France Culture, mardi 18 novembre en direct de 18h30 à 19h15

Du grain à moudre émission de Brice Couturier et Julie Clarini

Peut-on s’attendre à une refondation du système financier international ?

avec
Paul Jorion (au téléphone depuis Santa Monica)
Anthropologue et sociologue
Professeur invité à UCLA, auteur de La crise : des subprimes au séisme financier planétaire (novembre 2008, Fayard) et de L’implosion : la finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la crise des subprimes (Fayard, mai 2008).

Philippe Martin
Professeur à l’école d’Economie de Paris et à Paris 1

Jean-Hervé Lorenzi
Professeur d’économie à l’Université de Paris Dauphine
Membre du Conseil d’Analyse Economique
Conseiller du Directoire de La Compagnie financière Edmond de Rothschild

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Que font les mathématiciens ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

C’est Aristote qui fixa la norme en matière de démonstration, distinguant trois familles de discours selon le statut de leurs prémisses pour ce qui touche à la vérité. La plus rigoureuse des trois est l’analytique dont les prémisses doivent être reconnues comme indiscutablement vraies, suivie de la dialectique dont les prémisses sont seulement « probables » : vraisemblables plutôt que vraies, et enfin de la rhétorique qui ne connaît pas de contraintes quant à la qualité des prémisses : le discours de fiction, par exemple, en relève. À l’intérieur même de chacune de ces trois familles, le Stagirite distingua les types d’argumentation utilisés en fonction de leur valeur probante.

Seule l’analytique relève de la science et c’est donc elle qui devrait seule présider à la démonstration mathématique. Or, durant les Temps Modernes d’abord et durant les Temps Contemporains ensuite, les mathématiciens recoururent toujours davantage dans la démonstration aux types d’argumentation les plus faibles quant à la valeur probante. On pourrait lire là sans doute le signe d’une simple décadence dans la manière dont les mathématiciens démontrent leurs théorèmes. Cette lecture n’est pas fausse mais demeure insuffisante parce qu’elle ignore le glissement « idéologique » qui rend compte du comment et du pourquoi de cette évolution. Ce glissement reflète en fait la conviction croissante des mathématiciens que leur tâche ne s’assimile pas à un processus d’invention mais à une authentique découverte, autrement dit, que leur tâche n’est pas de contribuer à la mise au point d’un outil mais de participer à l’exploration d’un monde. Si l’on souscrit à ce point de vue, la distinction se brouille entre la science, dont l’ambition est de décrire le monde de la Réalité-objective, et les mathématiques qui lui offrent le moyen de réaliser cette ambition. Et cette absence de distinction suppose à son tour, non seulement que la Réalité-objective est constituée des nombres et des relations que les objets mathématiques entretiennent entre eux, mais encore que la réalité ultime inconnaissable, l’Être-donné de la philosophie, est la source d’un tel codage. Or une telle conviction est avérée historiquement et, comme on le sait, caractérisa les disciples de Pythagore, au rang desquels se comptait Platon.

Si le mathématicien est un découvreur et non un inventeur, alors la manière dont il inculque la preuve importe peu puisqu’il décrit en réalité un monde spécifique, celui des nombres et de leurs relations, et peut se contenter d’en faire ressortir les qualités par une méthode apparentée à la méthode expérimentale : circonscrire une réalité et utiliser tous les moyens dont on dispose pour faire émerger une appréhension intuitive de ce qu’elle est ; dans cette perspective, seul compte le résultat, quelle que soit la manière dont on s’y est pris. Dans la démonstration du « second théorème » de Gödel, à l’aide duquel il prouve l’incomplétude de l’arithmétique, la faible valeur probante de certaines parties de sa démonstration n’est pas pertinente à ses yeux puisque sa tâche consiste selon lui à décrire un objet existant en soi. Ne se concevant nullement comme l’inventeur de mathématiques nouvelles mais comme un explorateur de l’univers des nombres et de leurs proportions singulières, il n’a que faire d’une méthodologie dont la rigueur seule garantirait le résultat auquel il aboutit.

Les points de vue des mathématiciens réalistes qui se conçoivent comme découvreurs et des mathématiciens antiréalistes qui s’imaginent inventeurs, peuvent être réconciliés si l’on offre de leur activité à tous une définition opérationnelle qui y voit la génération d’un produit culturel, c’est–à–dire relevant de la manière propre dont notre espèce offre une extension aux processus naturels. Ce produit culturel que les mathématiciens génèrent est une « physique virtuelle » permettant la modélisation du monde sensible de l’Existence-empirique en vue de sa prévisibilité à nos yeux. Cette physique virtuelle n’est ni contrainte de s’astreindre à la rigueur irréprochable des modes de preuve les plus exigeants aux yeux de la logique, ni ne doit s’imaginer décrire une Réalité-objective constituée d’essences mathématiques. La mise au point du calcul différentiel en offrit une illustration lumineuse.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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La Tribune, jeudi 13 novembre

Un tribune libre intitulée De l’audace, rien que de l’audace !

En 1944, au sortir de la deuxième guerre mondiale, les grandes puissances se réunirent aux Etats-Unis, à Bretton Woods dans le New Hampshire. Toutes étaient exsangues, à l’exception de la nation hôte qui avait le bonheur de ne pas avoir connu la guerre sur son sol. Un accord fut conclu : le dollar serait ancré à l’or par une parité fixe, à trente-cinq dollars pour une once d’or. Les autres monnaies seraient liées à l’étalon-or par le truchement de leur taux de change par rapport au dollar.

En 1971, Nixon désancra le dollar par rapport à l’or. Mais rien ne changea vraiment tant que l’économie américaine demeurait la première, et de loin, par rapport aux autres : au lieu de représenter l’or, le dollar représentait désormais la richesse des Etats-Unis. Or, l’accord signé à Bretton Woods permettait à ceux-ci de s’endetter toujours davantage et les encourageait même à le faire. Les ménages américains achetaient sans réserve et ceux qui leur vendaient s’enrichissaient de jour en jour.

A ce jeu, la Chine et les Etats-Unis se sont enlacés ces dix dernières années dans un tango mortifère : la Chine achetait la dette des Etats-Unis sous forme de Bons du Trésor ou de « Residential Mortgage-Backed Securities », obligations adossées à des prêts immobiliers, permettant aux taux de ces instruments de dette de demeurer faibles et d’encourager ainsi l’Etat et les ménages à emprunter davantage. Ce mécanisme a alimenté une bulle de l’immobilier résidentiel, offrant aux propriétaires américains les sommes nécessaires à l’achat de produits chinois en quantités croissantes, ce qui permettait à la Chine d’accumuler des excédents, bouclant ainsi la boucle.

Le moment aurait pu venir où la richesse grandissante de la Chine porterait ombrage à une Amérique de plus en plus endettée. Or, la machine grippa avant même qu’on n’en arrive là. Fin 2006, certains ménages américains cessèrent d’être solvables. Et 2007, cette insolvabilité toucha de plein fouet les banques gavées de dettes titrisées. Un an plus tard, en 2008, l’insolvabilité des banques et des compagnies d’assurance oblige l’Etat américain à combler un puits sans fond : il devra emprunter 550 milliards de dollars avant la fin de l’année et 368 milliards au premier trimestre 2009, tandis que le prix de l’assurance contre le risque de crédit qu’il représente s’envole. C’est l’insolvabilité de l’Amérique qui se profile désormais à l’horizon. D’où l’urgence aujourd’hui d’un nouveau Bretton Woods car les monnaies mondiales demeurent de fait ancrées au dollar.

Alors que faire ? La monnaie constitue une richesse et son ancrage à l’or, matière ayant une valeur en soi, aisément fractionnable et ne s’abîmant que très peu quand il circule, semblait aller de soi. L’étalon-or ne reviendra cependant pas car si l’or constitue une richesse, il n’en représente pas fidèlement le tout. La solution pourrait alors passer par la création d’un panier de devises, plus conforme à la diversité des richesses de la planète, pour remplacer le dollar. Et pourquoi ne pas envisager une autre devise équivalente au dollar ? Une chose est sûre, la situation est gravissime et elle doit encourager à l’audace.

Le moment est venu en effet pour les monnaies de représenter la richesse effective, ce qu’elles n’ont jamais fait ou ont cessé de faire. Elles ont cessé de le faire quand la finance a ajouté au montant de la richesse constituée des biens produits, la somme des paris sur l’évolution des prix. Mais les monnaies n’ont surtout jamais représenté la richesse effective parce que le rôle qu’elles auraient du jouer n’a jamais pas été pensé avant qu’on n’en introduise l’usage. La richesse s’est jusqu’ici toujours évaluée localement et non à l’échelle de la planète.

Or, aujourd’hui, la richesse est de deux types : renouvelable ou non. La distinction entre ces deux richesses importait peu jusqu’ici parce que nous vivions dans un monde qui nous apparaissait vaste et aux ressources illimitées. Il y a la richesse qui nous vient, toujours renouvelée, du soleil, du vent et ou de la pluie, ou de la lune, pour les marées. Et il y a celle enfouie dans le sol qui elle ne se renouvelle pas. Sur celle-ci un propriétaire a écrit son nom, l’a vendue comme étant la sienne et l’a transformée en monnaie. Le jour où cette ressource est épuisée, il part sans avoir à rendre de compte. Mais si cette richesse venait à manquer un jour, nous devrions aller alors la rechercher là où elle pour l’extraire à nouveau. Parfois, elle fut détruite sans espoir de retour, pire, laissant dans son sillage un nuage de gaz toxique ou des mers désertées de ses poissons.

A tout cela nous n’avons jamais pensé : le coût de la perte de l’irremplaçable, du recyclage de l’éparpillé et de la reconstitution de l’empoisonné. Tout ceci, nous ne l’avons jamais intégré à notre calcul de la richesse, et donc dans nos monnaies qui la réflètent. Le véritable enjeu d’un nouveau Bretton Woods serait alors de prendre la vraie dimension d’un monde aux ressources finies. Et nous ne pouvons plus attendre une minute de plus.

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Bloomberg contre la Fed

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un fait divers passé relativement inaperçu mais pourtant fondamental : l’agence de presse Bloomberg a déposé plainte le 7 novembre contre la Fed dans le cadre du Freedom of Information Act pour refus de divulguer des informations publiques.

Jusqu’au 14 septembre, la Fed n’acceptait de prêter de l’argent aux établissement financiers que contre la mise en gage d’instruments de dette de bon aloi : Bons du Trésor et Mortgage–Backed Securities (MBS) émises par Fannie Mae et Freddie Mac. Depuis, elle a ensuite étendu les options en acceptant comme collatéral un peu importe quoi : Asset–Backed Securities (ABS) adossées à des prêts subprime et Collateralized–Debt Obligations (CDO) en particulier. Le résultat ne s’est pas fait attendre : les sommes empruntées ont grimpé de 140 % en sept semaines.

La Fed refuse de divulguer de qui elle a accepté de prendre en pension ces instruments de dette potentiellement toxiques et à quelles conditions. Pourtant si l’emprunteur devait faire défaut elle s’en retrouverait propriétaire. Bloomberg la poursuit en justice : il s’agit dit l’agence de sommes considérables (2 000 milliards de dollars à ce jour) et de l’argent du contribuable et celui-ci a le droit de savoir comment ces sommes sont utilisées. Bloomberg n’en dit pas plus quant aux motifs propres de l’agence mais on peut penser à deux choses : tout d’abord bien sûr le souci d’une agence de presse spécialisée dans l’information financière que cette information lui demeure accessible, ensuite peut–être une préoccupation de son patron, Mr. Mike Bloomberg lui-même, le maire actuel de New York qui, s’il s’est finalement abstenu de poser sa candidature à la présidence des États–Unis, n’a pas pu manquer de remarquer que la défense du contribuable est en ce moment très appréciée des électeurs. Son second mandat de maire de New York touchant bientôt à sa fin, il a récemment réussi à faire voter une mesure lui permettant de briguer un troisième mandat au lieu des deux autorisés jusque-là. Le poste de gouverneur de l’état de New York, auquel il s’intéresse aussi, doit être lui renouvelé en 2010.

La Fed justifie à mots couverts son refus de communiquer le nom des bénéficiaires des prêts ainsi que les sommes avancées pour les instruments de dette mis en pension auprès d’elle, laissant entendre qu’elle ne leur fait pas de cadeau en ne payant que des clopinettes mais qu’il ne serait pas bon que ces prix ridiculement bas soient connus du public. Elle s’expose toutefois à la suspicion légitime qu’elle paie au contraire des prix beaucoup trop élevés, renflouant avec trop de largesse les banquiers avec l’argent du contribuable.

Il existe bien entendu un paradoxe dans le fait que Mr. Paulson, le Ministre des Finances américain, crie sur tous les toits : « Transparence ! Transparence ! », rejoint en cela par Mr. Bernanke, président de la Fed, s’égosillant en chœur : « Transparence ! Transparence ! » mais que quand il leur est demandé de communiquer l’information dont ils sont seuls à disposer, ils s’indignent et déclarent que ce serait très malvenu.

Voilà donc que depuis des mois on s’inquiète de trouver un prix à ces instruments de dette dont plus personne ne veut et que quand la Fed leur assigne précisément un prix en acceptant de les prendre en gage, elle refuse obstinément de dire ce qu’il est. Pourquoi ? Parce que, selon ses dires, elle devrait alors mentionner aussi le nom des parties impliquées et que cela, non seulement les stigmatiserait, mais les désignerait à l’attention des vendeurs à découvert qui se rueraient comme un seul homme pour précipiter leur chute.

Je n’y crois pas. Je ne crois pas non plus que ce soit parce que la Fed brade – encore qu’on ne soit jamais entièrement à l’abri d’une mauvaise surprise de ce côté-là – je crois plutôt qu’elle se refuse à communiquer l’information en raison d’un tabou idéologique : parce qu’il est question ici de prix fixés par la Fed – donc d’une manière détournée par l’État – alors qu’un prix ne dispose que d’une seule manière légitime d’être formé : par le dieu tout-puissant Marché et que tant que celui-ci est dans le coma – comme il l’est depuis plus d’un an déjà – on préférera continuer à prétendre qu’il n’y a pas de prix.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Libre ou asservi ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Deux remarques suscitées par la lecture de vos commentaires à Comprendre la crise, et comprendre la crise.

La première, l’importance attachée par les individus à jouir d’objets (maison, voiture, etc.) dont ils se conçoivent les propriétaires. Or, comme l’expliquent ces propriétaires dans leurs commentaires, les achats de ces objets sont à crédit et l’argent est avancé par la banque. La somme prêtée est donc gagée sur l’objet acheté grâce à elle et la banque a un « premier lien » sur celui-ci en cas de non-paiement des traites. La propriété en question est donc partielle et conditionnelle et ne se distingue d’une location que parce que le « propriétaire » a lui, un « second lien », le droit au résidu (s’il en reste), une fois que la banque aura exercé ses droits à la saisie.

Deuxième remarque : au lieu de mettre tout l’argent dont ils disposent dans le remboursement de leurs dettes, les propriétaires d’objets achetés à crédit en placent une partie en bourse. Les dividendes ne les intéressent pas : ce qu’ils recherchent, c’est la plus-value du titre. En cas de pertes, ils blâment le « marché », en cas de gains, ils se félicitent de leur talent. Le résultat est en réalité aléatoire sur le long terme (il y a des tendances sur le court terme) et le placement s’apparente du coup à une loterie.

C’est à cela que je renvoie quand je dis que les ménages gèrent leur budget en mode de « cavalerie » : ils vivent au-dessus de leurs moyens, s’imaginent être propriétaires d’objets qu’ils louent en réalité (à prix fort) à la banque, et tentent de se refaire à la loterie boursière.

Seule différence entre vous, semble-t-il, que certains y lisent leur liberté, d’autres, leur servitude. Cela renvoie-t-il simplement à une différence de tempérament ? Peut-être. Il s’agit alors d’une prédisposition que l’on a ou n’a pas à 1) se représenter propriétaire alors qu’on ne l’est pas ; 2) s’attribuer du talent quand on a de la chance.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Chine : Le New Deal que l’on n’attendait pas

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J’écrivais dans « Vers la crise du capitalisme américain ? » (La Découverte 2007) :

Dans un monde où les États-Unis risquent de perdre leur leadership sur le plan technologique, la Chine a encore besoin de la locomotive que constitue la consommation des ménages américains. Un jour cependant, le marché indien ainsi que son propre marché intérieur, suffiront amplement à ses ambitions. Elle pourra alors se désintéresser des États-Unis. Son retrait du marché de la dette américaine, où son intervention massive aujourd’hui contribue à maintenir des taux d’intérêt artificiellement bas, précipitera encore davantage la crise déjà amorcée aux États-Unis.

Les choses ne se sont pas passés ainsi : avec l’éclatement de la bulle de l’immobilier, les ménages américains ont vu se tarir la corne d’abondance que constituait la valeur captive dans les murs de leur logement et qui leur permettait d’acheter jusqu’à plus soif des produits de consommation manufacturés en Chine. Du coup, celle-ci est obligée de se tourner vers son marché intérieur beaucoup plus tôt que prévu. Elle l’a apparemment bien compris et alors que l’on attend du nouveau président américain qu’il lance, à l’instar de Franklin D. Roosevelt en 1933, un New Deal, un programme planifié de relance de l’économie, axé sur le plein emploi et une politique de grands travaux, c’est de Chine que vient aujourd’hui l’annonce d’un New Deal.

La croissance en Chine a été de 9 % durant le troisième trimestre 2008, soit 27 % de la croissance mondiale, significativement moins cependant que les 12 % de 2007, mais beaucoup plus que les 0,8 % des États–Unis ou les 1,4 % de l’Union Européenne. Mais la Chine estime que pour atteindre son objectif d’une amélioration globale de la situation de la population chinoise il lui faut maintenir un minimum de 8 % de croissance. Elle a donc décidé de lancer, bien avant le reste du monde, son propre New Deal en y consacrant d’ici à 2010 un budget de 4 000 milliards de yuan, soit 454 milliards d’euros ou 586 milliards de dollars. Une telle somme équivaut à 16 % de son PIB en 2007.

Ce budget sera consacré à la construction de HLM, à la rénovation de l’infrastructure routière et ferroviaire, à une aide à l’agriculture, à l’irrigation et à l’achat de graine en particulier, à un programme de santé et de pensions et à des prêts aux PME. Les taxes sur l’achat de machines-outils et d’équipement industriel en général seront également réduites.

Il était prévu avant l’annonce de ce plan que le PIB de la Chine pour 2009 serait de 7,5 %. Le nouveau programme bonifiera ce chiffre de 2 % pour atteindre 9,5 %, au-dessus donc des 8 % jugés souhaitables pour la bonne santé du pays par ses dirigeants. C’est à l’aune de ce New Deal à la chinoise que celui de Mr. Obama sera désormais jaugé.

Rappel essentiel bien sûr pour toute discussion portant sur des chiffres de croissance : selon le principe qui veut que « faire et défaire, c’est toujours travailler », ces chiffres combinent destruction de l’environnement et efforts encore beaucoup trop maigres de le restaurer. C’est à nous de rappeler sans cesse à nos dirigeants que toute croissance doit viser désormais l’atteinte d’un état stable pour notre planète à un niveau de pollution réduit par rapport à ce qu’il est aujourd’hui.

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Le Monde Economie, lundi 10 novembre

Dans l’édition datée de lundi-mardi, une chronique où je reprends à Mr. Jironovski, et à Mr. Gorbatchev lui-même, le rapprochement Obama / Gorbatchev.

Une resucée du New Deal rooseveltien est à la portée d’Obama mais pourra-t-il aller plus loin ?

La donne de Mr. Obama

Mr. Jirinoski, le politicien russe ultra-nationaliste a commenté l’élection de Barack Obama à la présidence des États–Unis en le qualifiant de « Gorbatchev américain ». Il ne s’agit pas dans sa bouche d’un compliment puisqu’il a précisé que, dans une démarche parallèle à celle du dernier président de l’URSS, il conduirait les États–Unis à leur perte.

Mr. Gorbatchev ne renie pas la comparaison puisque, saluant la victoire d’Obama, il prédit que celui-ci apportera à l’Amérique l’équivalent d’une perestroïka. Deux points de vue opposés sur la fin de l’Union Soviétique et sur ce qui est perçu, par l’un et par l’autre, sinon comme la fin des États–Unis, en tout cas comme la fin pour eux d’une époque.

Quels sont donc ces États–Unis dont la présidence d’Obama signalera nécessairement la fin ? Le gendarme du monde ? Probablement pas, en l’absence d’autres candidats. La fin d’un monde dominé par Wall Street ? Sans aucun doute, car si l’on trouve toujours à la une des journaux les fluctuations de la bourse et les manifestations les plus récentes de la mauvaise santé du secteur bancaire, leur contraction massive au cours des derniers mois signale un recul de fait des activités spéculatives comme moteur de la vie économique, situation qui était devenue la norme depuis les années 1980.

Différence majeure toutefois entre Msrs. Gorbatchev et Obama : l’économie soviétique connut une érosion lente qui permit au premier de consacrer six ans à ses réformes, alors que le capitalisme américain exige du second une réponse immédiate car il a subi un effondrement brutal, précédé seulement de quelques rares signes avant-coureurs.

La tâche d’Obama est donc plus ardue encore que celle de l’ancien président de l’URSS. Autre avantage dont celui-ci disposait : un modèle sur lequel s’aligner, celui du capitalisme américain aujourd’hui en faillite mais où rien ne transparaissait alors des zones de fracture qui se révéleraient en août 2007.

Le seul modèle dont dispose Obama est celui du New Deal rooseveltien de 1933, un modèle social-démocrate que les États–Unis n’excluent donc pas d’office, mais seulement en tant que mesure temporaire, le soutien de la Chambre de Commerce lui étant à jamais refusé. Or, celle-ci demeure historiquement un centre névralgique de la prise de décision aux États–Unis, y compris en matière de politique étrangère : qu’on pense au renversement de Mossadegh en Iran en 1953 dont le monde subit encore aujourd’hui les conséquences, mais aussi à Cuba, à l’Asie du Sud-Est, au Chili et à l’aventure irakienne.

Un nouveau modèle de société est indispensable, mieux adapté que le New Dealà une prise de conscience de la finitude de notre planète et à la nécessité d’une redistribution plus juste du surplus entre investisseurs, dirigeants d’entreprise et salariés. Pris de court par la rapidité de l’effondrement, le monde politique est à la recherche de solutions. Il s’est vainement tourné vers les économistes dont l’attention, retenue par les points de détail, s’était désintéressée de toute vue d’ensemble.

Dans un premier temps, Obama n’aura donc pas d’autre choix qu’un New Deal remis à jour, dont les priorités devraient être de transformer la semi-nationalisation du secteur bancaire par Mr. Paulson en nationalisation franche afin de prévenir le détournement des fonds publics transfusés dans de nouvelles prébendes, une mobilisation de la main d’œuvre libérée par la récession et la contraction des secteurs immobilier et financier en vue de la réfection des infrastructures et d’une reconversion du pays aux transports en commun, le sauvetage de l’immobilier par l’accès des ménages à un refinancement de leurs prêts, en se fixant pour objectif un prix du logement de 15 % moins élevé que son niveau actuel, enfin la mise sur pied d’un système nationalisé d’assurance-maladie.

L’opinion américaine accorde généralement cent jours à une nouvelle administration présidentielle pour faire la preuve de son changement de cap. Il reste à Obama un peu plus de deux mois pour s’y préparer. Souhaitons-lui que parvenu à leur terme ce soit toujours à Mr. Gorbatchev que l’on pense à le comparer et non à un chef d’état dont les cent jours tournèrent au désastre.

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Pour une réhabilitation de l’avenir… par Jean-Paul Vignal

Dans notre série de billets par des invités, Jean-Paul Vignal.

Pour une réhabilitation de l’avenir…

L’échec relatif des « mesures » de replâtrage prises pour calmer les marchés devrait faire réfléchir, mais, même si beaucoup commencent à comprendre qu’il ne s’agit pas d’un accident conjoncturel mais de la manifestation violente d’un dysfonctionnement fonctionnel, il me semble que peu de gens en tirent toutes les conséquence, car je ne crois pas que remplacer pour plus ou moins longtemps les capitalistes par des fonctionnaires va permettre de sortir de l’impasse.

Je crois plutôt que le problème de fond vient de la perception de plus en plus évidente et perçue de l’incompatibilité absolue entre nos modes de vie et, disons, l’intérêt à long terme de l’espèce. Ce n’est pas la « fin de l’histoire » que nous connaissons, c’est la fin de l’avenir, et c’est infiniment plus grave, parce que les « gens » ordinaires commencent à le « savoir », alors que les élites, qu’elles soient politiques ou économiques persistent à l’ignorer, par intérêt pour certains, et par manque d’imagination pour les autres.

Le fonctionnement erratique des soi disant « marchés » est une bonne synthèse/illustration des contradictions qui minent nos sociétés. Ce n’est pas le marché des pères fondateurs du libéralisme qui est en cause. Ce marché là est à l’économie ce que la démocratie est à la politique. C’est le mécanisme de formation des prix qui l’est. Un jour, quand je travaillais à New York au Crédit Agricole, un courtier m’a parié en fin de matinée qu’il se serait payé une Porsche avant la clôture. Ce jour là, le prix des « objets » sur lesquels il a réalisé ses marges n’avait rien à voir avec la réalité d’une quelconque valeur d’usage de ces objets, mais simplement avec son envie d’avoir une Porsche. Je ne dis pas que le marché fonctionne toujours exactement de cette façon, mais c’est quand même l’esprit : comme le dit très bien G. Soros, ce sont les hedgers qui font les prix au gré de leurs fantasmes, beaucoup plus que l’offre et la demande. C’est cela qu’il faut arrêter « hic et nunc ».

L’autre élément important à prendre en compte est la notion d’actualisation. N’ayant plus d’avenir, nous évaluons la valeur d’un projet en fonction de sa valeur actuelle nette. Qu’est que cela veut dire ? Et bien simplement que même avec des taux d’actualisation modérés, le futur (30 à 50 ans, sans même parler de siècle) vaut zéro. Donc exit le futur. Or on devrait faire exactement l’inverse : si ce que nous faisons aujourd’hui dégrade trop l’air, l’eau et les sols, le cout n’est pas zéro, mais il est infini, pas pour la vie sur terre, qui s’en remettra, mais pour l’espèce humaine. Cette problématique, je crois, est au cœur des projets actuels sur l’eau, car, par exemple on attache aujourd’hui plus d’importance a la solvabilité des acheteurs d’eau et à la rentabilité des capitaux investis qu’à toute autre considération.

Je crois que le « yakafokon » du moment est donc plutôt simple :

– supprimer la régulation du marché par la spéculation pour la remplacer par des mécanismes « auto-stables » de type assurance

– mettre un taux d’actualisation de zéro sur les projets qui conservent les ressources naturelles et un taux infini sur ceux qui les détériorent

Et plutôt que de mettre plus d’état dans l’économie, il me semble que l’on devrait réfléchir à la façon de repenser le rôle de l’Etat pour :

– créer et gérer les infrastructures nécessaires à l’économie (éducation, recherche fondamentale, infrastructure de communications et de transports pour les personnes, l’information, l’énergie, les biens…)

– gérer la monnaie

– faire respecter les règles qui garantissent une réelle fluidité du marché

– garantir que les intérêts privés ne sont pas en contradiction avec les intérêts de la collectivité de façon préventive grâce à une planification souple « du bas vers le haut, et de façon curative par une application stricte des législations sociales, des règles de la concurrence et de la protection des ressources naturelles, etc….

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Quand le pas sérieux sert le sérieux

Je consacre moins de temps à mon blog en anglais qu’à celui-ci mais il a l’avantage d’être beaucoup moins sérieux. L’année dernière j’y ai consacré deux de mes billets à des parodies de comptes-rendus de nouvelles écrites par Woody Allen (1). J’ai été récompensé aujourd’hui quand j’ai vu l’un de mes deux textes utilisé comme argument dans un débat – très sérieux celui-là – sur le deux poids deux mesures dans la représentation des Musulmans aux Pays-Bas (2).

–––––––––––––––––––––––––––
(1) Logic and semantics in Woody Allen’s “The UFO Menace” et Woody Allen’s “Death Knocks”.

(2) Blind Horses.

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Comprendre la crise, et comprendre la crise

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Certains d’entre vous ont entrepris une discussion sur les parallèles et divergences existant entre mon blog et celui de Loïc Abadie : TropicalBear.

J’entends d’une part ceux qui disent : Abadie et Jorion se trouvent tous deux dans le camp de ceux qui voient juste et prévoient correctement, et dans ce camp ils sont très peu nombreux, cultivons-les !

Et j’entends ceux qui disent d’autre part : ils ne peuvent être dans le même camp puisqu’Abadie prône la spéculation que Jorion dénonce comme l’une des sources, sinon la source unique, de la crise actuelle.

Les premiers se placent sur le plan de l’épistémologie, les seconds sur celui de l’éthique.

D’autres que moi font de bonnes analyses et si elles sont bonnes, réjouissons-nous : achetez le nouveau livre de Frédéric Lordon !

La spéculation ne disparaîtra pas par le renoncement individuel des spéculateurs, de la même manière que la crise écologique ne sera pas résolue par la conversion personnelle à la simplicité volontaire. Il n’en reste pas moins vrai que prôner la spéculation ou l’encourager par ses conseils, c’est faire la preuve que l’on n’a pas saisi quelque chose d’essentiel sur la crise actuelle. Je rappellerai cette remarque de Lacan que j’ai déjà citée dans l’un de mes billets : « C’est vrai que je dis là la même chose que X mais vous comprenez bien que si X et moi nous disons la même chose, ça ne peut pas avoir la même signification ! »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’effet « Obama » n’a pas eu lieu

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ceux qui espéraient un effet « Obama » sur les marchés financiers doivent déchanter : l’indice DJIA a perdu, en deux séances, 9,7 %, soit la dépréciation la plus brutale qu’ait connu la bourse de New York depuis le krach d’octobre 1987. Le CAC 40 a perdu lui, 8,2 % de sa valeur sur ces deux journées.

Le VIX, notre baromètre de la confusion des marchés, qui s’était récemment refait une petite santé, a subi aujourd’hui une rechute sérieuse, remontant à 63,68 soit un gain de 16,7 % par rapport à hier.

Quant au TED qui mesure la confiance dans les prêts interbancaires, il est pratiquement stationnaire à 2,08 %, encore près du double de son niveau du début septembre, et près de sept fois son niveau de vitesse de croisière, avant que le tarissement du crédit n’intervienne dans les premiers jours d’août 2007.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Les 100 jours d’Obama

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On évalue l’efficacité des présidents américains à ce qu’ils ont pu accomplir durant leurs cent premiers jours. Il faudra encore en attendre soixante-seize avant que Barack Obama n’accède aux rênes du pouvoir. Il a donc tout le temps de se préparer à ce qu’il voudra y mettre. L’état de grâce se maintiendra automatiquement pour lui jusque-là et les cent premiers jours lui seront offerts en prime.

Pour que l’état de grâce se maintienne au-delà de cette première période, il faudra pourtant qu’il s’y soit passé. C’est là que l’on pourra juger dans quelle mesure il est l’otage de ceux qui l’ont fait élire de leurs deniers. « La meilleure démocratie que l’argent permette d’acheter », dit-on en Amérique. La chose est vraie partout mais de manière tout spécialement tangible ici.

En général, le milieu des affaires vote républicain dans son ensemble. Or on a connu cette fois-ci une situation un peu inédite : il s’est en effet fendu en deux : d’un côté, la Chambre de Commerce, de l’autre, Wall Street. La Chambre de Commerce s’est alignée derrière McCain et Wall Street derrière Obama. Le ralliement de Wall Street au nouveau président demeure bien sûr un peu forcé, un peu contre son gré, mais McCain ne lui a pas laissé le choix : voulant tirer parti du sentiment anti-banquiers qu’il a humé dans l’atmosphère, il a vilipendé Wall Street et se l’est aliénée, si bien que quand on organisa pour lui à New York un « fundraiser », un de ces dîners au couvert hors de prix destinés à financer les campagnes électorales, on ne trouva quasiment personne à Wall Street pour y participer.

L’union traditionnelle entre la Chambre de Commerce et Wall Street reposait sur leur alignement commun en faveur d’une politique de laisser-faire : laissez nous nous enrichir comme nous l’entendons et le monde dans son ensemble y trouvera son bénéfice. Or sur cette question de l’autorégulation, Wall Street a jeté l’éponge. Mr. Henry Paulson, ancien PD-G de Goldman Sachs s’est fait social-démocrate même si c’est comme on se rend à Canossa, et Wall Street s’est vue contrainte de suivre. Seule option ouverte alors à celle-ci : limiter l’emprise du socialisme pendu au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès, et pour cela, « the Street » le sait, il lui faudra tout d’abord faire la preuve que les choses s’arrangent.

Alors à quoi consacrer ces cent jours ? Si Obama devait être plus radical en son for intérieur que l’image centriste qu’il a eu à cœur de présenter durant sa campagne, il pourrait s’y prendre si vite que la nation se verrait transformée avant même d’avoir pu s’en rendre compte. Bien sûr quand on le voit recycler au lendemain de son élection les piliers de l’administration Clinton, on peut déjà avoir de sérieux doutes à ce sujet. Il lui faudrait en tout cas transformer en nationalisation franche la semi-nationalisation actuelle du secteur bancaire, ni chair ni poisson, et dont le statut hybride avait certainement été conçu pour lui permettre d’être recyclée à son goût par un nouveau président, qu’il soit alors démocrate ou républicain. Le pays ressent également un besoin urgent d’un système universel d’assurance-maladie : son absence actuelle plombe lourdement le budget des entreprises comme celui des ménages du fait que les compagnies d’assurance-maladie (toutes privées aux États–Unis) ainsi que l’industrie pharmaceutique, dictent aujourd’hui leurs conditions sans qu’aucune instance gouvernementale ne restreigne leur avidité naturelle. Il faudra rapidement les mettre au pas.

Si Obama pouvait obtenir au moins cela, la face du monde n’en serait pas changée mais il aurait en tout cas amélioré ses chances de prolonger l’état de grâce au-delà de ses cent jours initiaux.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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