Les CDS : le monstrueux contraire d’une assurance

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Samedi après-midi, les meilleurs spécialistes des Credit–Default Swaps travaillant pour Wall Street furent rappelés d’urgence au bureau. Devant le refus du gouvernement de contribuer au fonds de soutien de Lehman Brothers, ils furent extraits de force à leur environnement familial pour aller calculer combien il en coûterait d’honorer ces fameux CDS si Lehman devait faire défaut.

Rien de surprenant : dans mon billet du matin-même, Lehman Brothers : les proches sont à son chevet, j’écrivais :

Il n’y a plus que des infrastructures à se partager comme dépouilles et… l’écheveau à démêler des paris que tous ces braves gens ont pris sur la mauvaise santé financière les uns des autres sous la forme de Credit–Default Swaps.

Je rappelle en quelques mots qu’un Credit-Default Swap est un type d’assurance contractée à titre privé où le vendeur du swap joue le rôle d’assureur et l’acheteur, d’assuré. Le vendeur remboursera à l’acheteur les pertes que ce dernier viendrait à subir du fait de la défaillance d’un tiers. Pour bénéficier de ce service, l’acheteur du swap verse au vendeur une prime dont le montant est déterminé par le marché en fonction du risque de perte tel qu’il est alors perçu.

La somme totale des CDS contractés aux États–Unis se monte à 62 mille milliards de dollars, un chiffre proche du total des dépôts bancaires à l’échelle mondiale. L’instrument a été mis au point dans les années 1990 par J.P. Morgan, qui est aujourd’hui encore le principal acteur de ce marché, avec un chiffre de 7 mille milliards de dollars. Citigroup suit, avec 3,2 mille milliards et Bank of America avec 1,6 mille milliards de dollars. Les « hedge funds », les fonds d’investissement spéculatifs, représentent 31 % de ce marché, et les monolines, les rehausseurs de crédit, 8 %.

Bien qu’il présente l’aspect extérieur d’une assurance, il n’est pas nécessaire que l’acheteur du swap soit véritablement exposé au risque couvert. En fait, et le plus souvent, les CDS ne constituent que des paris « directionnels » à but spéculatif. Les établissements financiers ont recouru jusqu’à plus soif à de tels paris portant sur leur bonne santé respective : la somme du montant des contrats représente environ dix fois les pertes qui seraient effectivement subies – je veux dire en l’absence de tels paris. Les CDS ont donc démultiplié artificiellement par dix le risque réel qui préexistait à leur création, créant ainsi le monstrueux contraire d’une assurance.

L’été dernier, quand le crédit s’est tari, les établissements financiers se sont retrouvés englués dans la toile d’interdépendance que les Credit–Default Swaps avait créée entre eux. Cette interdépendance a contribué à fragiliser la partie du système financier qui avait été épargnée par la crise du subprime puisque la chute de l’un d’entre eux risque de se répercuter alors à l’ensemble des autres avec lesquels il est interconnecté, créant un risque systémique de type « dominos ».

Le 2 avril, Ben Bernanke, le président de la Fed, déclarait dans une allocution devant le Congrès : « La faillite soudaine de Bear Stearns aurait débouché sur un débouclage chaotique de positions sur ces marchés. Elle aurait aussi jeté la suspicion sur les positions financières de certaines parmi les milliers de contreparties de Bear Stearns ». La faillite de Bear Stearns aurait forcé au débouclage de l’ensemble des CDS dont elle faisait l’objet, c’est-à-dire à la réconciliation des positions de l’ensemble des établissements qui s’étaient engagés dans de tels contrats, l’insolvabilité de l’un des vendeurs pouvant alors se répercuter sur toute la longueur de la chaîne.

Il y a quelques jours, un commentateur sur un blog financier faisait observer à propos des CDS qu’il s’agit avec eux de « probabilités conditionnelles », la condition en question étant le fait que le marché soit encore opérationnel lorsque les défaillances se manifestent. « Comment imaginer », disait-il, « que Goldman Sachs étant en défaut de paiement, Lehman Brothers [toujours en vie à l’époque] puisse me verser les sommes qu’il me doit sur les CDS qu’il m’a vendus ? Pas @#%& très probable ! »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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AIG et la falaise

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Je vais vous parler de AIG (American International Group) mais je ne vais pas me fatiguer : je vais simplement recopier la première partie d’un billet posté le 22 décembre de l’année dernière, intitulé Mon pronostic pour 2008 : « Falaises de notation » et « falaises de crédit », cela me laissera un peu de temps pour m’occuper du reste de la journée qui s’annonce, comment dire, fertile en événements. Voici, en réédition :

Mon pronostic pour 2008 : « Falaises de notation » et « falaises de crédit »

Comme tout le monde sans doute, je pense déjà à l’année prochaine et je me posais la question : « Quelles seront les prochaines manifestations de la crise des subprime ? » et j’ai pensé tout de suite : « falaises de notation » et « falaises de crédit ». J’avais consacré un chapitre entier à la question dans mon « Investing in a Post–Enron World » (McGraw–Hill, 2003) et je viens d’aller afficher ce chapitre sur mon blog en anglais où vous pourrez le trouver : 2008’s new fad: “rating cliffs” and “credit cliffs”.

En voici le passage le plus important :

« La présence d’une falaise de crédit signifie que le risque de crédit qu’une compagnie représente pour ses contreparties est non–linéaire. Une chiquenaude et ce risque pourrait s’amplifier considérablement, les agences de notation traduiront alors cette chute brutale en rétrogradant cette compagnie de plus d’un cran, selon le barème qu’elles établissent entre risque de crédit et notation. La compagnie sera encore exposée davantage si elle a eu la folie de lier sa bonne santé financière au maintien d’une notation particulière ».

Enron était une compagnie de ce type, qui avait mis en place un effet de levier reposant sur le prix de ses actions et sur sa notation. La tactique créait une courte–échelle permanente qui fonctionnait admirablement tant que la dynamique était positive. Jeffrey Skilling, le PDG d’Enron, à l’époque de la chute de la compagnie, attirait l’attention sur le mécanisme empoisonné qui conduisait inexorablement une entreprise à sa perte une fois que la dynamique faiblissait : la clause de « material adverse change », clause « d’évolution significativement négative », qui autorise l’organisme prêteur à réclamer immédiatement le remboursement des sommes empruntées.

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On ne va pas pouvoir rabibocher

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La bourse de New York a donc perdu 4,42 %. Le CAC 40 avait fini en baisse de 3,78 %.

Le titre d’American International Group (AIG), le plus gros assureur américain, a perdu 60,79 % de sa valeur dans la journée, c’est dire si le plan de restructuration annoncé ce matin a convaincu. J’ai noté hier qu’il ne se sera écoulé que cinq jours entre le plan de restructuration de Lehman Brothers et son dépôt de bilan, AIG risque de battre ce triste record – à moins que l’autorisation spéciale que vient de lui octroyer le gouverneur de l’état de New York, de puiser dans la caisse de ses filiales, ne puisse la sauver. On change les règles en cours de route, c’est normal : on a déjà tout essayé.

Je viens de me livrer à quelques petits calculs sur le cours des actions, dont je vous livre le résultat. Le chiffre porte sur les 365 derniers jours, ce qui nous reporte à un mois environ après qu’a débuté le tarissement du crédit.

* Bank of America, No 1 des banques commerciales : – 31,9 %
* J.P. Morgan Chase, No 2 : – 18,3 %
* Wells Fargo, No 3 : -13,1 %
* Citigroup, No 4 : – 66,9 %
* Wachovia, No 5 : – 78,5 %
* Washington Mutual, No 1 des caisses d’épargne : – 94,4 %
* Zions Bancorp, banque régionale, appartenant à l’église mormone : – 47,4 %
* First Horizon National, banque régionale, principale banque du Tennessee : – 61,2 %
* National City, banque régionale, principale banque de l’Ohio : – 83,5 %

La plupart de ces chiffres sont bien entendu consternants, mais ce n’est pas là l’essentiel. L’essentiel c’est ceci : on ne va pas pouvoir rabibocher. Le message n’a pas l’air de passer. Je reviens encore une fois sur le Rapport Ricol, parce qu’il est symptomatique de ce que je dénonce. Le Président dit : « La question prioritaire n’est plus d’apprécier la responsabilité des différents acteurs une fois le sinistre intervenu, mais bien d’éviter de nouvelles crises », et le rapport répond : « … se préparer au mieux aux crises futures, qui sont inévitables ». Zéro ! Ce n’est pas la bonne réponse à la question.

Quand le Rapport Ricol affirme « Mieux se préparer à gérer les crises futures, avec une approche contra-cyclique des exigences en capital, avec des instruments pour lisser les effets de cycle », il faut répondre : « Non, pas d’accord ! » Il faut absolument sortir de ce paradigme qui dit crises cycliques, et qui se veut rassurant : « On est dans une mauvaise passe, mais ne vous inquiétez pas : cela va s’arranger, cela s’arrange toujours ! » Cela s’est toujours arrangé jusqu’ici parce qu’on a à chaque fois mobilisé tous les moyens du bord pour empêcher que le navire n’aille par le fond ! Ça a toujours marché jusqu’ici, mais il n’y a aucune garantie que ça marchera toujours : on n’a jamais eu affaire à des cycles mais uniquement à des catastrophes, et la méthode utilisée pour s’en sortir a chaque fois été différente parce qu’on procédait par essai et erreur, et il a parfois fallu trente ans pour que l’on retourne, non pas à une situation idéale, mais à une situation tolérable.

Il faut donc se le mettre en tête une fois pour toutes : il ne s’agit pas de cycles mais de catastrophes et ce qu’il convient de faire, c’est, comme il est excellemment dit dans la lettre du Président : « éviter de nouvelles crises ». C’est tout un programme, mais c’est de cela qu’il s’agit, et de rien d’autre.

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Jo Stafford (1917 – 2008)

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Vous avez dû être surpris que je ne vous parle pas, le 16 juillet, de la mort de Jo Stafford. Eh bien voilà, cela m’avait échappé, alors que ça s’est passé à deux pas de chez moi. Oui : voilà ce qui arrive, on finit par tant se passionner pour la fin du monde qu’on en oublie les choses importantes.

Alors, avec un peu de retard, dont il faut m’excuser, la plus belle voix féminine de la chanson de variétés au XXe siècle (l’opéra, ce sera pour une autre fois).

« You belong to me »

Et ici, en public, elle n’apparaît qu’à la deuxième minute et demie, mais il y a du très beau monde pour vous faire patienter (un exemplaire de L’implosion, pour qui peut nommer [correctement] tout le monde ou presque).

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François Fourquet : 25 thèses sur le capitalisme

François Fourquet m’a adressé le courrier suivant, qu’il m’a aimablement autorisé de reproduire à votre intention.

Cher Paul Jorion,

la lecture de votre article du Débat n° 151 « L’après-capitalisme commence aujourd’hui » m’a procuré un grand plaisir intellectuel et m’a lancé un défi auquel j’ai eu envie répondre. Vous posez la question de la survie du capitalisme. La crise est planétaire, ce n’est pas une simple crise financière, c’est une crise de civilisation, plus grave que celle de 1929, qui va être rejetée dans l’ombre par le sombre éclat de la catastrophe qui s’annonce. Vous émettez deux hypothèses: une hypothèse optimiste: la crise se résorbera comme toutes les autres, après les vaches maigres le beau temps des vaches grasses reviendra; une hypothèse pessimiste: le capitalisme est incapable de s’autoréguler; il est destiné à s’effondrer, non pas pour la raison qu’invoquait Marx (la baisse tendancielle du taux de profit), mais pour d’autres raisons: le capitalisme est incapable 1° de s’autoréguler, 2° de s’auto-adapter en tirant les leçons des crises passées et 3° de prévenir le risque d’emballement dû à l’amélioration des connaissances (de plus en plus de spéculateurs grégaires font la même prévision qui, comme des moutons, les conduit irrésistiblement dans le précipice). Vous proposez qu’une réglementation judicieuse supprime ou contrôle les causes directes de la crise: la spéculation financière; la faculté pour les spéculateurs d’emprunter pour gonfler les capitaux qu’ils risquent (l’effet de levier); l’usage excessif des produits dérivés.

Toute votre argumentation repose sur une équation fondamentale: le « capitalisme » ou « système capitaliste », c’est le marché, ou, pour parler comme Polanyi, le « marché autorégulateur ». Le marché n’est pas capable de s’autoréguler; il faut une intervention extérieure, celle de l’État, qui n’obéit pas à la logique marchande et impose au marché des règles pour éviter la catastrophe in extremis. Cette thèse fait problème sur le plan théorique (car, sur le plan pratique, je ne vois pas de raison de contester vos solutions, qui reposent sur votre expérience financière). Voici en pièce jointe, une mise en question intitulée « 25 thèses sur le capitalisme »: si l’État est, à la rigueur, extérieur au marché, il n’est pas extérieur au « capitalisme »: il en fait partie intégrante.

25 thèses sur le capitalisme

Réponse à Paul Jorion, « L’après-capitalisme commence aujourd’hui » (Le Débat n° 151)

1. Ce qu’on appelle «capitalisme» ne se réduit pas à une entité économique, c’est-à-dire à un ordre social distinct des autres ordres, un système économique, comme le font les marxistes, les trotskystes (Nouveau Parti Anticapitaliste), les altermondialistes (jadis anti-mondialistes); pourtant Marx, qui a inventé le « mode de production capitaliste » (un système), parlait de « société bourgeoise » ou « capitaliste »: le capitalisme ou l’économie ne peuvent être séparés de la société dont ils ne sont qu’un aspect, et non un ordre autonome; le capitalisme comme système économique est une vue de l’esprit;

Continuer la lecture de François Fourquet : 25 thèses sur le capitalisme

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L’Huma, vendredi 12 septembre

« Ce rapport est un aveu d’impuissance »

En page 8, à propos du Rapport Ricol

Aucune des questions posées par le Président de la République ne trouve de réponse. Il ne s’agit pas d’incompétence : le rapport a été rédigé par des experts. Il contourne la question « Comment éviter les crises ? » en nous proposant à la place de « lisser les cycles » dont il sous-entend qu’ils sont la cause des crises. Or, la crise actuelle est inédite, du même ordre de grandeur que celle de 1929, voire pire. Et elle ne résulte nullement d’un cycle, mais de l’accaparement toujours plus grand du surplus économique par les investisseurs et les patrons des entreprises, au détriment des salariés. Les experts financiers ignorent la solution, et pour cause : la réponse à apporter est d’ordre politique. Ce qui ne signifie pas qu’elle doit être réglée par des ingénieurs financiers travaillant à Bruxelles plutôt qu’à Paris : il ne s’agit pas de questions techniques mais de questions de société qui doivent être réglées par un dialogue entre parties prenantes : investisseurs, patrons et salariés, chacun prenant la parole en sa qualité de citoyen.

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Le dernier carré

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Lehman Brothers n’a pas trouvé acheteur. Et alors que tous les yeux étaient tournés vers Lehman, le No 4 des banques d’affaires de Wall Street, le No 3, Merrill Lynch, en a profité pour se vendre à Bank of America. Pas une mauvaise affaire pour ses actionnaires : 29 $ l’action, alors que le titre ne cotait plus que 17.05 $ en clôture vendredi.

Bank of America n’arrête pas de grossir, c’est ce qu’on appelle la consolidation du secteur bancaire : l’ex-Nationsbank de Charlotte, Caroline du Nord, a d’abord acheté Bank of America en 1997, une banque californienne dont elle reprit le nom, puis la banque FleetBoston en 2004, MBNA, jusque-là un des plus gros émetteurs de cartes de crédit, en 2005, LaSalle, la succursale américaine de la banque néerlandaise ABN-AmRo, rachetée en 2007 par un consortium européen (Royal Bank of Scotland, Fortis et Banco Santander), et en 2007, au 1er juillet – nos lecteurs s’en souviendront – l’ange déchu Countrywide, le No 1 du prêt hypothécaire américain.

Pendant ce temps-là, ceux à qui il reste un petit peu d’économies se préparent à soutenir les marchés – qui en auront bien besoin – lundi matin. En premier lieu la Fed qui, non-contente d’avoir déjà pris en pension des Residential Mortgage–Backed Securities à la valeur parfois douteuse, s’apprête à accepter tous les instruments de dette échangeables sur le marché des mises en pension « tri-partite » : tous ceux d' »investment grade », autrement dit « non-junk », mesure visant à soutenir une source de capital immédiat pour les établissements financiers, source menacée depuis déjà un moment. Ensuite, le dernier carré : Bank of America Corp., la Barclays britannique, Citigroup, le Crédit Suisse, Deutsche Bank, Merrill Lynch (bien entendu, l’expression « dernier carré » est un peu excessive dans son cas), Morgan Stanley et UBS, qui vont constituer ensemble une cagnotte de 70 milliards de dollars dans laquelle pourront venir puiser leurs petites sœurs moins fortunées.

Tokyo est apparemment en vacances, et c’est donc aux banques européennes qu’est confié le soin d’endiguer le tsunami avant que New York ne se réveille. Le New York Stock Exchange n’a pas la forme : le future du Dow Jones indique -252 points, soit une baisse prévue de 2,22 %. Si l’on s’en tient là, le mal aura été contenu.

Le fait le plus remarquable – je l’ai fait observer au fil des mois depuis le début de l’année dernière – est qu’aucun des innombrables coupe-feux en place au sein du système financier n’aura pu retarder d’une seule seconde l’avancée de l’incendie. Maintenant, ne subsiste plus que son cœur-même, alors que toutes les défenses sont tombées.

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Un dimanche comme les autres

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Barclays s’est retiré de la discussion : pas assez de garanties pour racheter Lehman. Trois heures plus tard, Bank of America se retire à son tour pour annoncer qu’elle envisage … une fusion avec Merrill Lynch !

American International Group (AIG), la plus grosse compagnie d’assurance aux États–Unis, devait annoncer le 25 de ce mois un plan de restructuration. Ils ont choisi de le faire plutôt demain, vu la plongée du cours de l’action vendredi : -31%.

Rappelons-nous : Lehman Brothers avait annoncé son plan de restructuration mercredi dernier, il lui aura donc fallu exactement quatre jours entre le plan de restructuration et la déclaration de faillite dont on nous dit qu’elle devrait intervenir avant minuit, heure de New York.

Lundi plus quatre jours, cela fait vendredi. Gageons que Mrs. Paulson et Bernanke seront bien occupés également le weekend prochain.

Un dimanche comme les autres.

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Lehman Brothers : Tic-tac, tic-tac…

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Tic-tac, tic-tac…

Il faut qu’une solution soit trouvée ce soir, avant l’ouverture de Tokyo. Sans quoi le ciel nous tombera sur la tête.

Et on ne parle encore ici que de Lehman Bros : on laisse entre parenthèses American International Group (AIG), la plus grosse compagnie d’assurance américaine, dont le cours de l’action a baissé de 46 % la semaine dernière, et Washington Mutual (« WaMu »), la première caisse d’épargne, dont le titre s’est déprécié lui de 36 % en une semaine.

Dernières nouvelles : on sépare dans les avoirs de Lehman, d’un côté, ce qui est revendable, et on en fait une « bonne » banque, et de l’autre, les déchets toxiques, dont on fait une « mauvaise » banque : une citerne parfaitement étanche pour les contenir et dont aucun liquide corrosif ne devrait s’écouler – sous peine de faire s’effondrer le prix de ces produits et avec eux ce qui reste de Wall Street.

Les candidats pour la bonne banque ne manquent pas : la Barclays, Bank of America, HSBC. Qui achètera la mauvaise ? Je veux dire qui assurera la maintenance de la citerne ? Les banquiers sont d’avis que ce devrait être l’Oncle Sam. « Pas du tout ! », déclare celui-ci, « si vous voulez emprunter, j’ai mis en place en mars dernier une structure de prêt, tout spécialement pour les courtiers de Wall Street : c’est fait pour ça ! » Mais c’est que les banques ont en ce moment d’autres soucis que de construire des citernes. Et on les comprend. Qui a raison ? C’est difficile à dire, parce que, et les banques et Oncle Sam, ont énormément à perdre. Je devrais dire, au point où on en est arrivé : « ont tout à perdre ». Quoi qu’il en soit, il faut qu’ils fassent vite : la semaine dernière il a fallu s’occuper de Fannie et Freddie, et à partir de lundi, il faut qu’on s’occupe d’AIG et WaMu – d’urgence !

« Si peu de temps et tant de choses à faire ! », dit le Joker (Jack Nicholson), détruisant systématiquement un centre commercial dans le premier Batman de Tim Burton.

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Le degré zéro de la rébellion

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Je vous ai ménagé jusqu’ici. Ce n’est peut–être pas le sentiment que vous avez mais je vous ai épargné mon amour pour le Country & Western.

Je vous ai déjà parlé des amis qui me faisaient écouter l’Incredible String Band en 1971 (les futurs Aksak Maboul). Ils vous diraient : « Paul aimait la même musique que nous mais il avait aussi cet amour bizarre pour le country ! » Et si c’est à Vincent que vous parlez, il ajoutera : « J’ai toujours des 33 tours à lui : un Hank Williams, un Jeannie C. Riley avec Harper Valley P.T.A. et un Hank Loughlin. Je m’en voudrai toujours de ne pas les lui avoir rendus ! »

Qu’est ce que j’aime dans le Country ? Le fond de ballade irlandaise mâtiné d’un million d’autres influences. La dimension guimauve propre au style n’est pas ma tasse de thé mais j’ai un faible pour le degré zéro de la rébellion qu’on y trouve surtout.

Waylon Jennings est mort en 2001. Il avait été, à ses débuts, le bassiste de Buddy Holly et il devait la vie au fait d’avoir cédé à « Big Bopper », l’auteur de Chantilly Lace, son siège dans l’avion marqué du sceau du destin.

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Lehman Brothers : les proches sont à son chevet

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Les stars de Wall Street sont réunies au chevet de Lehman Brothers, comme elles l’avaient déjà fait il y a dix ans pour Long Term Capital Management, le « hedge fund » des Prix « à la mémoire d’Alfred » Nobel d’économie Myron Scholes et Robert C. Merton, démontrant à quel point tragique ils avaient peu compris la finance contemporaine.

L’éditorial de Vidal dans Les Echos parle de « confiance ». La confiance n’a rien à voir là-dedans : c’est une affaire de solvabilité. Les grandes banques d’affaires de Wall Street se partageaient des commissions astronomiques parce que l’argent regorgeait partout. Ces sommes ne sont plus disponibles et, du coup, l’affaire a cessé d’être rentable. Il n’y a plus que des infrastructures à se partager comme dépouilles et… l’écheveau à démêler des paris que tous ces braves gens ont pris sur la mauvaise santé financière les uns des autres sous la forme de Credit–Default Swaps. On verra bien lundi ce qu’il reste de Wall Street. En attendant : bon weekend !

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Le visible et le caché

Bien que certains des arguments avancés dans ce débat engagé sur les conspirations me laissent perplexe, je ne crois pas qu’il soit vain ou sans intérêt. Il m’intéresse à deux titres : parce qu’il teste ce que doit être une explication, et parce qu’il m’obligera éventuellement – et pourquoi pas ? – à revoir entièrement la manière générale dont j’envisage les choses, en m’obligeant à privilégier le caché par rapport au visible dans les affaires humaines. Mais il en va de lui apparemment comme de la race humaine : trois pas en avant, deux pas en arrière. Tentez tout de même de conserver à l’esprit qu’il s’agit de déterminer si oui ou non un certain nombre de questions se posent et, si oui, de les résoudre.

Nous sommes chacun d’entre nous représentatif d’une des positions possibles dans ce projet que je considère périphérique mais certains d’entre vous, manifestement, central. Peut être la tâche est-elle illusoire et dans ce cas il est bon de le démontrer, mais elle ne consiste en aucun cas à disqualifier l’adversaire théorique en le désignant comme fou aux autres participants du débat : si votre argumentation est bonne, elle doit convaincre, c’est la règle du jeu.

Si nous ne pouvons pas nous y tenir, je clôturerai ce débat.

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Nouvelles de l’édition

Je devrais avoir terminé lundi soir le nouveau livre sur la crise, la suite de L’implosion. Titre provisoire : La crise devient mondiale, à paraître en novembre, également chez Fayard.

Pour ce qui touche à mon manuscrit intitulé Comment la vérité et la réalité furent inventées, il existe un accord de principe avec un grand éditeur français. Il m’a été demandé d’étoffer la partie consacrée aux débuts de la science moderne (XVIIe – XVIIIe) et de rédiger des introductions aux trois grandes parties de l’ouvrage, toutes requêtes éminemment raisonnables auxquelles je répondrai. J’ai promis un manuscrit revu pour la fin de l’année.

Comment la vérité et la réalité furent inventées est un exposé systématique de mes vues en matière de philosophie des sciences : de la mal-nommée « mentalité primitive » au second théorème de Gödel. Il s’agit d’un texte inédit même si la substance de certains de mes textes déjà publiés s’y retrouvera bien évidemment, sous une forme modifiée. Pour un avant-goût donc de ce qu’on pourra y trouver :

Intelligence artificielle et mentalité primitive (1989)

Le miracle grec (2000)

Le mathématicien et sa magie (2001) [il est indiqué là que ce texte fut publié dans L’Homme ; ce ne fut pas le cas : L’Homme se rétracta peu de temps avant la date de publication prévue]

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Le 11 septembre 2008

Certains d’entre vous s’inquiètent de ce que je pense des « sous-débats » qui se déroulent sur ce blog. Comme vous l’avez vu, je les trouve très sains. Je me contente, quand je diffère sensiblement d’opinions exprimées de faire comme vous le faites les uns et les autres : j’exprime la mienne, soit comme commentaire, soit, quand j’ai beaucoup à dire, comme un nouveau billet.

Sur la question du 11 septembre 2001, mon opinion diffère sensiblement de celle avancée par la grande majorité des intervenants en ce qui concerne l’existence d’un complot : je n’y crois pas – même s’il me reste quelques points d’interrogation tenaces. Je m’inquiète davantage aujourd’hui des tentatives de déstabilisation centrées sur l’idée d’un complot ou de la capture des désillusionnés par des gens très mal intentionnés.

Le 11 septembre 2001 est un événement de signification historique et il faut tenter d’en comprendre toutes les causes – je dis bien toutes les causes.

Je lis l’histoire de la race humaine comme un tout et c’est pour cela que je ne distingue pas parmi les morts de cette journée des « victimes innocentes » qu’il faudrait séparer des autres : tous les morts de cette journée furent des victimes. Certains savaient qu’ils allaient mourir et les moyens qu’ils utilisèrent pour faire avancer leur cause n’étaient pas les bons ; la plupart ne savaient pas qu’ils mourraient et je pense à eux, par priorité. Je pense surtout à ceux qui connaissent les circonstances exactes de la mort de leurs proches, à ceux qui doivent vivre avec l’image de leur fils ou de leur fille, de leur père ou de leur mère, sautant du centième étage d’un gratte-ciel en feu. Je pense aussi à ceux dont certaines personnes – avec les meilleures intentions du monde, mais soyez très prudents ! – doutent tout simplement que leurs parents ou leurs amis soient morts dans un champ de Pennsylvanie ou sur le site du Pentagone : à eux je dis « Je sais qu’ils sont morts, je sais que certains sont allés faire le coup de poing et je vous assure que si j’avais été là, j’aurais été l’un d’eux : « Let’s roll ! » » (*).

————-
(*) Quiconque voudrait citer ce paragraphe, doit le citer dans sa totalité.

Septième anniversaire du 11 septembre 2001 (photo Bloomberg)

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Ça craque de partout !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’évoquais hier la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) qui garantit les dépôts dans les banques américaines à concurrence de 100 000 $, à propos des pertes encaissées à la bourse de New York par les actions de Lehman Brothers, de Wachovia ou de Washington Mutual (qui ont encore perdu aujourd’hui respectivement 6,93 %, 7,14 % et 29,70 % de leur valeur). J’ajouterai que la somme peut s’élever à 250 000 $, s’il s’agit d’un compte-retraite.

Que se passe-t-il, si votre banque (américaine) fait faillite et que le montant de vos dépôts dépasse ces chiffres ? Si la banque est rachetée par une autre, l’acheteur est libre de prendre le tout ou d’ignorer ce qui dépasse. Si la banque fait tout simplement faillite, l’argent qui dépasse est en principe perdu par les déposants. En principe, parce que dans la pratique, les banques – et tout particulièrement bien entendu celles qui s’adressent à une clientèle très fortunée – s’assurent à hauteur des montants dépassant les limites garanties par la FDIC.

Or on apprend aujourd’hui que l’une des compagnies qui assurent ainsi les banques se retire du business, manifestement parce que le risque lui paraît désormais trop élevé. Quinze cents banques clientes ont été contactées, quinze cents banques qui devront trouver un autre moyen de rassurer leurs déposants fortunés que leur argent est en sécurité dans leurs coffres-forts.

La personne qui aurait donné l’ordre à cette compagnie d’agir ainsi est son propriétaire, qui n’est autre que l’investisseur vedette, Warren Buffett.

Warren Buffett est un homme avisé qui perd rarement de l’argent. S’il a perdu confiance dans quinze cents banques commerciales américaines, ce n’est pas bon signe. Pas bon signe du tout !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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