L’actualité de la crise : Opacités, par François Leclerc

Billet invité.

OPACITES

J’ai hésité sur le mot à employer pour caractériser l’actualité de ces deux derniers jours, pour finalement conclure qu’opacité s’imposait sans aucun doute possible, dans ce monde où la transparence est un maître mot (pour en réalité mieux la dissimuler). Dans cette phase finale de préparation du G20, qui se tiendra le 2 avril prochain, nous sommes désormais en immersion dans un monde du silence, de manière d’ailleurs hautement suspecte, avant que ne retentissent les prochaines clameurs du sommet des chefs d’Etat. Mais, comme chacun sait, ce monde est plein de bruits étranges, que les océanographes parviennent à écouter et interpréter quand ils étudient la biologie marine.

Pendant ce prologue sous forme d’interlude, des paravents continuent d’être les uns après les autres dressés, avec comme fonction première d’occuper le devant de la scène pour mieux en restreindre la vision. L’expression d’une toute bête stratégie de communication. C’étaient hier les bonus et les dividendes, les paradis fiscaux ont pris la suite, les primes et les stock-options prennent le relais. C’est proprement indécent, surtout si l’on constate que c’est à chaque fois le même scénario qui se déroule, l’opinion publique est d’abord prise à partie, afin de partager l’indignation des politiques, ces derniers annoncent que l’on va voir ce que l’on va voir, font des effets de manche, et l’on ne voit à l’arrivée rien du tout, ou si peu. C’est aussi bien valable en France qu’aux USA, deux pays où ces tours d’esbroufe sont époustouflants, sans doute parce que c’est là que je les remarque le plus.

Si l’on prend le thème du partage des richesses agité en France par Nicolas Sarkozy, qui préconisait il y a peu le partage des profits en trois tiers, dont un en faveur des salariés, la question s’est vite dégonflée. L’idée est plus modestement devenue de distribuer plus largement les stock-options, et non pas de les supprimer, une vieille resucée de la participation, afin de faire mieux passer l’inégalité un peu trop flagrante de leur distribution.

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Administration Obama : passons à la suite

Je voulais écrire un billet sur le plan Geithner mais il a déjà été écrit par quelqu’un d’autre. Je ne m’en plains pas : évitons les doubles emplois.

La seule phrase de Paul Krugman que j’aurais écrite différemment :

Tout ceci est pire que décevant. En fait, cela me remplit d’un sentiment de désespoir.

Le désespoir n’est pas de mise sur le blog de Paul Jorion bien entendu, alors voici ma version personnelle de cette phrase :

C’est bien pire encore que ce qu’on aurait pu craindre mais nous sommes blindés. Une chose est sûre désormais : la solution ne viendra pas de l’administration Obama, passons à la suite. Le monde a besoin d’idées et n’attend pas : retroussons nos méninges !

[Merci à Didier et à Julien Alexandre pour la traduction !]

The New York Times, March 23, 2009
OP-ED COLUMNIST
Financial Policy Despair

By PAUL KRUGMAN

Durant le week-end, le Times et d’autres journaux ont fait état de fuites sur les détails du plan de soutien au banques de l’administration Obama qui sera officiellement présenté cette semaine. Si les éléments rapportés sont corrects, le secrétaire au trésor Tim Geithner a réussi à persuader le président Obama de recycler la politique de l’administration Bush, plus particulièrement le plan « cash for trash » (NDLR : littéralement « argent contre ordure ») proposé il y a 6 mois par le secrétaire au trésor de l’époque Henry Paulson, avant d’être abandonné.

Tout ceci est plus que décevant. En fait, cela me remplit d’un sentiment de désespoir.

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Ceux avec qui la chanson est morte

Quand Geneviève et moi nous sommes rendus pour la première fois en Irlande, en 1977, nous étions à la recherche de la « pub music » et nous sommes tombés sur ce type de vieux de la vieille dont chaque pays a ses propres représentants et qui, après avoir craché à une distance respectable le jus de sa chique, vous dit d’un ton péremptoire : « La chanson irlandaise est morte le 16 septembre 1945, le jour où John McCormack a rendu son âme à Dieu ! »

Alors voici, un petit hommage à ceux avec qui la chanson est morte, respectivement en Irlande (vous constaterez que la vraie chanson irlandaise rend fou), en Angleterre et en France.

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Les dettes de jeu d’AIG

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Comme je l’ai expliqué dans mon billet de lundi dernier, intitulé Un assureur bien tranquille, les chiffres communiqués par AIG dans son communiqué de presse permettaient de distinguer parmi les Credit–Default Swaps (CDS) qu’il avait vendus, ceux qui constituaient pour leurs acheteurs une authentique assurance contre un risque couru et ceux qui constituaient au contraire un simple pari, l’acheteur ne possédant en réalité aucun des instruments de dette contre la défaillance desquels il prétend s’« assurer ». Dans le jargon financier, les premiers utilisent les CDS dans une stratégie de couverture, tandis que les seconds prennent des positions nues.

Ce qui permettait de distinguer les deux types d’opérations dans le communiqué d’AIG, c’était le fait que pour ce qui touchait aux positions de couverture, l’assureur avait repris aux acheteurs de CDS les instruments de dette qu’ils avaient assurés et qui étaient désormais dépréciés en raison du défaut de leur émetteur, et leur avait versé en échange la valeur nominale de ces obligations. Celles-ci avaient alors été placées dans un fonds de défaisance appelé Maiden Lane III, stratégie qui permettrait à AIG de les revendre plus tard au meilleur prix. Un peu comme si un incendie avait ravagé votre appartement et que l’assureur, au moment où il vous règle le sinistre, vous réclamait les objets endommagés, à charge pour lui de leur trouver ultérieurement preneur.

À ceux qui ne disposaient pas des instruments de dette sur lesquels portaient les CDS qu’ils avaient acquis, et à qui l’approche Maiden Lane III ne pouvait donc pas s’appliquer, AIG avait simplement réglé le montant du risque qu’ils avaient supposément couru, à savoir la différence entre la valeur nominale de ces obligations à l’achat et leur valeur désormais dépréciée.

Les chiffres communiqués par AIG étaient, je le rappelle, de 27,1 milliards de dollars versés à des contreparties pour avoir joué un rôle légitime d’assureur et 22,4 milliards de dollars pour avoir joué au bookmaker.

Or, et c’est là que je veux en venir, cette distinction dont je vous rebats les oreilles depuis plus d’un an entre les positions de couverture qui jouent un rôle assurantiel, et donc de réduction du risque global, et celles qui sont de simples paris, et qui donc créent artificiellement du risque là où il n’existait pas auparavant, et dont je préconise qu’on les interdise pour assainir une fois pour toutes le marché des CDS, eh bien, cette distinction, j’ai depuis quelques jour la surprise de la voir faite très explicitement dans la presse américaine, où l’on commence à parler des CDS constituant des positions nues comme de simples « trading bets », des paris de trading ou si vous préférez encore, des « opérations-paris ».

Ainsi, un article signé de Serena Ng dans le Wall Street Journal de samedi s’intitule : « Goldman (Sachs) confirme des paris AIG pour un montant de 6 milliards de dollars » (Goldman Confirms $6 Billion AIG Bets). Plus intéressant encore, seule l’expression « trading bet » est utilisée dans l’article où le terme de Credit–Default Swaps ainsi que les initiales CDS n’apparaissent pas.

Michael Lewis, l’auteur du roman autobiographique « Liar’s Poker », poker menteur, dans lequel il racontait ses aventures de vendeur d’obligations chez Salomon Brothers à la fin des années 1980, va plus loin encore dans un article publié vendredi par l’agence de presse Bloomberg, puisqu’il évoque la même affaire comme s’agissant d’« AIG gambling debts », des dettes de jeu d’AIG.

Ce que les explications sereines du fonctionnement des CDS n’avaient pas pu obtenir, la colère grandissante des contribuables américains devant la distribution de 105 milliards de dollars dont ils sont la source aux contreparties d’AIG, est donc en train de l’opérer : une distinction désormais claire aux yeux du public entre des contrats financiers constituant une assurance et d’autres qui s’assimilent à de simples paris.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Décroissance pratique : réduire la vitesse, par Samuel Gérard

Billet invité.

Ces temps de crise sont souvent propices à l’émergence d’idées nouvelles, et offrent souvent les conditions nécessaires aux changements en rapport.

Le document qui suit propose une telle idée, dont le fondement n’est pas technique, mais infiniment pragmatique. Elle pourrait révolutionner l’univers des transports.

L’analyse des données les plus fondamentales (disponibilité des ressources s’amoindrissant, perspectives de croissance automobile insoutenables, techniques alternatives impuissantes en l’état, aliénation des comportements), permet de dégager une idée force : dans un monde ou l’être humain fait de plus en plus sentir le poids de ses actions, la décroissance doit passer par certains facteurs physiques avant tout. En matière de transport, la variable d’ajustement est la vitesse. Il convient en période d’urgence de la réduire drastiquement.

La proposition de réduire la vitesse maximale autorisée sur route à 60km/h de façon « universelle » pourra choquer ou faire rire. A la réflexion il n’en reste pas moins qu’elle constitue une solution à très court terme à de nombreux problèmes (énergétiques, environnementaux, économiques, industriels…).

Ses conséquences vertueuses dépassent de très loin le simple cadre des transports (on peut citer l’urbanisme, la relocalisation économique, la re-socialisation des espaces, la réduction de la fracture technologique, etc…).

A moyen terme, il faut bien avoir à l’esprit que le monde entier gagnera à appliquer une mesure globale de limitation drastique de la vitesse. Il va même de soi que cela pourrait constituer une transition moins brutale vers la société « sans voiture » qui pourrait nous être imposée à terme par la diminution des ressources, ou vers une société à énergie solaire, ou ce que vous voudrez d’énergétiquement et écologiquement soutenable.

Cette mesure ne constituerait pas une atteinte au progrès, dont la notion forcément relative varie énormément selon les angles d’analyse (en cela, la moindre pollution, la préservation des ressources, la relocalisation de l’économie et la diminution des accidents représenteraient aussi un progrès remarquable).

Il est également probable qu’individuellement, une majorité de citoyens ne soit pas préparée à une telle mesure. Mais les jeunes générations semblent malgré tout se faire à l’idée d’un monde moins fondé sur la toute puissance de l’automobile individuelle, puisqu’elles favorisent de plus en plus l’achat de petits véhicules simples, la location d’automobile et les transports en commun. Collectivement, faisons-nous confiance : nous saurons plus facilement nous adapter à un monde moins rapide qu’à l’effondrement brutal d’une société principalement fondée sur le pétrole.

Il faut enfin considérer avec gravité qu’historiquement, chaque période de grandes pénuries et de marasme économique a engendré guerre, génocides et fascisme.

Nous vivons un instant peut-être historique : le passage d’une société du « toujours plus et plus vite » à une autre du « moins et mieux ». Voici donc venu le moment de nous résoudre à modifier certains de nos standards, quitte à faire quelques – grandes – concessions sur ce que nous considérons – sans doute à tort – comme des éléments indispensables au bien être. « The American Way of Life is not negotiable », disait Georges Bush père lors de la conférence de Rio en 1992, et nous autres de nous indigner. C’est sans doute le moment de prouver que cette indignation n’était pas qu’une posture, et il va de soi que la plus grande partie de la réussite de cette entreprise dépendra de notre faculté à adapter ainsi nos comportements.

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Candide au pays de l’or noir, par Alexis

Billet invité.

CANDIDE AU PAYS DE L’OR NOIR

Comme de nombreux visiteurs sur ce site je découvre un monde jusqu’à présent masqué au commun des mortels, mais qui, grâce aux interventions éclairées des uns et des autres devient un peu plus limpide à ma cervelle de Candide…

Mais un truc me chiffonne toujours… Quid du pétrole ?

Certes il est vient de repasser au dessus de 50$ après avoir flirté avec les 35$ en février. Logique si le dollar est appelé à baisser après ce que nous savons du 18 mars 2009. Mais tout le monde sait, ou devrait savoir, que (indépendamment des fluctuations monétaires) le cours du pétrole n’est que transitoirement bas, conséquence d’une baisse de la consommation (deux millions de b/j en moins comparé à juin sur les 85mb/j « habituels »), et à la marge d’une spéculation moins marquée. Baisse de la consommation, baisse des prix… rien de nouveau sous le soleil de l’offre et de la demande.

Néanmoins, que cela nous fasse plaisir ou pas, si le pic officiel n’est pas atteint (s’agit-il en fait d’un pic ou plutôt d’un plateau ondulant temporaire ?), le pétrole brut de qualité issu des champs classique a lui « piqué » en 2007 comme le montre ce schémas extrait du dernier rapport de l’AIE.

(J’ai rajouté une série de verticales pour situer le début de décroissance de la courbe bleue – crude oil currently producing fields.)

Pour rappel, notre consommation n’est autre que la somme de ces jolies intégrales colorées… du moins jusqu’en 2008 (date du rapport), au delà…

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Qu’entend-on par « capitalisme », et pourquoi sa phase finale est-elle amorcée ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le capitalisme est un système social caractérisé par l’existence de trois classes principales : celle des « rentiers », détenteurs de capital (= « investisseurs » = « capitalistes »), celle des « entrepreneurs » (= « chefs d’entreprises ») et celle des « travailleurs » (= « salariés »), et par la domination au sein de ce système de la classe des « capitalistes », d’où son nom.

Le rapport de force entre rentiers et entrepreneurs détermine le partage entre eux du surplus créé par le travail des travailleurs : les rentiers obtiennent les intérêts et ce qui reste du surplus revient aux entrepreneurs comme profit, à charge pour ces derniers de redistribuer à leur tour ce profit entre eux et les travailleurs dans une proportion que détermine le rapport de force existant entre ces deux classes.

L’introduction des stock options à la fin des années 1970 permit aux rentiers et aux entrepreneurs, dont les intérêts coïncidaient dorénavant, de s’allier contre les salariés, dont la part dans le partage du surplus ne cessa pas de diminuer depuis.

Les banques centrales, dirigées dès leur origine par les rentiers ou capitalistes (officiellement aux États–Unis et officieusement en Europe), ont toujours travaillé à leurs ordres et aujourd’hui plus que jamais. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, les nations ont délégué une part toujours grandissante de leurs pouvoirs à leurs banques centrales qui sont devenues soit un État dans l’État (comme aux États–Unis) soit un État par-dessus les États (comme en Europe).

Capitalistes et entrepreneurs, désormais alliés, encouragèrent la création d’un abysse de dettes contractées par les entreprises et par les travailleurs. Le processus était condamné à s’interrompre aussitôt qu’ils seraient tous insolvables, stade qui fut atteint en 2007. Plutôt que d’enrayer la crise de la seule manière possible, c’est–à–dire en redéfinissant la donne entre rentiers, entrepreneurs et travailleurs, les gouvernements ont choisi d’encourager entreprises et travailleurs à s’endetter encore davantage, produisant ainsi de nouveaux intérêts dont bénéficient les rentiers, tandis que les banques centrales se voient confier parallèlement la tâche de créer de toutes pièces la montagne d’argent qui sera déversée dans l’abysse toujours plus profond de la dette. Captif désormais d’une rétroaction positive, autrement dit auto-renforçante, le capitalisme est entré dans une phase d’autodestruction.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Une thérapie génique pour humaniser le capitalisme, par Hervé de Bressy

Billet invité. Ce que nous écrivons n’est en général pas très révolutionnaire, ceci l’est. Aussi, soyons poppériens : réfléchissons aux conséquences positives d’une telle réforme mais aussi, et peut-être surtout, à ses éventuelles conséquences négatives.

L’Homme et le chimpanzé partagent 99% de leur code génétique respectif, mais savez-vous que nous avons également 70% de notre génome en commun avec… l’oursin violet ? Nous ressemblons physiquement au chimpanzé et avons avec lui de nombreux traits de comportement en commun. Les réalisations humaines – tant culturelles que technologiques – sont cependant extraordinairement plus réfléchies, complexes et abouties que celles de notre plus proche cousin, sans parler de l’oursin violet… Cela pour souligner que le génome définit les modalités de construction et d’ordonnancement d’un individu, et que de très légères transformations de ce code peuvent induire des changements considérables entre les êtres vivants.

Un système économique peut par certains aspects être comparé à un organisme vivant, dont le génome serait représenté par ses normes comptables, lesquelles ne sont rien d’autre que des modalités de calcul et d’ordonnancement de la valeur des choses. D’infimes modifications dans ces modalités de calcul peuvent induire des changements considérables dans la philosophie du système économique qu’elles définissent. Quel que soit le système qui verra le jour après la grande crise de transition où nous nous trouvons, il sera lui aussi doté de normes comptables, lesquelles ne diffèreront en apparence que fort peu de celles que nous utilisons aujourd’hui.

Je vais donc vous proposer aujourd’hui d’appliquer une thérapie génique au capitalisme, légère en apparence, mais en réalité si profonde qu’elle devrait conduire à donner un autre nom au nouveau système économique qui en résultera.

Notre actualité socio-économique des 30 dernières années a été remplie par les annonces de plans sociaux, de « licenciements boursiers » attribués au « capitalisme sauvage » . Nous avons vécu la compression de la masse salariale érigée en vertu, et les salariés en surnombre qualifiés de « mauvaise graisse », merci pour eux…

Nous sommes humainement révoltés de voir le peu de cas qui est fait des salariés dans les entreprises où l’actionnariat a acquis un poids trop grand. Pourtant les actionnaires qui poussent à licencier ne sont pas des monstres : ils aiment leurs enfants, sont appréciés de leur voisins, participent à des œuvres charitables… comme vous et moi. Pourquoi donc sont-ils conduits à se comporter de la sorte, dès lors qu’il s’agit de parler de l’entreprise ? Non pas parce que c’est dans leur nature, mais parce que c’est inscrit dans les gènes du capitalisme.

Réduire la masse salariale est le moyen le plus rapide d’améliorer la valeur comptable d’une entreprise, tout simplement parce que les salariés n’y ont pas de valeur, au sens qu’ils ne sont pas comptabilisés autrement que comme une charge. Si vous prenez les comptes publiés de n’importe quelle société, cherchez-y les salariés. Vous ne les trouverez pas à l’actif ou au passif du bilan, mais uniquement en tant que salaires dans le compte de résultats, parmi les charges, aux côtés des achats de matières premières et des fournitures de bureau.

En licenciant des salariés on réduit aussitôt les charges tandis que les recettes, au moins dans un premier temps, se maintiennent. Le résultat brut et donc le bénéfice a alors été amélioré, sans impact sur la valeur des actifs. L’actionnaire est alors satisfait, puisque son capital n’a pas été entamé d’une part, la rentabilité de celui-ci accrue d’autre part.

Naturellement, nous savons bien que la richesse d’une entreprise, ce sont avant tout les hommes et les femmes qui la composent avec leur savoir-faire, que les salariés sont avant tout une source de profit, car leur travail est supposé rapporter plus que le coût de leur salaire. Nous savons également qu’une politique perpétuelle de réduction des coûts salariaux mène, en général, à la faillite, la baisse de qualité du service faisant fuir les clients.

Il m’est donc venu une idée relativement simple destinée à corriger cette part défectueuse du génome capitaliste :

Donnons une valeur comptable à chaque contrat de travail passé entre l’employeur et son salarié, et inscrivons cette valeur à l’actif du bilan.

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L’actualité de la crise : Bras de fer, par François Leclerc

Billet invité.

BRAS DE FER

Symptôme de l’intensité de la crise qui enfle aux USA , c’est ouvertement que le bras de fer entre les milieux d’affaire et l’administration Obama se poursuit dorénavant. Du jamais vu dans l’histoire récente du pays. Alors qu’interviennent la mise sous tutelle de mutuelles de crédit (une formule déguisée de nationalisation), de nouvelles faillites bancaires régionales, et le lancement d’un appel pressant du FDIC, l’organisme autonome chargé de garantir sous forme d’assurance les dépôts bancaires, qui commence à être à court de cartouches financières et relève le tarif de l’utilisation de ses services par les banques, qui renâclent. Avec des prévisions peu encourageantes pour les temps à venir, détruisant ce faisant toutes les prévisions sans fondement et prématurées de relance.

Deux importantes mutuelles de crédit, US Central et WesCorp, qui vendent des services et des produits aux réseaux de caisse d’épargne et pèsent respectivement 34 et 23 milliards d’actifs, viennent d’être nationalisées sans le dire. Michael Fryzel, le président du NCUA, le régulateur des caisses d’épargne, a tenu des propos éloquents : « Avec nous aux commandes, nous obtiendrions des chiffres honnêtes », après avoir constaté que ces deux mutuelles sous-estimaient leurs pertes. Le FDIC vient par ailleurs d’annoncer que trois nouvelles banques de dépôt venaient de faire faillite, portant le total de celles-ci à 20 banques en moins de trois mois. A comparer avec les 25 banques de dépôt fermées pour faillite en 2008, et les 3 en 2007.

Barack Obama a montré ces derniers jours qu’il était sensible aux réactions de l’opinion publique, comme à celles des élus démocrates qui ont pris l’initiative d’adopter un projet de loi à la Chambre, les sénateurs devant les rejoindre très prochainement semble-t-il, taxant les primes type AIG au taux de 90% (les collectivités locales se chargeront du reste, a estimé un représentant très en colère), il doit cependant tenir compte des réactions des milieux d’affaire, dont dépend le succès ou l’échec du plan de sauvetage des banques tant attendu, dont le Wall Street Journal vient d’annoncer qu’il allait enfin être rendu public par le Trésor. Dans des conditions pas optimales, comme on va le voir.

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LES BOSWELL SISTERS

Les Boswell Sisters grandirent à la Nouvelle-Orléans. Vedettes du début des années trente, elles introduisirent dans la manière de chanter le jazz un style syncopé qui ferait recette. Les Andrew Sisters, vedettes elles des années quarante et dont on se souvient aujourd’hui davantage, furent d’abord leurs imitatrices. Elles chantaient assises, parce que l’une des trois soeurs, Connee, était paralysée des jambes. On dit de cette dernière qu’elle fut la principale source d’inspiration de la jeune Ella Fitzgerald.

Certainement l’un des meilleurs groupes vocaux féminins de tous les temps.

Heebie Jeebies

Louisana Waddle

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L’actualité de la crise : Une « philosophie » régulatrice bien américaine, par François Leclerc

Billet invité.

UNE « PHILOSOPHIE » REGULATRICE BIEN AMERICAINE

Le journal Le Monde d’aujourd’hui vendredi a publié des informations à propos du G20, en provenance du site payant d’information économique et financière breakingnews.com, qui s’appuie sur un document de travail de préparation du sommet, dont il annonce avoir obtenu copie. En 24 points, ce document énumérerait le schéma des mesures de régulation que les chefs d’Etat pourraient décider le 2 avril prochain. Quatre têtes de chapitre permettent de les regrouper, selon le site d’information. Des mesures préventives de détection des bulles sur les marchés en premier lieu, des outils pour les faire éclater, le renforcement des fonds propres et des réserves des banques, une fois la crise terminée, enfin une meilleure gestion du risque et une modification des pratiques en matière de rémunération des dirigeants.

Dans l’attente de connaître ces mesures dans le détail, il est difficile de porter un jugement sur celles-ci et de suivre l’analyse de breakingnews.com, qui estime bien rapidement que « le schéma d’ensemble du plan semble tenir franchement la route », satisfaisant en tout cas ses démons habituels. On peut toutefois remarquer qu’elles semblent fortement s’inspirer de la « philosophie » américaine déjà exposée, prioritairement axée sur la prévention des risques systémiques et la surveillance des acteurs les plus importants du marchés. On est a priori dans le « plus jamais cela », mais tout à la surface des choses. Avec quelques mesures « éthiques » destinées au grand public en plus.

En réalité, sans pouvoir pronostiquer quoi que ce soit, d’autres projets sont dans les cartons. La création de chambres de compensation des CDS, par exemple. Le retour a d’anciennes réglementations de limitation des ventes à découvert, également, qui avaient été détournées avant d’être supprimées (et provisoirement réintroduites concernant les valeurs financières sur certaines places).

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En finir avec la pseudo-régulation par la spéculation, par Jean-Paul Vignal

Billet invité.

En finir avec la pseudo-régulation par la spéculation

Le manque d’imagination des responsables économique et politique face aux conséquences dramatiques du naufrage du dogme de l’infaillibilité de la main magique du marché est assez affligeant. Tout au mieux sont-ils capables de proposer le sauvetage coute que coute d’une économie hyper courtermiste. Les seules alternatives à leur panne d’imagination consistent à proposer un retour improbable à une frugalité qui est pour le moment inacceptable pour le plus grand nombre.

Dans ce sauve-qui-peut général, la nécessité de mettre en place de nouvelles règles du jeu, telle que la Constitution proposée par Paul Jorion, est donc plus impérieuse que jamais. Pour être acceptable, elles ne peuvent être que le résultat d’un consensus aussi large que possible, puis d’une longue transition. Il faut donc fixer les objectifs au plus vite, ensemble, sans sectarisme, et rechercher dans la foulée des cheminements raisonnables entre le chaos actuel et cette future organisation. Même s’il ne représente qu’une réponse partielle le moindre petit pas sera une bonne chose, pourvu qu’il soit fait dans la bonne direction.

Encore faudrait-il avoir une idée de ce qu’est cette bonne direction, ce qui ne semble pas le cas, comme le montrent les discussions de chiffonniers de la préparation du G20. Le seul objectif « lisible » est de faire avancer tout le monde du même pas vers le précipice creusé par un quart de siècle de libéralisme tellement avancé qu’il a fini par pourrir sur pied !

Par où commencer ? Sans aucun doute par une réflexion collective sur le système financier. Sur un plan « systémique », il n’est pas question de contester l’existence des banques. On peut rêver d’un monde sans argent, mais ce n’est qu’un rêve : un monde avec un panier de monnaie ou, mieux, une monnaie unique autre que le dollar américain, – qui serait pourtant une solution à bien des problèmes, est déjà à peine envisageable. Le problème n’est pas de savoir s’il faut nationaliser les banques ou pas : c’est une question comptable et de bon sens, pas de principe : si la collectivité finance une banque pour lui éviter de faire faillite, elle doit logiquement en être propriétaire tant qu’elle n’a pas récupéré l’argent qu’elle a investi.

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L’annonce de la mort du capitalisme est-elle prématurée ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Certains me demandent : « Fin du capitalisme ? Vous n’exagérez pas ? » La réponse est non : je ne fais jamais dans l’alarmisme. Et je suis très prudent quant à mes titres.

Souvenez-vous de mon premier blog intitulé Le déclenchement de la crise du capitalisme américain, il faisait suite à un courrier que j’avais envoyé à mes amis du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales) quelques jours auparavant. Regardez bien la date : le 28 février 2007. Croyez-vous que j’aie eu à regretter depuis mon titre « tonitruant », voire « alarmiste », ou même la date que j’avais choisie ?

Le « quantitative easing » de 300 milliards $, accompagné d’un relèvement du plafond des achats de Residential Mortgage-Backed Securities (RMBS) émises par Freddie Mac et Fannie Mae de 500 milliards $ à 1.150 milliards $ et l’achat possible de 200 milliards de leur dette (tous produits dont les Chinois continuent de se délester rapidement dans un contexte où l’immobilier résidentiel américain poursuit sa plongée), c’est bien entendu la guerre ouverte avec ceux qui possèdent dans leurs coffres des quantités énormes de dollars : en particulier la Chine, le Japon, le Corée et Taiwan.

Mais ce n’est certainement pas une mesure prise de gaieté de cœur, car le moment n’est pas bien choisi – c’est le moins qu’on puisse dire ! – pour les États–Unis de déclarer la guerre à la Chine, c’est tout simplement parce qu’avec des taux courts déjà à zéro, on est bien obligé de passer de la très mauvaise arme qu’est la manipulation des taux d’intérêt à une arme pire encore : créer de l’argent non pas parce que de la richesse a été créée mais simplement parce qu’on en manque : parce que trop de reconnaissances de dettes étaient des serments d’ivrogne. C’est une mesure désespérée, et c’est pour cela que j’évoque la « fin du capitalisme » : on brûle la dernière cartouche. Une fois constaté que le « quantitative easing » n’a rien donné (ou a donné le contraire de ce qu’on espérait), il n’existe plus de stratégie de rechange.

Les États–Unis auraient pu emprunter la voie d’un New Deal, et l’on serait resté dans le cadre d’une « posture C », au sens de Granier : le système ancien se serait métamorphosé en un nouveau système. Au lieu de cela, l’Amérique tente en ce moment (merci Mrs. Geithner et Summers) de sauver le navire d’un capitalisme pur et dur, mais le bateau sombre à vive allure, et les premières mesures du Président Obama sont, il faut bien le constater, un cafouillage affligeant bien que d’un montant faramineux. En s’accrochant au rêve de la « posture B » (le système retrouvera, bien que difficilement, sa forme originelle) grâce au recours promis aux armes secrètes que sont la suppression de la « cote-au-marché » (on inventera désormais de toutes pièces les chiffres comptables) et l’interdiction de la vente à découvert (qui permettra aux prix de se contenter de grimper), l’administration Obama, capitulant devant le monde des affaires, assure le succès de la « posture D » : le système actuel est irrécupérable et sera remplacé par quelque chose d’entièrement neuf. Notez bien : ce n’est pas moi qui suis en train de changer d’opinion et de passer de C à D : c’est le monde, avec l’aide bienveillante – et j’en suis sûr, sonnante et trébuchante – de la US Chamber of Commerce.

La Chine laissera tomber le capitalisme quand ça lui chante (d’où les avertissements récents portant sur des velléités d’un nouveau Tien-An-Men) et reprendra d’un bon pas sa marche vers un collectivisme plus déterminé que jamais. L’Europe elle, contrainte et forcée, repart à cent à l’heure vers la social-démocratie… qui se fera sans les socialistes bien entendu, qui n’ont toujours pas compris ce qui est en train de se passer !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : La foi qui sauve, par François Leclerc

Billet invité.

LA FOI QUI SAUVE

Il se confirme qu’il n’y a plus aux USA qu’un seul pilote dans l’avion, la Fed. Elle vient d’annoncer, en complément des mesures d’hier, qu’elle étendait ses facilités de crédit à la consommation (le plan TALF) à d’autres secteurs économiques : sociétés de recouvrement de créances hypothécaires, de financement d’équipements professionnels, de crédit-bail automobile et spécialisées dans le financement des stocks. Les petits distributeurs de journaux n’auront pour l’instant droit à rien, d’ailleurs les journaux disparaissent. On a par ailleurs appris, sur le sujet qui éclipse tous les autres aux USA, l’affaire des primes d’AIG, au sujet desquelles les représentants viennent de voter dans des délais records une loi les taxant à hauteur de 90%, que la Fed, contrairement au Trésor qui porte le chapeau, était au courant du versements de ces primes et qu’elle aurait gardé pour elle cette information, fidèle sans doute à sa tradition de grande retenue. Un seul pilote, décidemment.

La même discrétion va-t-elle pouvoir être maintenue à propos de l’affaire Madoff, à propos non pas de ses proches et de son comptable, complices tous trouvés, mais des multiples intermédiaires financiers qui se sont prêtés à la juteuse combinazione ? Deux plaintes viennent d’être déposées en Europe, visant UBS et Ernst and Young, le commissaire aux comptes de la sicav Luxalpha, l’un des principaux fonds de droit luxembourgeois, ainsi que des membres du conseil d’administration de ce dernier, qui appartiennent aussi à USB Luxembourg. Le backstage de la gestion de fortune n’est pas exagérément à l’aise ces temps-ci.

Peer Steinbrück, le ministre social démocrate allemand des Finances, ne l’est pas trop non plus, après avoir reçu des lettres de menace de Suisse le traitant de nazi, c’est tout du moins ce qu’il a déclaré jeudi au Süddeutsche Zeitung. La veille, un conseiller national du parti démocrate-chrétien suisse, Thomas Müller, avait expliqué que Steinbrück lui rappelait « cette génération d’Allemands qui, il y a 60 ans, parcouraient nos rues vêtus d’imperméables en cuir, de chaussures montantes et avec un brassard ».

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