Un des plus grands bluesmen

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans notre série « les grands oubliés jusqu’ici » et pour succéder à Peggy Lee : Robert Zimmerman, un des plus grands bluesmen de tous les temps. On dit en Amérique que chacun se souvient où il était quand il a appris la mort de Kennedy. Je m’en souviens mais je me souviens aussi de la première fois que j’ai entendu Bob Dylan à la radio.

Ses véritables débuts datent de 1961 à New York. Un critique du New York Times, Robert Shelton, écrivait alors « Mr. Dylan est vague quant à ses antécédents ou son lieu de naissance, mais là où il fut importe moins qu’où il ira, et il semble que ce soit le sommet ». Je vous ai choisi deux petites choses du début, de 1963. Enjoy !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Alexandre V. Tchayanov (1888 – 1937)

Agronome-économiste-sociologue russe. Arrêté le 3 octobre 1937. Jugé et exécuté le même jour. Son épouse passa 18 ans dans des camps de travail. Réhabilité en 1987.

Un extrait de G. Delbos et Paul Jorion, La transmission des savoirs (1984), épuisé mais bientôt republié (à l’époque où notre livre fut écrit, il était très peu question de Tchayanov en français et nous avions adopté l’orthographe anglo-saxonne de son nom : « Chayanov ») :

« Meyer Fortes ignorait alors (1949) qu’une approche semblable avait été développée dans le milieu des années vingt par l’économiste russe, A. V. Chayanov. A cette époque s’affrontaient dans un combat qui devait être sans merci, les économistes léninistes, au rang desquels Lénine lui-même, et les économistes néo-populistes de l’Ecole « Organisation et Production », parmi lesquels Chayanov. Avec d’autres économistes de la même école, Chayanov élabora une Théorie de l’économie paysanne (1925), ou plutôt, une théorie de la ferme paysanne, comme unité économique familiale, théorie fondée sur les zemstvos, ces innombrables recensements ruraux réunis de la fin du XIXe siècle à la Révolution d’Octobre. Contrairement à Lénine qui croyait observer une différenciation lente de la classe paysanne russe en paysans riches et paysans pauvres, Chayanov constatait au contraire l’existence, au sein de la paysannerie, de mécanismes autorégulateurs. Il expliquait l’apparente différenciation sociale comme mécompréhension d’une différenciation évolutive correspondant aux différents moments du cycle démographique de la famille paysanne…. » (Delbos & Jorion 1984, pages 46-47)

La transmission des savoirs offre de nombreux exemples empruntés à la petite pêche, la saliculture et la conchyliculture bretonnes, confirmant l’hypothèse de Tchayanov relative aux cycles de l’organisation économique familiale (pages 44-104).

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Crise : où l’expliquer

Ce billet paraît simultanément, aujourd’hui dimanche, en tribune libre sur Mediapart .

Sur Mediapart également, un compte-rendu de La crise par Ludovic Lamant.

Crise : où l’expliquer ?

Je m’étais inscrit à l’Université Libre de Bruxelles à l’Ecole Solvay qui forme des ingénieurs financiers. C’était intéressant. Le cours de comptabilité l’était aussi. Du moins au début. Il s’est ensuite transformé en cours de dissimulation : le prof mentionnait des astuces qu’il soulignait de clins d’œil appuyés et accompagnait d’un rire gras. C’était un cauchemar : j’ai pris mes jambes à mon coup !

Je me suis inscrit en sociologie. Les quelques cours d’anthropologie au programme m’intriguaient et je me suis rapidement retrouvé menant de front anthropologie et sociologie. Le prof d’anthropologie économique était marxiste. Ce qu’il expliquait était très séduisant : je suis devenu expert en anthropologie marxiste.

En 1973, je suis allé m’installer pour quinze mois à l’île de Houat dans le Morbihan où je me suis initié à la pêche artisanale. J’essayais de comprendre ce que je voyais à travers ma lorgnette d’anthropologue économique marxiste. Ce fut un désastre : ça ne marchait pas du tout. Il fallut trouver autre chose. Au cours des années qui suivirent je constituai petit à petit ma boîte à outils d’analyse économique où l’on retrouve aujourd’hui Aristote côtoyant Adam Smith, Ricardo, Tchayanov, Sraffa, Leach et Pierre Bourdieu. Quelques économistes : Smith et Sraffa, un sociologue : Bourdieu, un anthropologue : Leach et un agronome-sociologue-économiste : Tchayanov.

En 1990, je suis entré en finance, et j’ai lu la littérature technique des ingénieurs financiers – lu et relu. En 2002, j’ai entrepris de contribuer moi-même à l’explication du monde financier. Je n’ai écrit ni en anthropologue, ni en sociologue, ni en ingénieur financier : je me suis contenté de mettre toutes les méthodes d’explication dont je disposais au service de tout ce que je pensais avoir compris.

Ma boîte à outils avait été composée à l’extérieur de la science économique. En lisant il y a quelques jours une intervention de James K. Galbraith datant de 2002 et intitulée « Can we please move on ? », j’ai eu la surprise de découvrir ma boîte à outils décrite dans ses moindres détails comme étant ce que la science économique aurait dû devenir mais n’était nullement devenue.

James K. Galbraith détient la chaire Lloyd M. Bentsen, Jr. de Government/Business Relations à l’Université du Texas à Austin. Il est aussi le fils de John K. Galbraith, un grand économiste keynésien, aujourd’hui sur la liste des meilleurs ventes de livres pour avoir écrit en 1954 un ouvrage fameux sur le krach de 1929.

Les recommandations de Galbraith sont nombreuses, qui semblent toutes situer l’avenir de la science économique au sein de la sociologie économique, de l’anthropologie économique et de la science politique : « l’accent [doit être] mis sur les structures sociales », « [il nous faut] une théorie du comportement humain fondée sur les principes de l’interaction sociale », « les ménages, les entreprises, les systèmes de crédit, les gouvernements et leurs budgets, les rapports entre les nations, font tous partie d’une structure hiérarchique imbriquée d’institutions définissant règles et conventions, de sources de pouvoir en interaction et parfois en conflit ».

Tout cela n’est pas surprenant : ce qu’il s’agit de faire c’est en effet de revenir aux sources de la science économique : à l’époque où elle était encore « économie politique », l’une des composantes des « sciences morales et politiques », le prédécesseur des sciences humaines, avant que la « science » économique ne succombe au chant des sirènes du calcul différentiel et élimine du coup l’humain de ses préoccupations.

Dans son article intitulé : « Crise : la grande faillite des économistes », Ludovic Lamant fait le constat de l’impréparation des économistes devant la crise dont nous sommes en ce moment non seulement les témoins mais aussi les victimes. Ils ne l’avaient certainement pas prévue et se ridiculisèrent, souligne-t-il, en minimisant sa portée une fois celle-ci déclenchée. Seule une poignée d’économistes hétérodoxes et d’outsiders avaient annoncé les difficultés à venir et étaient équipés pour les analyser ensuite.

La question sous-jacente à l’article de Lamant est cependant celle de l’avenir : si l’enseignement que dispensent les facultés de science économique n’est pas celui qui permet de comprendre l’économie et la finance telles qu’elles nous interpellent aujourd’hui à travers la crise, où cet enseignement doit-il être dorénavant dispensé ?

On m’a rapporté une conversation qui aurait eu lieu il y a quelques années dans un établissement d’enseignement supérieur français bien connu. La question avait été soulevée : « Pourquoi ne pas confier une charge à Jorion ? » La discussion avait paraît-il tourné court : comment qualifierait-on le domaine de ses recherches ? quel nom attribuerait-on à son enseignement ? L’anecdote est sans doute très personnelle mais elle n’en est pas moins éclairante car elle répond à la question de Ludovic Lamant : où l’enseignement de l’économie doit-il aujourd’hui être dispensé ? Dans ce lieu qu’aucun des participants à la réunion n’avait pu nommer à défaut d’un nom pour le désigner. Tout ce que l’on sait de ce lieu, c’est qu’il concentre en un seul objet la compréhension que nous avons de l’humain et qu’il a pour fonction d’expliquer le rôle parfois tragique joué par l’économie et la finance au sein de nos sociétés.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Octobre 2008 : un mois de gros temps

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Fayard a été extrêmement rapide. J’ai déposé le manuscrit de La crise le 30 septembre. Le bon-à-tirer était signé le 6 octobre, l’ouvrage commençait à être livré aux libraires le 20 et il sera officiellement en vente lundi, le 3 novembre.

Si vous achetez un exemplaire lundi ou les jours qui suivent, vous avez droit à une première édition, premier tirage, qui fera peut–être la fortune d’un de vos petits-enfants mais vous achetez un livre qui se trouve entreposé depuis deux semaines chez un libraire. Et Dieu sait s’il se passe beaucoup de choses ces jours-ci en quinze jours !

Si un second tirage est rapidement nécessaire (ce qui arrangerait bien mes affaires !), pourquoi ne pas mettre le livre à jour à l’occasion de ce retirage ? Eh bien, rassurez-vous, c’est prévu. Il est bien sûr trop lourd de modifier tout l’ouvrage, mais j’ai rédigé un appendice qui propose un sommaire des nouveaux développements depuis le dépôt du manuscrit. Et comme il s’est écoulé exactement un mois, je l’ai intitulé Octobre 2008 : un mois de gros temps.

Si vous voulez que votre exemplaire le contienne à tout prix, vous pouvez attendre le retirage. Bien sûr on sera peut–être alors en décembre…

Alors voici ce que j’ai décidé de faire : achetez le livre en confiance lundi car la mise à jour du deuxième tirage éventuel a été reproduite ici, à la suite de cette introduction qui vous a conduit dans les coulisses du monde mystérieux de l’édition !

Octobre 2008 : un mois de gros temps

Le mois d’octobre 2008 n’aura pas modifié la donne de la crise. Quelques signes positifs, telle une maigre reprise de l’immobilier résidentiel américain due au prix défiant toute concurrence des logements saisis et remis sur le marché, ou une baisse relative des taux interbancaires (encore très loin cependant de leur niveau de la première moitié du mois de septembre), ne seront pas parvenus à compenser les indices qui signalaient au contraire une aggravation de la situation, en Europe d’abord, où l’Islande et la Hongrie en particulier se retrouvèrent au sein de la tourmente, et en Asie où les yeux se tournèrent vers le Pakistan faisant face à une crise de solvabilité majeure.

Continuer la lecture de Octobre 2008 : un mois de gros temps

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Pages non-actualisées du blog

Plusieurs d’entre vous signalent accéder à des pages non-actualisées du blog. La raison réside probablement dans votre fringale d’information qui a dû remplir le « cache » de votre ordinateur en copies de pages Internet (vous êtes pardonnés !).

Quand vous êtes sur l’Internet, allez dans Outils. J’ignore comment s’intitule la première ligne, en anglais c’est Delete Browsing History. Cliquez. Effacez les fichiers stockés. Reconnectez-vous sur mon site. N’oubliez pas de faire cela régulièrement.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Nonfiction.fr, La crise vue par Paul Jorion

Un compte-rendu de La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire (lundi en librairie) par Luc Goupil sur Nonfiction.fr. Où l’on trouve aussi le chapitre 3 : « Les États–Unis en 2008 » dans son entier.

Là réside la première source d’intérêt de l’ouvrage : proposer une lecture à distance et situer dans l’histoire du capitalisme les événements actuels, au risque de s’éloigner du langage courant de l’analyse économique et de s’exposer aux railleries de spécialistes trop contents de détourner d’eux les quolibets. Cette méthode peut énerver, mais elle a des réalisations heureuses.

La présentation de Jorion ne recevra sûrement pas l’approbation unanime des économistes – qui ne sont de toutes façons pas ses pairs – mais elle a le mérite de recéler, au sein d’une théorisation globale et par ailleurs fort stimulante, qui interroge la notion de « confiance des marchés » ou la place de la spéculation, un récit de la crise particulièrement instructif.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Les forces politiques face à la crise

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On nous pose de très bonnes questions à Jean-Luc Gréau et à moi-même pour un entretien en face-à-face à paraître dans Marianne. Les questions sont nombreuses et la place, très limitée, et il faut donc répondre de manière lapidaire. J’ai le loisir ici d’offrir une réponse plus détaillée.

A propos des réformes que nous préconisons, assimilées à se débarrasser d’une vulgate néo-libérale, il nous est demandé ceci :

Quelles sont les forces politiques selon vous capables de mettre en œuvre ce projet en France et au sein de l’Union Européenne ?

En fait, ces forces politiques n’existent pas aujourd’hui. Commençons par la droite : elle s’est engagée tout entière aux côtés du système qui s’écroule sous nos yeux par pans entiers. La gauche, de son côté, est tétanisée depuis la chute du mur de Berlin. Le centre-gauche s’est lui rallié au néo-libéralisme. La gauche-gauche s’est montrée incapable en vingt ans de proposer le moindre projet de société alternatif. L’extrême-gauche a toujours été une pépinière d’idées neuves mais les applications et tentatives d’applications de celles-ci couvrent un éventail qui va du peu convaincant au catastrophique. Les verts nous ont appris que la richesse se mesure à la santé de la planète mais là aussi je ne vois pas émerger de réels projets : des utopies très indigestes oui, souvent très anciennes d’ailleurs.

Le mouvement « décroissant » est sans doute le plus cohérent mais j’ai déjà fait état de mes objections à son égard. En deux mots : la décroissance ne peut être un projet, elle est un symptôme. Elle a lieu sous nos yeux en ce moment-même où elle accompagne une crise financière et économique sans précédent. Lorsque les effets du « peak oil » se feront sentir – ce qui n’est pas encore le cas mais ne saurait tarder – la décroissance aura lieu si le solaire n’a pas été pleinement maîtrisé d’ici-là. Mais un symptôme n’est pas un projet et celui-ci reste à définir.

Les seules forces politiques susceptibles de forcer le pouvoir dans la voie d’un changement de paradigme émaneront donc de la base, et pour pouvoir constituer une majorité, devront ignorer les clivages politiques traditionnels. Cette base est constituée de tous ceux qui partagent le sentiment que l’espèce est menacée dans son existence, dans l’immédiat par la crise et dans dix ans par l’épuisement des ressources non-renouvelables. Un tel sentiment est par nécessité planétaire, mais non centré sur l’environnement conçu comme la planète sans nous : la justice sociale fait partie de son horizon. Planétaire au sens de Gaia : le système dans son entier, et une solution des problèmes fondée sur l’éthique. Deux soucis à première vue divergents ont empêché jusqu’ici la coalition nécessaire d’émerger et il faut rappeler aux deux bords : pas de redistribution sans survie, mais pas non plus de survie sans redistribution.

Un projet de cette nature peut produire de l’absolument neuf mais est également exposé à toutes les dérives. Il faut que les politiques se réveillent, se rallient à ce mouvement de la base et mettent leur expérience de la chose politique au service d’une canalisation de cette colère dans un cadre qui doit demeurer à tout prix démocratique parce que les ennemis de la démocratie sont prêts et s’agitent déjà dans les marges où la crise est évoquée dans une perspective critique.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Les devises

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le problème des devises en ce moment, c’est qu’elles s’effondrent dans un bel ensemble en raison de la récession mondiale qui les engouffre toutes. Les tensions entre elles sont simplement dues au fait que certaines chutent plus vite que d’autres. Chaque zone monétaire a ses propres problèmes liés aux économies qui utilisent ces devises, et qu’elle essaie de régler avec le vieux tromblon de la manipulation des taux à court terme par sa banque centrale. Arme qu’il faudrait d’ailleurs reléguer là où elle a sa place : au musée des antiquités. Les économies doivent être protégées, à l’échelle de la planète et en étant sûr d’intégrer la planète elle-même à l’équation. Et ceci ne pourra se faire sans une nouvelle donne dans la redistribution du surplus : qui rétablit les salaires comme leur foyer central puisque c’est le travail humain qui jusqu’à nouvel ordre crée la richesses à partir de ressources dont la propriété résulte uniquement d’anciens coups de force.

Certains proposent de permettre aux zones monétaires de contrôler la circulation des capitaux entre elles, ce problème n’est plus d’une actualité brûlante puisque le crise l’a d’une certaine manière réglé, le patient étant mort d’indigestion. Contrôler la circulation des capitaux ne va pas non plus dans la direction d’une solution à long terme : il faut au contraire aller vers un ordre monétaire mondial fondé sur une monnaie unique. Pour que celle-ci puisse posséder une assise solide, il faudra d’abord que le phénomène monétaire soit réellement compris et, comme il est devenu parfaitement clair maintenant, la théorie « monétariste » n’est à ce point de vue d’aucun secours. Il y a donc du pain sur la planche.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’Europe de l’Est et la crise

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il me semble que poser la question : « La crise est-elle en train d’atteindre l’Europe de l’Est ? » c’est ne pas comprendre quelque chose de fondamental à la nature de la crise.

J’avais évoqué ce même type de problématique au début du mois dans La crise parviendra-t-elle à traverser l’Atlantique ? où je disais que ceux qui posent cette question imaginent la crise comme Gérard d’Aboville dans sa barque : « Y arrivera-t-il ? Y arrivera-t-il pas ? ».

Le système financier est atteint d’un cancer qui connaît des métastases de plus en plus nombreuses. Mais la crise est en réalité présente partout où il existe au moins une banque qui reçoit des dépôts et consent des prêts. C’est–à–dire évidemment, partout.

On peut bien sûr suivre le progrès de la prise de conscience de la crise et, effectivement, moins le système financier est sophistiqué localement, plus cela prend de temps. Mais l’ordre dans lequel cette prise de conscience a lieu est évidemment purement anecdotique.

La crise « n’atteint pas » en ce moment l’Europe de l’Est : l’Europe de l’Est « s’éveille à la crise ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Moraliser la finance ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Accompagnant la suggestion de « punir les coupables », on entend dire aujourd’hui que « moraliser la finance » ferait partie de la solution à la crise.

D’une certaine manière la totalité de Investing in a Post-Enron World (McGraw-Hill 2003) et la première partie de Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte 2007), sont consacrés à la fraude dans les milieux financiers.

J’ai déjà évoqué cette question dans Banalité et immoralité où je constatais « que dans le monde des affaires, rien ne prévient automatiquement les décisions rationnelles contre l’immoralité » et le fait est que sous sa forme actuelle, le capitalisme n’est pas moralisable : un système financier fondé sur les paris relatifs à l’évolution des prix, est nécessairement ancré dans le conflit d’intérêts. Toute information dont vous disposez personnellement et à laquelle les autres n’ont pas accès vous procure un avantage stratégique. Ne pas l’utiliser fait de vous non seulement un imbécile mais un perdant immédiat puisque le reste du monde exploite pour son bénéfice ce qu’il apprend de son côté sur l’évolution de ces prix dans les paris qu’il ou elle fait sur eux.

Sous la forme qui est la sienne aujourd’hui, le système financier offre une telle prime à la fraude que son fonctionnement normal est celui où chacun triche partout où l’occasion lui en est donnée : du délit d’initié à la comptabilité « créative », en passant par l’anti-datage des stock options. Le fonctionnement des salles de marché des établissements financiers repose entièrement sur le délit d’initié que constitue la connaissance des ordres des clients et l’exploitation faite pour son propre profit de cette information « confidentielle » aux yeux du monde, mais nullement pour soi.

C’est là une autre vertu de la mesure que je préconise de l’interdiction des paris sur l’évolution des prix : en éliminant la prime à la fraude, elle introduit une moralisation immédiate des pratiques, et ceci sans l’adjonction de règles accessoires.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

Métro, mardi 28 octobre

C’est très rapide et très court, et il ne s’agit pas d’un article dans « Le Débat »…

Paul Jorion est Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles. Il est diplômé en sociologie et en anthropologie sociale. Il est l’auteur de « La Crise, des subprimes au séisme financier planétaire », éd. Fayard

Les marchés mondiaux ont-ils touché le fond ?

Difficile à dire. Les hedge funds, les fonds spéculatifs, continuent de liquider leurs positions. On a épuisé les zones de clarté. On est aujourd’hui dans les zones d’opacité.

Qu’est-ce qui pourrait stopper l’hémorragie ?

Il faudrait une interruption des marchés pendant au moins une semaine. Il y a eu beaucoup de décisions qui ont été prises au cours des dernières semaines, sans que les décisionnaires n’aient manifestement toutes les informations nécessaires. Henry Paulson a improvisé quand il a fallu prendre une décision sur Lehman Brothers. Il serait donc très bénéfique de prendre des décisions à froid.

Il faudrait tout arrêter ?

Oui, car il y a des informations qui n’ont pas été comprises. On a mis beaucoup d’argent dans les banques, mais elles le réutilisent en faisant les mêmes erreurs, en mettant ces liquidités dans les dividendes ou à racheter leurs concurrentes moins chanceuses. Il faut vraiment remettre les choses à plat.

Le problème de liquidité des banques semblait résolu…

Pas encore. On ne sait rien sur la solvabilité des établissements financiers. Regardez l’assureur AIG. L’Etat fédéral a injecté 85 milliards. AIG en a réclamé 37 de plus. Et la semaine dernière, il a demandé une nouvelle rallonge sous prétexte qu’il avait mal fait ses calculs…

Qui doit imposer une « pause » mondiale ?

On a parlé d’un nouveau Bretton Woods. C’est effectivement au plus haut niveau que doivent être prises ces décisions. Il y a déjà des institutions internationales, comme le FMI ou le BRI. Mais elles n’ont pas fonctionné correctement au cours des 20 dernières années. Leur demander d’agir aujourd’hui prendrait trop de temps.

Qui peut agir, alors ?

Mr Sarkozy semble avoir pris la tête de la croisade contre la crise. Il est de plus en plus entendu aujourd’hui. Il a effectivement une carte à jouer.

0Shares
Recommandez par mail Recommandez par mail

*Le seul Blog optimiste du monde occidental*