorialité éthique ».

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L’avenir des banques

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Les journaux pensent déjà à la rentrée et on me pose la question : « L’avenir des banques ? » Je réponds ceci.

Banques commerciales et banques d’investissement. Commençons par les plus mal en point : par les secondes. Leur bonne santé reposait sur les commissions perçues sur l’émission d’instruments financiers sophistiqués dont l’existence supposait une perception faussée du risque – ces produits ont aujourd’hui pratiquement disparu. Leur bonne santé reposait aussi sur le rendement de leur portefeuille en produits structurés – du fait de la crise de l’immobilier, ces produits sont passés sous la barre de leur rentabilité minimale. Leur bonne santé reposait enfin sur l’activité spéculative de leur salle de marché – d’une part celles-ci disposent aujourd’hui de beaucoup moins de fonds à consacrer à ces opérations et d’autre part, les contraintes auxquelles elles sont soumises s’accumulent en raison du réveil des régulateurs dont la mission d’urgence est de sauver ce qui peut encore l’être et qui sont désormais aux aguets, traquant les rumeurs désobligeantes et restreignant l’exercice de la vente à découvert, pour mettre un frein aux paris à la baisse.

Bear Stearns a disparu en mars, absorbée par la banque commerciale J. P. Morgan Chase. Lehman Brothers est portée à bout de bras par les autorités, la chasse aux ragots et la mise au pas des « short sales » ayant été instaurées à son expresse attention. J’ai parlé hier de Merrill Lynch et vos commentaires ainsi que ceux de Nouriel Roubini soulignent que la situation est sans doute encore bien pire que celle que dressait mon portrait pourtant déjà particulièrement affligeant.

Même donc si les quatre derniers grands courtiers de la place de Wall Street parviennent à survivre – aidés par les miroirs et les écrans de fumée que la Fed, la SEC, etc. leur prodiguent en ce moment, les secteurs qui leur étaient véritablement rentables ont soit disparu, soit sont maintenant sous tutelle si étroite qu’on voit mal comment, si elles se maintiennent à leur taille actuelle, leur seuil d’insolvabilité ne sera pas rapidement atteint. On trouvera bien encore, pendant un certain temps, des fonds souverains, des « private equity » ou des « hedge funds » prêts à leur avancer – profitant de leur faiblesse – des fonds à des taux usuraires, mais on s’apercevra a posteriori que cela n’aura contribué qu’à accélérer leur perte.

Qu’adviendra-t-il des fleurons de Wall Street ? Ils subiront le même sort que Solomon Brothers en 1998 et Bear Stearns en mars dernier : ils seront absorbés par des banques commerciales où leur activité se poursuivra sous une forme résiduelle à gérer ce qui survit encore de l’activité qui marqua leur grandeur passée : par exemple, trier les prêts à qui il reste une chance d’être un jour remboursés pour les ré-empaqueter ensuite sous un nouveau nom, comme on le fait en ce moment avec les CDO dont la partie saine est reconditionnée sous le nom de « Re-Remics ». Bien sûr, si on leur en offre la possibilité, les ingénieurs financiers mettront au point de nouveaux instruments dont l’inventivité dépassera une fois de plus l’imagination, mais il faudra pour cela cinq à dix ans.

Les banques commerciales s’en sortiront mieux que les banques d’investissement puisqu’il leur restera toujours les dépôts de leurs clients mais leurs résultats seront plombés par le fait qu’elles ont voulu elles aussi jouer aux petits jeux de leurs consoeurs. La possibilité leur en a toujours été offerte en Europe tandis qu’elle s’est ouverte à elles aux États–Unis en 1991 par l’abrogation du Glass-Steagall Act de 1933 qui les avait jusque là protégées, elles et leurs clients, contre les aventures. Leur sort dépend aujourd’hui de l’ampleur maximale que prendra la crise de l’immobilier. Or, sur ce front-là, on le sait, les nouvelles sont loin d’être bonnes : l’indice Case-Shiller a atteint en mai, son plus mauvais chiffre jusqu’ici : dépréciation du parc immobilier résidentiel américain de 16 % sur un an pour les 20 principales métropoles du pays.

Et il existe là un cercle vicieux puisque la mauvaise santé des banques commerciales, leur course à la recapitalisation, affecte leur capacité à prêter, ce qui contribue à déprimer encore davantage l’immobilier. Si leur survie n’est donc pas aussi compromise que celles des banques d’investissement, elle n’en est pas pour autant assurée. Quelle serait l’attitude des autorités financières américaines si l’une d’entre elles se révélait insolvable dans les mois qui viennent ? Citigroup nous donne des frayeurs depuis six mois mais étant grosse, dispose encore de réserves ; Wachovia, le numéro quatre, est elle de plus en plus pâle et fluette. Les Britanniques ont nationalisé Northern Rock. Les Américains ont officiellement re-nationalisé aujourd’hui les Government–Sponsored Entities, Fannie Mae et Freddie Mac, même si l’on préfère ici éviter cet épithète en raison de ses relents supposés de « socialisme ».

On dit à propos du New Deal rooseveltien qu’il fut largement « improvisé ». Ce ne sera pas le cas des mesures que l’on prend cette fois puisqu’il peut précisément servir d’exemple. N’ayant pas lu la presse de 1933, j’ignore si elle offrait au public de l’époque des explications aussi détaillées du mécanisme de la crise que celles auquel il a droit aujourd’hui. Suggérait-elle comme maintenant – et ceci sur la plus grande partie du spectre politique – que les bonnes fortunes de l’ultra-libéralisme sur une période de vingt ans furent peut–être simplement accidentelles ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Merrill Lynch : amputation et ballon d’oxygène

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les dernières nouvelles relatives à la banque d’investissement Merrill Lynch sont symptomatiques du mal qui ronge le secteur financier américain.

Commençons par les CDO, les Collateralized-Debt Obligations, cet instrument financier constitué de « tranches » d’Asset-Backed Securities où se cachaient en grandes quantités les prêts immobiliers subprime marqués du sceau de l’infamie. Pour mettre fin une fois pour toutes aux spéculations (spéculations « intellectuelles », je précise) quant à la valeur de son portefeuille de CDO en perdition, Merrill Lynch a décidé d’en vendre la partie la plus malsaine – celle qui n’est pas couverte par une assurance d’un type ou d’un autre – d’un montant nominal de 30,6 milliards de dollars. Prix de vente : 6,7 milliards, ce qui lui fait recouvrer 22 cents du dollar. Pour un produit noté naguère « AAA », c’est bradé. C’est même bradé par rapport à la valeur que Merrill Lynch avait calculée le mois dernier : 11,1 milliards, et qui aurait elle correspondu à un recouvrement de 36 cents du dollar. Faut-il que ce portefeuille lui brûle les doigts !

Les CDO qui n’auront pas été vendus représentent un montant de 8,8 milliards de dollars. Parmi ceux-ci, l’équivalent de 7,2 milliards sont couverts par des contreparties dites au-dessus de tout soupçon, 1,1 milliard est couvert par AMBAC – aïe ! – et l’équivalent de 1,6 milliards de dollars n’est pas couvert du tout. Additionnons les 1,1 milliard de dollars de AMBAC (qui se trouve sur la corde raide depuis l’automne dernier) et les 1,6 milliards de dollars non-couverts et l’on obtient le chiffre de 2,7 milliards de dollars que l’on est sûr de retrouver comme charges financières d’un prochain bilan trimestriel.

Et puisque j’ai mentionné AMBAC, examinons un instant la manière dont Merrill Lynch apure ses comptes avec d’autres rehausseurs de crédit et en particulier avec Security Capital Assurance qui, noté « junk » depuis le 20 juin, se trouve au bord du gouffre mais auprès de qui les infirmiers se bousculent, chacun avec son ballon d’oxygène pour éviter qu’elle ne fasse défaut sur les 45 milliards de dollars en CDO qu’elle assure pour une vingtaine de firmes. Merrill Lynch recevra de SCA, 500 millions de dollars et on n’en parlera plus. Rapide calcul : 500 millions pour 3,74 milliards, cela veut dire 13 cents du dollar. Cette formule du règlement à l’amiable exprimé en centimes pourrait bien constituer un précédent dans la manière dont sera réglé le contentieux entre les rehausseurs de crédit aux abois et leurs clients.

Autre annonce de Merrill Lynch : la banque d’investissement va se recapitaliser à hauteur de 8,5 milliards de dollars, d’où une dilution des titres actuellement en circulation de 38 % – ouche, ça fait mal ! Mais la partie la plus intéressante de la nouvelle, c’est que Temasek, un fonds souverain de Singapour, souscrira à cette recapitalisation pour un montant de 3,4 milliards de dollars bien que… pas vraiment… l’histoire étant un peu plus compliquée. Voici : en décembre 2007 et en mars de cette année-ci, Temasek avait injecté 5 milliards de dollars dans Merrill Lynch, en achetant ses actions au cours de 48 $. L’accord prévoyait que si la cote baissait, la firme de Wall Street rembourserait le fonds souverain. Entre-temps, le cours de l’action a perdu près de la moitié de sa valeur, (cotant aujourd’hui 26,25 $ en clôture). Merrill doit donc à Temasek 2,4 milliards de dollars que celui-ci a promis de réinjecter dans la transaction. Temasek injectera donc en réalité 1 milliard de dollars. Sur les 8,5 milliards de la recapitalisation, 2,4 milliards – soit 28 % – servent donc simplement à rembourser Temasek pour un placement qui a mal tourné. Au bilan, Merrill Lynch se retrouvera avec 6,1 milliards (8,5 – 2,4) d’argent frais, dont coût de dilution de 38 % pour ceux qui détiennent aujourd’hui des titres de la firme et qui, dans ces conditions, ne doivent pas être près d’en reprendre !

« Désespérée ? », vous avez dit « situation désespérée » ? Non, non, je m’en garderais bien depuis que la Securities and Exchange Commission est partie à la chasse aux dispensateurs de mauvaises nouvelles et autres défaitistes.

Avis : toutes les informations utilisées dans le présent blog proviennent de sources publiques : des agences Dow Jones & Co. et Bloomberg. Le présent blogueur ne bénéficie pas d’une baisse du titre Merrill Lynch, ne possédant pas de titres de la compagnie, ni n’en ayant emprunté aucun en vue d’une vente à découvert, ni ne possédant de manière générale, aucun titre d’aucune autre compagnie, etc.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Spéculation et liquidité. Le prix des matières premières (IV)

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La contribution positive qu’apportent aux marchés, les spéculateurs, c’est la liquidité. En l’absence de spéculateurs, un marché risque, comme le dit Galbraith, d’être « maigre et anémique. » Leur présence assure, de l’activité, du volume. Grâce à leur présence, vendeurs comme acheteurs trouveront aisément, sur l’autre versant du marché, une contrepartie. Mieux, cette liquidité garantit un faible slippage, un faible « glissement » par rapport au prix recherché. En effet, en l’absence de liquidité un vendeur devra fractionner le lot de titres ou de contrats qu’il cherche à vendre et finira par le vendre à différents niveaux de prix, et de même bien entendu pour l’acheteur qui se trouve en face et qui voudrait lui aussi acheter à un certain cours. Le slippage peut réduire considérablement le bénéfice d’une opération qui apparaissait prometteuse « sur le papier ». La liquidité qu’apportent les spéculateurs constitue donc un élément très positif pour les marchés.

… du moins en théorie ! Ce que je viens de dire semble à première vue hautement vraisemblable mais ne résiste pas à l’observation banale que les spéculateurs – et eux bien davantage encore que tout autre type d’acteurs présents sur les marchés – s’y trouvent dans le but unique de gagner de l’argent. Or, on gagne de l’argent en vendant plus cher que l’on n’a acheté, ce qui signifie que l’on achète quand le prix monte et que l’on vend quand le prix baisse. On suit donc la tendance générale. On peut bien entendu également faire l’inverse : vendre quand le prix monte et acheter quand il baisse, c’est ce qu’on appelle une stratégie « contrariante » et cela se rencontre beaucoup plus rarement parce que cela exige une connaissance exceptionnelle des marchés, permettant de déceler le moment exact du retournement : celui où le prix a tant grimpé qu’il ne peut plus que chuter et celui où il a tant baissé qu’il ne peut plus que remonter. A cela s’ajoute le fait que les marchés sont sélectifs : ils se débarrassent rapidement de ceux qui n’y comprennent rien. Bien sûr, le hasard joue aussi un rôle, il n’en reste pas moins vrai que celui qui est totalement privé de talent en ces matières doit compenser son handicap par une veine inouïe.

Les spéculateurs qui ne sont pas rapidement éliminés ont donc tendance à se retrouver groupés sur un seul versant du marché : celui – acheteur ou vendeur – en train de gagner, ce qui veut dire que la liquidité qu’ils sont censés procurer n’est pas nécessairement présente à l’appel, surtout si l’on se trouve – comme eux – sur le versant gagnant. De même, la protection contre le slippage peut se révéler elle aussi illusoire, absente en tout cas lorsque son besoin se fait le plus ressentir : lorsque le marché s’emballe à la hausse ou à la baisse. Dans ces moments-là en effet les spéculateurs (à l’exception des très rares « contrariants »), semblables aux passagers inexpérimentés d’un bateau dans la tourmente, se ruent tous du même côté du navire, précipitant son chavirement, c’est le krach, ou la bulle, qui sera suivie d’un krach.

Compensant quelque peu ce que je viens dire, le fait que les spéculateurs possèdent des horizons de vente et d’achat différents et que le profil d’une heure ou d’une journée de trading peut aller à l’encontre de la tendance générale d’une semaine ou d’un mois. Les traits « suivistes » caractérisent cependant la nouvelle génération de spéculateurs dont Mike Masters a débusqué la présence sur le marché à terme des matières premières. Les investisseurs institutionnels dont j’ai parlé dans mon dernier billet ne se trouvent en effet en permanence que sur un seul versant du marché : son versant « acheteur » où ils se placent dans la durée en « roulant » leurs positions d’une échéance sur la suivante. Ceci leur permet de se protéger contre l’inflation du prix des matières premières en achetant – par le truchement d’un indice et, comme je l’ai expliqué, grâce à l’astuce d’un swap – un panier de celles-ci.

Comme le fait finement observer Masters, ces « spéculateurs d’indice » n’ont pas même l’excuse de procurer au marché de la liquidité : présents sur le seul versant « acheteur », ils se contentent d’en consommer. Ils se positionnent sur un marché pour une somme particulière, disons 2 milliards de dollars, sans se préoccuper de savoir quelles sont les 25 matières premières qu’ils achètent de cette manière – c’est l’indice qui s’est occupé de l’allocation – ni de quel est leur prix actuel – puisqu’ils le jouent à la hausse, les yeux fermés. Ils sont à ce titre parfaitement imperméables aux fluctuations de l’offre et de la demande. Masters observe :

Si l’OPEP extrait davantage de pétrole cela aura très peu d’effet sur la demande des spéculateurs d’indice. Si les Américains réduisent leur consommation par un usage coopératif des véhicules ou en recourant davantage aux transports en commun, cela aura également très peu d’impact sur leur demande. Les stratégies des investisseurs institutionnels sur les marchés à terme des matières premières s’assimilent à du stockage virtuel…

Les investisseurs institutionnels contribuent ainsi unilatéralement à l’augmentation des prix : plus le prix des matières premières monte plus leur stratégie visant à se protéger contre l’inflation résultant de la hausse du prix de ces produits se trouve justifiée et plus ils augmentent leur mise. Le fait que ce soit leur comportement moutonnier qui est à la source de cette inflation ne constitue pas à leurs yeux une objection recevable : on les imagine aisément rétorquer : « Quoi, je serais le dernier à me protéger ! » La main invisible qui fait émerger le bien général de la poursuite insatiable des intérêts particuliers a une fois de plus frappé.

Prochaine livraison : l’impact sur les prix.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’entourloupe. Le prix des matières premières (III)

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Si l’on veut comprendre ce qui survivra à la crise présente et ce qu’elle engloutira, une distinction essentielle doit être faite entre un risque financier auquel on est exposé à son corps défendant et contre lequel il est légitime de se protéger, et un risque auquel on s’expose de manière délibérée et qui constitue un danger, non seulement pour soi mais pour tous ceux qui dépendent de soi directement ou indirectement. Le risque inévitable est dicté par les circonstances, par exemple par l’ensemble des facteurs naturels ou d’ordre humain susceptibles d’influer sur le volume final d’une moisson. Le risque évitable est lui un pari que l’on fait, où l’on s’expose de manière librement consentie à une perte éventuelle en vue d’un gain incertain.

Les marchés à terme furent inventés pour permettre à des intervenants, l’un qui livrera et l’autre qui prendra livraison, de déterminer aujourd’hui à quel prix aura lieu une transaction qui prendra place ultérieurement. En fixant le prix dès maintenant, les deux parties, acheteur et vendeur, se protègent contre les aléas de la variation du prix susceptibles d’intervenir d’ici la livraison. A la maturité du contrat, au jour préétabli de la livraison, le prix à terme et le prix « spot », le prix du moment, auront convergé jusqu’à – en principe – coïncider. Je dis « en principe » parce que cette coïncidence n’est plus nécessairement constatée aujourd’hui en raison de l’intense spéculation qui s’observe sur ces marchés.

Les contrats à terme avaient lieu traditionnellement « de gré à gré » (en anglais « Over the Counter » ou OTC) entre deux parties qui se mettaient d’accord sur les termes de la vente de manière anticipée à la transaction proprement dite, à savoir au transfert effectif de la marchandise à l’acheteur par le vendeur.

Avec l’apparition de marchés organisés pour ces ventes à terme, favorisant la rencontre d’acheteurs et de vendeurs potentiels et garantissant les contrats contre la mauvaise foi de l’une des parties, des marchés « secondaires » se mirent en place où ces contrats purent être librement rachetés et revendus par des tiers entre le moment de leur création et celui prévu pour la livraison.

En fait, la création de marchés secondaires pour les opérations à terme ouvrit une boîte de Pandore : elle autorisa désormais la présence sur ces marchés d’intervenants n’ayant aucune intention ni de livrer ni de prendre livraison de la marchandise et dont le seul but est de parier sur la variation du prix entre le moment où ils interviennent et celui prévu pour la livraison. Ces passagers clandestins, qui s’esquivent du marché lorsque le moment de la livraison approche, ce sont bien sûr les « spéculateurs ». Les traders débutants, mandatés par un établissement financier pour spéculer sur ces marchés, commettent souvent l’erreur classique consistant à se dégager trop tardivement et se voient alors obligés de trouver en catastrophe des tonnes de carcasses de porc ou de graines de soja, ou, pire encore, de devoir en prendre livraison.

La raison pour laquelle les spéculateurs sont tolérés sur les marchés à terme n’est pas celle que l’on entend toujours invoquer : leur capacité à offrir de la « liquidité ». Elle est en fait beaucoup plus simple : ces marchés sont dominés et tenus en main par les établissements financiers qui spéculent en leur sein au nom de leurs clients ou pour leur propre compte. Interpelés par ceux qui remettent en question la légitimité de leur présence, leur réponse est très simple : ce furent les intervenants légitimes – ceux qui sont présents sur ces marchés parce qu’ils entendent véritablement y acheter ou y vendre à terme une marchandise – qui les y ont invités parce qu’ils assurent une fonction essentielle au bon fonctionnement des marchés à terme : ils y assurent de la « liquidité ».

L’histoire est rapportée ainsi : pris d’une lubie soudaine, et agissant contre leur intérêt bien compris, les intervenants légitimes voulurent un jour interdire l’accès d’un marché à terme aux spéculateurs (le marché à terme de l’oignon dans les années 1950, répète-t-on à voix basse) et mal leur en prit : le ciel leur tomba aussitôt sur la tête. Conscients de leur tragique erreur, et bourrelés de remords, ils invitèrent humblement les spéculateurs à les rejoindre. Ceux-ci dispensent désormais avec largesse – et sans manifester la moindre rancune – la manne de la liquidité dont ils sont les porteurs.

John Kenneth Galbraith – qui avait très mauvais esprit – disait à propos de la liquidité procurée par les spéculateurs qu’elle

… favorise ce degré supplémentaire d’activité qui transforme un marché maigre et anémique en un marché gras et en bonne santé. Il s’agit là dans le meilleur des cas d’un sous-produit qui ne fait pas grande différence et de toute manière d’un intérêt douteux (Galbraith 1954 : 25)

Pour celui qui dispose réellement d’une marchandise ou qui la convoite, le marché à terme fonctionne comme une assurance. Pour celui qui n’en dispose pas, le marché à terme propose un casino. Contenant leur gratitude envers les spéculateurs et la manne de liquidité que ceux-ci procurent dans leur munificence – et conscients du fait que leur présence massive signifie la mort certaine d’un marché – les organisateurs de marchés à terme ont généralement cherché à restreindre l’influence de ceux-ci en limitant le nombre de contrats qu’ils peuvent détenir.

Les spéculateurs considérèrent qu’il s’agissait là d’une exigence excessive et ils mirent leur génie au service de la découverte de moyens de contourner cette barrière. C’est ce génie qui permet aujourd’hui au prix des céréales d’atteindre dans le monde des sommets vertigineux, ou à celui du pétrole d’avoir atteint de tels sommets récemment : pareils au loup se parant de la peau d’une brebis, les spéculateurs, représentés par les banques d’investissement de Wall Street, envahirent les marchés à terme en se déguisant en « commercials », en intervenants légitimes, cherchant véritablement à vendre ou à acheter une marchandise. La CFTC (Commodity Futures Trading Commission), le régulateur américain des marchés à terme, en l’occurrence plus benête que malveillante, n’y vit que du feu, ouvrant la voie à une chaîne d’événements dont l’ultime aboutissement sont les émeutes de la faim des mois récents provoquées par un renchérissement dramatique du prix des céréales sur les marchés mondiaux.

Oui, je sais : le pétrole est désormais en quantité limitée. Oui, je sais, l’agriculture contemporaine repose en grande partie sur le pétrole. Mais je sais aussi que les spéculateurs agitent désormais le spectre du « pic pétrolier » afin de détourner l’attention du public de leurs agissements. Je ne souscris pas personnellement à la notion de « spéculation excessive » que vise à juguler le nouveau projet de loi américain intitulé « Stop Excessive Energy Speculation Act of 2008 », je crois que, pour adapter à de meilleures fins un vieil adage de l’Ouest, que le seul « bon spéculateur » est un spéculateur mort. Je ne nie pas que le « pic pétrolier » existe, j’affirme simplement qu’il s’agit d’une autre histoire, dont il convient de parler séparément.

L’entourloupe qui a permis à la spéculation de jouer un rôle renouvelé sur les marchés à terme des matières premières fut révélée lors d’une réunion du Agricultural Advisory Committee qui eut lieu à Washington le 6 décembre de l’année dernière. Le mérite d’avoir extrait de la gangue des 276 pages de la transcription des auditions qui eurent alors lieu, leur substantifique moelle, revient à Michael Masters, qui en fit la synthèse le 20 mai dernier devant le comité on Homeland Security and Governmental Affairs du Sénat américain.

Voici, expliqué brièvement le mécanisme de l’entourloupe, destinée, je le rappelle, à neutraliser les quotas appliqués au nombre de spéculateurs sur les marchés à terme de matières premières. Faisant preuve – comme toujours – d’une remarquable inventivité en matière d’ingénierie financière, les banques d’investissement de Wall Street contractèrent avec ceux que l’on appelle les « investisseurs institutionnels », les fonds de pension, fondations universitaires américains, fonds souverains, etc., des swaps où ils promettent de verser à ceux-ci des sommes correspondant aux gains de prix sur les marchés à terme des matières premières.

Si ces investisseurs institutionnels avaient opéré sous leur propre identité sur les marchés à terme, leurs positions auraient été limitées en taille. En se plaçant de manière indirecte, par le truchement d’un swap contracté avec une banque d’investissement, ils contournaient cette limitation.

Voici comment fonctionne ce swap : l’investisseur institutionnel s’engage à verser à échéance fixe, à la banque d’investissement, une somme correspondant au cours, à la date du contrat, d’un indice représentant la valeur d’un panier de contrats à terme de matières premières. La banque verse elle, à la même échéance, la valeur actuelle de cet indice. Les versements s’annulent bien entendu partiellement et à chacune des échéances, l’opération équivaut à ce que la banque verse à l’investisseur le gain de l’indice si celui-ci a crû entretemps, alors que l’investisseur verse le différentiel à la banque, si l’indice a, au contraire, décrû.

Après avoir contracté de tels swaps avec une multitude d’investisseurs institutionnels, les banque d’investissement se tournèrent vers la CFTC en lui disant : « Las ! Je suis exposé à un abominable risque sur le marché des matières premières : si le prix monte, je suis mort ! Autorisez-moi – je vous en prie – à me couvrir contre ce risque abominable ! ». La CFTC, au bord des larmes, répondit (selon le témoignage de Mr. Heitman le 6 décembre 2007) : « Pas de problème puisqu’il s’agit de la couverture d’un risque ! Allez-y, et pour faire bonne mesure, on vous attribuera le statut de « commercial » (= non-spéculateur) ».

Voici donc la manière dont les marchés à terme se firent entuber : les investisseurs institutionnels ne connurent désormais plus aucune limite à leurs positions spéculatives – puisqu’elles se contentaient de contracter des swaps avec les banques d’investissement de Wall Street, tandis que celles-ci avaient obtenu carte-blanche sur les marchés à terme où – selon la version officielle – elles n’ont jamais cherché qu’à se couvrir contre un abominable risque.

Comment tout cela affecte les prix, nous en reparlerons dans un prochain épisode.

———
John K. Galbraith, The Great Crash – 1929, Boston : Houghton Mifflin 1954.

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Serge Gainsbourg (1928 – 1991)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

A la Noël 1990, je me trouvais pour la première fois en Californie, à l’invitation d’un professeur américain qui avait demandé à me rencontrer alors qu’il séjournait à Paris. Nous avions fraternisé et nous nous sommes mis à écrire ensemble des articles d’algèbre de la parenté. Le premier soir, nous dînerions avec l’un de leurs amis, un critique d’art. Alors que nous l’attendions, mon hôte me fit lire son article le plus récent. Il écrivait dans un style très sobre, et son enthousiasme pour une peintre qui exposait à cette époque à La Jolla en ressortait davantage.

Mes amis connaissaient également la peintre et me demandèrent un jour si je souhaitais la rencontrer. Je leur dis que oui, bien entendu. Nous nous marièrent quelques années plus tard et de notre union naquit une petite fille.

Alors que ma femme était enceinte, elle exposa dans une galerie de la rue Jacob. Nous discutions les termes et lorsque le marché fut conclu, le propriétaire de la galerie nous invita à déjeuner en nous annonçant une surprise. Arrivé au restaurant, il échangea quelques propos complices avec le maître d’hôtel. Une fois assis, il nous annonça, très satisfait : « La table de Serge et de Jane ! ».

Lorsque notre petite fille avait deux ans, l’appartement au-dessus de celui qui servait d’atelier à ma femme était à vendre. Nous apercevions de temps à autre dans le jardin des étrangers accompagnés de la concierge, allant visiter l’appartement. Un jour nous avons croisé une dame qui, posant un instant la main sur sa tête, dit : « Oh, la jolie petite fille ! ». Serge était mort depuis cinq ans, la dame, c’était Jane.

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Le prix du pétrole. Le prix des matières premières (II)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

En décembre de l’année dernière, Mr. Fadel Gheit de Oppenheimer & Co., fut appelé à témoigner devant le comité Energy and Natural Resources du Sénat américain, en sa qualité d’expert sur la formation du prix de l’énergie. Ces quatre dernières années, l’agence de presse Bloomberg lui a décerné son prix du meilleur analyste du marché pétrolier.

Mr. Gheit affirma entre autres devant les membres de cette commission que

La mondialisation des marchés financiers, la facilité avec laquelle il est possible d’opérer, la vitesse à laquelle des fonds considérables peuvent circuler, la surabondance d’information, les tensions internationales accrues, ont créé un environnement idéal pour une spéculation excessive sur les marchés mondiaux du pétrole.

Cette « spéculation excessive » est encouragée selon lui par l’absence de consensus quant aux fondamentaux du marché pétrolier :

Personne n’est à même de prédire exactement ou de manière cohérente le prix du pétrole : ni les compagnies pétrolières, ni les gouvernements, ni les investisseurs sur la place de Wall Street. Cette absence de prévision fiable a créé un vide dans lequel se sont engouffrés des acteurs financiers à l’horizon d’investissement ultra-court, ce qui a contribué à une volatilité accrue des prix.

Cette volatilité accrue a, à son tour, influencé les fondamentaux :

La volatilité elle-même a un effet négatif sur l’industrie pétrolière parce qu’elle engendre l’incertitude et opère une distorsion des fondamentaux du marché, ce qui débouche sur des décisions d’investissement inappropriées quant à la constitution d’une offre qui correspondrait de manière adéquate à la demande globale en produits énergétiques.

Gheit en concluait que le prix à terme du pétrole brut au moment de sa déposition : 98 dollars, était double de ce qu’il serait en l’absence d’un impact de la « spéculation excessive ». Au moment où j’écris, le prix à terme du baril est de 125 dollars, une baisse de 15 % par rapport aux 147 dollars qui furent atteints quand le prix culmina le 11 juillet.

Gheit ajoutait que

… les spéculateurs sur le marché pétrolier utilisent les données publiées hebdomadairement par l’Energy Information Administration pour manipuler les prix en vue d’un gain à court terme. Les spéculateurs agitent les chiffres signalant une baisse des inventaires pour répandre la peur quant à d’éventuels déficits, alors que cette baisse indique précisément le contraire : une adaptation efficiente des capitaux dans un environnement de prix élevés.

Gheit proposait enfin aux sénateurs de prendre un certain nombre de mesures :

* Porter à 50% de la valeur du contrat la marge sur les opérations à terme (qui se monte à moins de 10 % à l’heure actuelle).

* Limiter le nombre de contrats par compte individuel.

* Fixer une période minimale durant laquelle un contrat doit être conservé.

* Prévenir les conflits d’intérêt pour les institutions financières impliquées.

* Imposer des pénalités sévères pour les contrevenants, assorties d’un emprisonnement minimum.

En décembre, la déposition de Mr. Fadel Gheit passa inaperçue. Les choses ont changé et on le cite désormais abondamment dans la presse : « Pourquoi le prix peut-il grimper de 5 % dans la journée, pour retomber un peu plus tard, s’il s’agit de fondamentaux ? », demande-t-il. A quoi il ajoute : « Il existe une déconnexion totale entre l’offre et la demande. Les nouvelles règles sont : il n’y a plus de règles ».

L’événement intervenu entretemps, et qui a contribué à le mettre à la une, c’est la déposition de Michael Masters, le 20 mai, devant le comité des Homeland Security et Governmental Affairs. Je vous en avais parlé à l’époque dans Les méchants de la nouvelle génération. Lui non plus n’a pas été cru tout de suite. J’avais lu sa déposition mais je n’avais pas examiné ses preuves. C’est maintenant chose faite.

Dans Une constitution pour l’économie : un exemple, je proposais un article rédigé ainsi

Les ventes à terme ainsi que les options d’achat sont autorisées. Elles lient leurs contreparties jusqu’à livraison. En conséquence, il n’existe pas pour elles de marché secondaire. Les paris relatifs à l’évolution d’un prix sont eux interdits.

Vous verrez dans un prochain billet que Mike Masters m’offre tous les arguments – et tous les chiffres – dont j’ai besoin pour soutenir ma proposition.

… à suivre donc !

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