Les frères Raptout

Si l’on veut éviter que l’histoire prenne ce tour terrible, il est temps de comprendre que tout cela trouve sa source dans le déséquilibre entre le marché et l’état de droit : il réduit la demande, la transfère sur la dette et crée des rentes financières majeures, légales, a-légales, illégales, voire criminelles. Parfaitement conscients des risques que le développement anarchique des marché fait alors courir au monde, les « initiés » font tout pour maximiser leurs profits, comme des voleurs se hâtant de rafler le plus possible d’or dans les coffres d’une banque, prenant tous les risques dans les dernières secondes d’un hold-up, juste avant l’arrivée de la police.

Il est temps de comprendre que les contribuables paient aujourd’hui les bonus des banquiers qui les ont plongés dans une pareille situation. Il est aussi temps de voir que cette crise peut représenter une chance pour le monde, ultime alerte sur tous les dangers d’une globalisation anarchique et gaspilleuse.

Jacques Attali, La crise, et après ? (Fayard 2008).

Je reviendrai plus longuement sur ce livre court mais percutant.

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Pourquoi il n’y a pas de « création monétaire » par les banques commerciales, par Helmut Creutz

J’ai écrit hier que cela me prendrait cinq ans de mettre au point une théorie de la monnaie qui me satisfasse. Je n’avais envisagé qu’un seul cas : celui où nous serions seuls, vous et moi, travaillant ensemble. Or, j’ai reçu du renfort, par courrier. Ute Höft me fait parvenir un exemplaire de Le syndrome de la monnaie de Helmut Creutz, originellement paru en 1993 et traduit de l’allemand par Economica en 2008.

Je vais pouvoir gagner du temps parce que l’auteur analyse de nombreux aspects de la monnaie auxquels je n’ai pas encore l’occasion de réfléchir, et que sur ceux dont j’ai débattu ici, nous disons lui et moi strictement la même chose.

Donc si mes explications pourquoi les banques commerciales ne créent pas de monnaie ex nihilo vous ont convaincu, vous n’apprendrez peut–être pas grand-chose en lisant les pages du livre que je reproduis ci-dessous (169 à 171) mais si vous croyez toujours à la création monétaire par les banques commerciales, un autre auteur réussira peut-être là où j’ai échoué jusqu’ici.

(Vous reconnaîtrez au passage dans le texte de Creutz mon « principe de conservation des quantités », mon explication des masses monétaires en termes de double emploi, ma « reconnaissance de dette », ainsi que la distinction que je fais entre flux monétaires et opérations comptables).

La « surmultiplication de la création monétaire »

La plupart des livres d’enseignement affirment que les possibilités de création monétaire des banques sont en principe illimitées. Elles ne sont restreintes que par des ratios d’encaisse ou de réserves bancaires qu’elles doivent maintenir auprès des banques centrales ou d’émission, soit de plein gré, soit parce qu’elles y sont obligées. Et cette relation entre le montant des réserves et l’accroissement monétaire est même calculée par les théoriciens de la surmultiplication de la création monétaire avec une grande exactitude mathématique. Si les réserves se montent en tout à 5 % du portefeuille des dépôts, les banques peuvent, à partir de chaque dépôt bancaire effectué créer un montant de crédit dix-neuf fois supérieur, neuf fois supérieur en cas de réserves de 10 % et quatre fois supérieur en cas de réserve de 20 %. Le résultat de la création monétaire est donc inversement proportionnel au montant des réserves retenues.

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Comment les gens vivaient durant la crise

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Je me souviens avoir lu à propos de Kepler, l’astronome du XVIIe siècle, qu’il poursuivait imperturbablement ses calculs sur l’orbite de mars dans les étages alors qu’on s’entretuait au rez-de-chaussée dans le cadre de la guerre civile qui déchirait alors l’Autriche. Si vous vous demandez ce que l’on ressent au milieu d’une crise, regardez autour de vous : pas grand-chose. Une vague inquiétude, une certaine irritation peut–être, mais l’espèce est ainsi faite qu’elle présente cette capacité infinie à interpréter ce qui se passe autour d’elle comme business as usual. On consacre à ce genre d’insensibilité des romans et des films mémorables. Mes parents m’ont raconté l’histoire du cousin recherché, caché pendant plusieurs années de la Guerre de Quarante dans le placard de l’appartement où j’ai ensuite grandi, et qui sort quelquefois la nuit pour prendre un peu l’air, au bras de ma mère et déguisé en mon père, malgré les barrages aux deux bouts de la rue abritant un énorme dépôt de munitions. Et moi-même d’ailleurs, caché sous un escalier à Monrovia au Libéria, alors que les soldats se précipitent au premier étage à ma recherche, et que je me contente de me dire pendant tout le temps que je suis là : « Allons bon ! »

À l’heure du déjeuner je suis allé jusqu’à l’estacade, le Santa Monica Pier, m’offrir un petit luxe : un bol de crevettes au Café de la Plage. Qui aurait pu deviner en nous découvrant les autres mangeurs et moi que le pays est au coeur d’une catastrophe qui fera sans doute pâlir en comparaison la Grande Crise des années trente, que Wall Street a été engloutie cette année sans espoir de retour, que les P-DG de General Motors, Ford et Chrysler sont en ce moment en train de mendier à Washington pour que la faillite de leur compagnie ait lieu sans trop de déshonneur.

Ça ne m’a même pas coupé l’appétit : l’espèce est très résistante. Comment les gens vivaient durant la crise ? Les pessimistes pensaient qu’elle se terminerait le lendemain et les optimistes, qu’elle n’avait jamais eu lieu.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Ce n’est qu’un début

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Je ne l’ai pas précisé dans le billet précédent – je le fais maintenant : ce n’est qu’un début. Des billets comme celui-là, avant que je ne sois content du résultat final, il y en aura cent. Et à vue de nez, cela me prendra cinq ans, minimum. Parce que oui, effectivement, il faudra parler de la monnaie centrale, et des intérêts et de la spéculation… Et je ne m’arrêterai pas en si bon chemin : je couvrirai l’ensemble des instruments de dette et l’ensemble des produits dérivés, les marchés au comptant et les marchés à terme… et il faut qu’il en sorte une constitution pour l’économie : il faut que mes dix-sept ans dans la finance servent à quelque chose. Donc on n’est pas près d’être rendus !

Mais je procéderai de cette manière : un pas de souris à la fois – et il m’arrivera de faire marche-arrière – pour une reconstruction générale de notre compréhension de la monnaie. Certains d’entre vous sont prêts à s’embarquer dans cette grande aventure : d’ailleurs, ils y sont déjà.

Ah ! il ne faut pas que j’oublie que j’ai été pêcheur breton dans mon jeune âge : « Si j’ai l’bonheur de vivre… »

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Monnaie, « monnaie scripturale » et… monnaie

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Je voudrais revenir sur une question que j’ai déjà évoquée dans mon billet intitulé Le monde enchanté de Maurice Allais où je dissèque une citation de Maurice Allais et montre où est l’erreur de raisonnement. Ce billet appartenait à la phase « déconstruction ». Vous avez été nombreux à appeler à une phase de « reconstruction » et vous vous y êtes mis d’ailleurs sans m’attendre et vous avez bien fait. Le moment est venu de m’y mettre moi aussi parce que même si je ne pense pas qu’il y ait de scandale criant dans le mécanisme de création de la masse monétaire, une chose m’est apparue en tout cas clairement : le phénomène de la monnaie est très mal compris et encore plus mal expliqué.

Plusieurs d’entre vous se sont attaqués à la monnaie dans une perspective linguistique ou épistémologique, ce qui n’est pas un mauvais angle d’approche, même si on peut se perdre aussi très facilement dans ce labyrinthe. Je vais commencer par reprendre au philosophe des sciences Wolfgang Stegmüller la distinction qu’il a introduite entre « concept théorique » et « notion pré-systématique » (1). Un « concept théorique » a un sens fixé une fois pour toutes, une « notion pré-systématique » a un sens encore lâche : « tout le monde la comprend » mais en réalité, tout le monde la comprend différemment – suivez mon regard !

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Détournements de fonds

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L’avantage de faire des propositions de réforme au plus haut niveau qui soit : celui des principes, comme dans le cas d’un article de constitution, c’est qu’on n’est pas obligé d’entrer dans les détails, d’écrire des règlements minutieux où l’on oubliera une clause apparemment insignifiante mais pourtant essentielle et qui fera que l’esprit de la loi soit détourné.

Ma proposition, « Les paris sur l’évolution d’un prix sont interdits » va dans ce sens. Je la ressors chaque fois que j’entends évoquer des mesures à l’emporte-pièce du type : « Interdisons la vente à découvert ! » ou « Interdisons les produits dérivés ! » Je réponds, « Non, cela fera plus de tort que de bien : interdisons les paris sur l’évolution d’un prix et comme par enchantement tout ce qu’il y a de mauvais dans les produits dérivés sera éliminé et tout ce qu’il y a de bon sera conservé ». Le problème, évidemment, c’est que le comment ne s’explique pas dans un texte de la longueur d’un blog et qu’il faudra donc bien que je démontre cela un jour de manière détaillée, dans un article ou dans un livre.

Ce qui m’y a fait repenser, c’est un article aujourd’hui dans le Wall Street Journal, à propos de Goldman Sachs et qui explique ce qui était autrefois (rien n’est plus comme avant, ma bonne Dame !) une activité juteuse de la banque : son portefeuille d’« investissements en difficulté », comprenant des prêts automobiles impayés en Thaïlande, la dette d’un fabricant de liqueur en Corée du Sud ou des clubs de golf en faillite au Japon. L’article n’explique pas pourquoi il s’agissait d’une activité juteuse mais je le devine aisément à partir d’autres cas qui me sont bien connus : exemptions d’impôts !

Savez-vous pourquoi Citigroup et Wells Fargo se sont disputés comme des charretiers au mois d’octobre dernier autour de la dépouille encore fumante de Wachovia, qui fut le No 5 des banques américaines ? Le 29 septembre, Citigroup annonçait racheter les avoirs de la banque en détresse pour 2,16 milliards de dollars. Le lendemain, le fisc américain annonçait un changement dans le régime de la déductibilité d’impôts pour les sociétés en cas de pertes. Le 3 octobre, Wells Fargo annonçait qu’elle était prête à acheter Wachovia pour une somme beaucoup plus élevée que celle offerte par Citigroup : 12,2 milliards de dollars. Wells Fargo l’emporta puisque son offre constituait une meilleure affaire pour le contribuable américain. Or cela reste à voir : les pertes subies par Wells Fargo lui permettront une déduction d’impôt de 25 milliards.

Tout ça n’est pas neuf bien entendu : il y a quelques années une des cinq grandes firmes comptables internationales proposait aux grandes fortunes de cotiser à un fonds situé dans un paradis fiscal dont les avoirs étaient constitués de… pertes gigantesques subies par des sociétés. Bénéfice de l’opération ? Même topo : des déductions d’impôt.

Mais le plus bel exemple à mon avis est offert par la COLI, la Corporate-Owned Life Insurance, une assurance-vie prise par une compagnie sur ses employés. Comment la famille en bénéficie-t-elle ? Pensez-vous, elle n’en bénéficie pas ! Traditionnellement, l’assuré n’était même pas averti qu’une assurance le couvrait (la loi a été modifiée : il doit maintenant en être informé), ce qui avait valu au système ses surnoms amusants de janitor insurance assurance-vie de l’homme-à-tout-faire ou de dead peasant insurance, du paysan mort . But de l’opération : tirer parti du fait que le bénéfice d’une assurance-vie n’est pas taxable. La chute de mon histoire vous amusera j’en suis sûr encore davantage : à quoi est utilisée la déduction d’impôt des COLI ? Dans les retraites complémentaires et les « parachutes dorés » des dirigeants de ces entreprises.

Comment interdire de telles pratiques au niveau des principes ? C’est simple : « Les assurances-vie dont tous les bénéficiaires riront bruyamment du bon tour joué au contribuable sont interdites ».

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Montagnes russes

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J’ai fait cette constatation empirique relative à la nature humaine que l’on accorde beaucoup plus de poids à ce que j’avance quand la bourse baisse que quand elle est à la hausse. Alors, avec une chute aujourd’hui de 5,59 % du CAC 40 et de 7,70 % du Dow Jones Industrial Average à la bourse de New York, je suis presque assuré de vous voir suspendu à mes lèvres.

J’ai annoncé de grands désastres à venir et je ne me suis encore jamais ravisé, alors quand la bourse grimpe on se dit : « Il s’est peut–être trompé ! Après tout, tant mieux ! » Moi, j’adopte alors un profil bas : je connais les « fondamentaux » comme on dit, et je sais que je n’aurai pas longtemps à attendre avant de pouvoir repointer mon nez.

La demande baisse aux États–Unis, que l’on déclare aujourd’hui en récession depuis décembre dernier. Un an pour déceler une récession, bravo ! Je vous l’annonçais moi le 2 février, dans Les États–Unis sont-ils en récession ?, pas trop mal pour le repérage, et avec dix mois d’avance sur les économistes officiels. Après une période d’optimisme modéré, j’ai le sentiment qu’on reparlera beaucoup de finance et d’économie dans les jours qui viennent, accrochez-vous !

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Le Monde Economie, le lundi 1er décembre

J’attire l’attention dans ma chronique sur la nomination d’Henry Waxman à la tête du Comité du Congrès américain pour l’Énergie et le Commerce. Je vois dans l’émergence de cet « ultra-vert » à un poste clé, un tournant pour les États–Unis, voire même pour la planète toute entière.

Un tournant pour la planète ?

C’est apparemment une toute petite nouvelle qui tomba le 21 novembre, mais c’est la plus importante aux États–Unis depuis l’élection de Barack Obama à la présidence, et ce pourrait apparaître rétrospectivement comme un tournant dans la manière dont nous gérons la planète : l’éviction à la tête du Comité du Congrès pour l’Énergie et le Commerce, de John Dingell, un démocrate congressiste depuis 1955, âgé aujourd’hui de 82 ans, et son remplacement par Henry Waxman un autre démocrate, un « jeune » de 69 ans. La manœuvre est inhabituelle en ce qu’elle bouleverse une tradition bien établie de préséance par l’âge et s’apparente à un petit coup d’état orchestré par Nancy Pelosi, chef de la majorité démocrate au Congrès, avec la bénédiction de Mr. Obama lui-même.

Le sens de ce coup se comprendra immédiatement si l’on sait que Mr. Waxman est qualifié par ses adversaires d’« ultra-vert » et de « cauchemar de l’industrie pétrolière ». Les parlementaires démocrates en ont eu assez des manœuvres dilatoires de John Dingell en matière d’environnement. Originaire de Détroit, siège de l’industrie automobile américaine, Dingell avait en particulier fait capoter une initiative de l’état de Californie visant à restreindre les émissions de CO2 et à forcer l’industrie automobile de réduire considérablement la consommation de ses véhicules. Waxman avait répondu du tac-au-tac, lançant une enquête du Comité de Surveillance du Congrès et de Réforme du Gouvernement, comité moins influent mais à la tête duquel il se trouvait depuis le raz-de-marée électoral démocrate de 2006, investigation qui mit en évidence des interférences illégales de la Maison Blanche dans le fonctionnement de l’Agence américaine pour la Protection de l’Environnement.

Le « coup » souligne l’antagonisme entre deux courants du parti démocrate : une aile ouvriériste, prête à toutes les compromissions en matière d’environnement à condition que soient maintenus les emplois dans l’industrie automobile, et une aile verte qui entend faire plier le milieu industriel devant les impératifs du développement durable. C’est dans ce contexte qu’il faut situer les insinuations de « guerre de classe » en provenance de Détroit, suggérant que le coup émane de Hollywood (entendez : « artistes irresponsables ») ou de Beverly Hills (entendez : « les riches »), la circonscription électorale de Waxman couvrant effectivement les deux (ainsi que Santa Monica et Malibu).

Les deux tiers environ des projets de loi passent entre les mains du Comité du Congrès pour l’Énergie et le Commerce car ses attributions sont nombreuses, couvrant outre l’énergie et le commerce, l’environnement et le réchauffement climatique, ainsi que la santé et les télécommunications. Waxman est en particulier à l’origine d’un plan visant une réduction des émissions de CO2 de 15 % en 2020 et de 80 % en 2050, et c’est dans un tel cadre « purifié » que se situe pour lui l’avenir de Détroit. Il est également connu pour son offensive contre l’industrie du tabac, pour avoir mis en évidence 237 affirmations intentionnellement mensongères de l’administration Bush quant à la menace constituée par l’Irak dans la période précédant son invasion, il est aussi depuis plus de vingt ans l’avocat d’un système de sécurité sociale, dans un pays où l’assurance-maladie, uniquement privée, est extrêmement chère et laisse une partie importante de la population sans couverture.

« Il se pourrait bien que notre rôle soit aussi historique que celui du Congrès de 1933 », a déclaré Mr. Waxman. 1933, c’est bien entendu l’instauration du New Deal par Franklin D. Roosevelt qui en cent jours changea l’Amérique. Mr. Waxman est plus ambitieux encore : Dingell avait placé dans son bureau un grand cliché de la NASA représentant la Terre, et c’est d’elle toute entière qu’il entend s’occuper de manière très urgente.

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Est-ce que je pense vraiment ce que j’écris ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’un d’entre vous me demande – en privé – si je pense vraiment ce que j’écris dans mes billets, et la même question transparaît ici et là dans vos commentaires. Vous vous demandez en d’autres termes si je ne me fais pas souvent l’avocat du diable.

J’ai choisi d’afficher vos commentaires et je m’y tiens, malgré un filtrage des propos injurieux que j’ai dû introduire (comme vous avez pu le constater, je suis plus tolérant à l’égard des insultes qui me sont adressées qu’à l’égard de celles que vous vous adressez les uns aux autres). Afficher vos commentaires pour les ignorer serait condescendant et hypocrite. Les prendre tous au sérieux serait excessif et provoquerait la consternation de la plupart d’entre vous : ceux qui tiennent pour acquis que la conversation doit présenter un niveau de qualité minimal.

Alors comme je l’ai déjà dit, j’utilise égoïstement vos réactions pour apprendre, et de manière plus altruiste, je vous fais partager le résultat pour tirer le parti maximum de cette nouvelle opportunité apparue avec l’Internet de constituer, selon l’expression que nous avons déjà utilisée à plusieurs reprises, un « cerveau collectif ».

Cela fait-il de moi l’avocat du diable ? Non au sens où je ne dis jamais le contraire de ce que je pense. Ce n’est pas mon intérêt d’ailleurs puisque ce que j’écris à votre intention est public et peut être cité en-dehors de nos discussions comme représentant mon point de vue. Mais cependant oui au sens où je prends au sérieux mon rôle de catalyseur, ce qui m’encourage parfois à présenter la position à laquelle je souscris personnellement comme moins certaine que je ne le pense, ou à l’inverse, comme plus sûre que je n’en suis convaincu. C’est là la manière pratique que j’ai découverte de maximiser votre apport. Ce faisant, j’exige beaucoup de vous je le sais, et j’en vois certains se décourager quelquefois ou, relevant le défi, se retrouver accablés d’épuisement. Mais ils reviennent à la charge, et j’y lis la confirmation de mon propre sentiment : qu’ils pensent comme moi que le jeu en vaut véritablement la chandelle.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Marianne, samedi 29 novembre

Entretien croisé Jean-Luc Gréau / Paul Jorion

Les mêmes questions nous sont posées – nous ignorons ce que l’autre dira.

Apparemment c’est aujourd’hui.

Le texte original de l’entretien

Questions à Jean-Luc Gréau et Paul Jorion

1/ On parle d’un futur « Bretton Woods ». Est-ce imaginable dans l’état actuel de la mondialisation en expansion.

Oui. Mais il faut impliquer tout le monde. Ou au moins que quelqu’un parle au nom des plus petits sans quoi ils seront obligés un fois de plus d’être les dindons de la farce, à savoir que les plus gros prennent des décisions qui les arrangent eux, sur le dos des plus petits dont les ressources sont alors drainées inexorablement. Il faut inventer une approche qui les protègent. mieux encore, que si un certain déséquilibre ne puisse être évité, qu’il joue en leur faveur – ce ne serait qu’un juste retour des choses après plusieurs siècles de colonialisme et un demi-siècle de néo-colonialisme.

Toute initiative qui remet les choses à plat six-cinq ans plus tard au plus haut niveau mondial est bonne en soi. Même si les Américains tirent les marrons du feu en ce moment, pour ce qui touche au dollar, leur responsabilité dans la crise qui secoue le monde actuellement les oblige à davantage d’humilité qu’en 1944 quand le monde entier sauf eux était à genoux.

2/ Ne faut-il pas en priorité maîtriser les marchés, diminuer leur poids et diminuer le surprélèvement qu’ils opèrent sur l’économie dite réelle ? Comment faire ?

La finance s’était hypertrophiée au sein de l’économie au cours des derniers cinquante ans. En raison du fait que chaque devise est utilisée au sein de son univers pour tous les usages possibles, son utilisation dans les paris sur les variations de prix, créée par l’invention des produits financiers dérivés, a pu prendre une taille grotesque, minimisant à côté d’elle l’utilisation pour les activités économiques productives : celles qui créent réellement de la richesse. Ce poids elle est en train de le perdre à vive allure que l’on veuille ou non : les grands coups de balanciers des marchés font des victimes tous les jours et sur les marchés qui ne sont pas « à somme nulle » comme le bourse, l’argent qui se perd est perdu pour de bon. Il faudra simplement empêcher qu’une fois toutes les bulles des cinquante dernières années crevées, on ne permette à de nouvelles de se créer.

Je propose depuis quelques temps : « Les paris sur l’évolution de prix sont interdits ». On me dit, c’est impossible, la réduction de taille d’activité financière aurait des conséquences terribles pour l’économie. La réduction de cette taille est en train de s’accomplir sous nos yeux. Si l’on craint l’impact de la mesure que je préconise, qu’on attende encore un peu et qu’on ne l’impose qu’une fois que le navire repose sur le fond. Le risque de réduction aura disparu puisqu’elle aura pleinement eu lieu par le mouvement naturel de sa chute libre actuelle. On interdira alors les paris sur l’évolution des prix et la finance repartira au sein de ce nouveau cadre redessiné à un niveau que seules les richesses réelles déterminent, sur la base d’un rapport désormais beaucoup plus sain entre finance et économie réelle

3/Une gouvernance économique est-elle au moins envisageable pour éviter la fluctuation des grandes monnaies ?

Le problème des devises en ce moment, c’est qu’elles tombent toutes en raison de la récession mondiale qui les engouffre. Les tensions entre elles sont simplement dues au fait que certaines tombent plus vite que d’autres. Chaque zone monétaire a ses propres problèmes liées aux économies qui utilisent ces devises, et qu’elle essaie de régler avec le vieux tromblon de la manipulation des taux à court terme. Il faudrait reléguer cette arme là où elle a sa place : au musée des antiquités. Il faut protéger les économies, et ce ne pourra pas être fait sans nouvelle donne dans la redistribution du surplus : rétablir la place des salaires puisque c’est le travail humain qui jusqu’à nouvel ordre crée la richesses.

Certains proposent de permettre aux zones monétaires de contrôler la circulation des capitaux entre elles, ce n’est pas une solution à long terme, puisqu’il faut au contraire aller vers un ordre monétaire mondial. D’autre part le problème que posait la circulation des capitaux était essentiellement un problème d’avant-crise : il s’est d’une certaine manière réglé de lui-même en mourant d’indigestion.

4/ Ne faut-il pas aussi un nouveau New Deal ? Mais aujourd’hui ne s’agit-il pas d’un nouveau contrat social pour un partage équitable entre le capital et le travail. Et quels en seraient les contours ?

Il faut ôter aux banques centrales le pouvoir de manipuler les taux courts : il s’agit d’une simple arme de guerre contre les salariés. A force de l’avoir employée il ne reste plus assez de ressources à ceux-ci pour acheter les produits qu’on les encourage artificiellement à consommer pour que la machine productive continue de tourner. La logique qui sous-tend le système tout entier est absurde et il faut la remettre à plat. Le fait que l’on ait suppléé à des salaires en voie de disparition, en raison de l’avidité croissante des investisseurs et dirigeants d’entreprises, par du crédit à la consommation a conduit l’ensemble des ménages à vivre en régime de cavalerie. Quand la pyramide s’est écroulée, le système est entré dans la spirale d’autodestruction que nous observons en ce moment.

5/ La moralisation ou la refondation du capitalisme est-ce un maquillage de l’indigence de la réflexion sur l’état réel de l’économie ? Le mesures actuelles sont elles encore selon vous prisonnières du modèle néo-libéral ?

Le capitalisme sous sa forme actuelle n’est pas moralisable : le système financier fondé sur le pari sur l’évolution des prix est ancré dans le conflit d’intérêts. il offre une telle prime à la fraude que le fonctionnement normal du système est un mode où chacun triche partout où l’occasion lui en est donnée, du délit d’initié à la comptabilité « créative » en passant par l’anti-datage des stock options. Le fonctionnement des salles de marché des établissements financiers repose entièrement sur le délit d’initié que constitue la connaissance des ordres des clients et l’exploitation faite pour son propre profit de cette information « confidentielle » aux yeux du monde, mais nullement pour soi.

L’interdiction des paris sur l’évolution des prix introduira une moralisation immédiate des pratiques en éliminant la prime à la fraude.

L’appel à la moralisation est en effet un substitut aux authentiques remèdes. Ceci dit, la science économique du demi-siècle passé, en n’ayant produit aucun savoir qui pourrait être d’application dans la crise, ne facilite certainement pas les choses : les idées font défaut quant à ce que pourraient être les remèdes.

6/ Peut-on faire confiance à un personnel politique qui a jusqu’à présent accompagné, voire favorisé l’expansion des marchés financiers ?

D’abord, nous n’avons pas tellement le choix : nous ne pouvons pas leur faire confiance mais ils savent aussi qu’ils sont sous étroite surveillance. Tout dépend d’une seule chose : sont-ils de simples marionnettes entre les mains des pouvoirs d’argent ou sont-ils autonomes, au sens de capables de prendre de réelles initiatives en réponse aux pressions qui montent de la base, à savoir du peuple qui les a élus ? Une certaine festivité au soir de l’élection présidentielle suggère que la première hypothèse est correcte, d’autres initiatives semblent indiquer un authentique sens de l’État : le souci de s’identifier à la cause commune et de bénéficier de l’aura qui en découle. Mais baste, dans une situation de péril et d’urgence telle celle que nous traversons aujourd’hui, qu’importe la sincérité ! Comme dit un vieux proverbe chinois : « Qu’importe le couleur du chat s’il attrape les souris ! »

7/ Quels sont selon vous les meilleurs arguments qui pourraient aider à se débarrasser de la vulgate néo-libérale ? Et quelles sont les forces politiques selon vous capables de mettre en œuvre ce projet en France et au sein de l’Union Européenne ?

Le meilleur argument en faveur de le vulgate néo-libérale était celui de l’efficacité des marchés laissés à eux-mêmes et la capacité de capitalisme à s’autoréguler. Espérons que la virulence de la crise actuelle a permis qu’aux yeux du public ces crédos ont rejoint une fois pour toutes leur destination naturelle : six pieds sous terre.

Ces forces politiques n’existent pas aujourd’hui : la droite s’est engagée tout entière aux côtés du système qui s’écroule sous nos yeux par pans entiers. La gauche est tétanisée depuis la chute du mur de Berlin. Elle a été incapable en vingt ans de proposer le moindre projet de société alternatif. Les verts mettent l’accent sur des points essentiels mais là aussi aucun réel projet, sinon des utopies à ce point indigestes que l’espèce humaine ne pourrait que les recracher.

Les seules forces politiques susceptibles de forcer le pouvoir dans la voie des changements nécessaires doivent émaner aujourd’hui de la base, dans l’ignorance absolue des clivages politiques traditionnels, elles sont fondées sur l’urgence qui accompagne le sentiment que l’espèce est menacée dans son existence. Un sentiment de cette nature peut être à la source de toutes les dérives. Il faut que les politiques se réveillent et se rallient à ce mouvement de base, pour mettre leur expérience de la chose politique au service de la canalisation de cette colère dans le cadre de la démocratie.

8/ Hors la mise à pied de Monsieur Barroso quelles sont selon vous le mesures les plus urgentes à prendre ?

La crise a pris une telle ampleur que le personnalité des individus n’importe plus : les forces qui nous emportent sont collectives.

Il faut donner à l’information le temps de circuler. La tentation existe pour sauver ce qui peut encore l’être d’introduire de l’opacité : on l’a vu récemment, permettre aux entreprises de valoriser leurs avoirs à leur guise au lieu de s’en référer au prix du marché parce que celui-ci est si bas qu’il suggère que l’insolvabilité est universelle. Il vaudrait beaucoup mieux rendre le temps au temps, en gelant provisoirement les marchés à l’aide de moratoires et de suspensions de cotation. Cela donnerait à chacun l’occasion de reprendre ses esprits. Cela permettrait aussi de donner l’occasion à certains secteurs du système financier condamnés de mourir de leur belle mort, en s’abstenant de les ressusciter à la fin de la période de gel.

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Claude Lévi-Strauss, penseur

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Claude Lévi-Strauss a aujourd’hui cent ans. J’ai assisté à ses cours au Collège de France de 1969 à 1971. J’ai été admis à son séminaire en 1970-1971. Lorsque je me suis présenté à la première séance de la saison 1971-1972, j’ai appris que mon nom ne figurait pas sur la liste de l’année nouvelle. Il faut dire que j’avais été bien impertinent et les preuves sont là : un film où vous verriez un jeune homme de vingt-quatre ans très sûr de lui, foulard au cou, interrompant avec impatience les errances de certains de ses aînés. Bah ! Lévi-Strauss n’était pas si respectueux lui-même : il avait l’art consommé d’écouter l’un de ses invités s’embrouiller dans ses explications et puis quand celui-ci était parvenu en bout de course, de lui demander : « Est-ce que vous avez voulu dire XY ? », et de restituer à l’intention du malheureux abasourdi ce qu’il tentait vainement depuis plus de dix ans de formuler clairement. Zap ! le rayon de la mort de l’intelligence absolue ! réduisant instantanément l’innocente victime en un monticule de cendres ! Comme chez Lacan, mais sans l’ironie qu’on trouvait chez celui-ci, l’auto-ironie surtout : le fin message que le scepticisme demeure l’horizon nécessaire et que nul ne peut se prendre complètement au sérieux. L’intelligence chez Lévi-Strauss est une chose au contraire éminemment sérieuse sur laquelle on ne transige pas : l’intelligence est en marche, silence dans les rangs !

Lacan et moi, nous nous sommes parlés quelques fois, et ce fut un jour assez tendu mais en une autre occasion, ce fut avec force clins d’œil. Mes conversations avec Lévi-Strauss furent toujours une toute autre affaire : comme deux joueurs de go, et comme si l’avenir du monde en dépendait. J’avais perdu en 1984 mon poste de jeune professeur à Cambridge. En 1990, j’avais derrière moi six ans de vains efforts pour retrouver un autre emploi dans ma branche et quand Jean-François Casanova m’offrit de travailler avec lui à la Banque de l’Union Européenne je lui en fus extrêmement reconnaissant. Il restait cependant une formalité à accomplir : informer Lévi-Strauss de ma défection et obtenir son aval. J’ignore si la chose lui paraissait pertinente ou non mais mon sentiment personnel était celui d’une trahison vis–à–vis de ma discipline et il comprit en tout cas parfaitement le sens de ma démarche. Nous eûmes à cette occasion notre plus longue conversation. Nous avons parlé de mathématiques et de physique essentiellement et je connus une fois de plus cet émerveillement qui m’avait transporté durant ses cours et ses séminaires : écouter avec recueillement le plus mathématicien des non-mathématiciens, l’homme qui répéta durant des dizaines d’années qu’il n’entendait rien aux mathématiques mais dont la moindre réflexion est d’une rigueur et d’une structure purement algébrique !

J’ai terminé il y a une dizaine de jours la rédaction de Comment la vérité et la réalité furent inventées. Ce n’est ni un ouvrage lévi-straussien, ni non plus foucaldien. Je l’ai néanmoins conçu comme se situant au point de rencontre de La pensée sauvage et de Les mots et les choses. Il est trop tard malheureusement pour que Foucault en soit informé mais heureusement encore temps, du moins je l’espère, pour que Claude Lévi-Strauss ait connaissance de l’existence d’un tel hommage infiniment respectueux.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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De l’art de situer les scandales au bon endroit

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le problème essentiel avec « ex nihilo », c’est qu’il intervient dans l’expression « le scandale de la création monétaire ex nihilo ». Ceux qui évoquent l’« ex nihilo » ne l’invoquent jamais que pour rappeler le scandale qu’il constituerait.

Quand Paul Grignon utilise deux fois la notion de réserve fractionnaire dans des sens différents pour montrer que le capital d’un banquier lui permet de toucher des intérêts sur une somme 90 fois plus élevée, il y a scandale. Quand on lui montre qu’il se trompe dans son propre calcul et que le nombre qu’il cherche est 81, le scandale est un peu plus petit. Quand on souligne à son intention que la première partie de son raisonnement repose sur sa mécompréhension de la notion de réserve fractionnaire et que la seule multiplication que celle-ci génère dans son calcul est par un facteur de 8,1 , le scandale a cette fois diminué de taille de manière significative. Quand on attire ensuite son attention sur le fait que sa « création ex nihilo » est une opération comptable enregistrant l’existence d’une dette, liée à une présentation particulière, celle du système « à double entrée », accompagnée d’un vrai transfert d’argent (reçu par le vendeur de la maison, par exemple) qui sera suivie d’une opération comptable en sens inverse de « destruction ex quelque chose », quand l’argent vrai sera remboursé, on est en droit de lui demander : « Où est le scandale ? Dans les intérêts qui seront versés sur la vraie somme d’argent qui a vraiment été prêtée ? ». Parce que je ne suis pas prêt à lire un scandale dans son multiplicateur par 90 qui est une suite d’erreurs de calculs. S’il dit « Oui, c’est dans le fait qu’il faille verser des intérêts », je lui réponds : « Très bien, parlons-en ! ». On en est là !

Si « ex nihilo » était invoqué tout seul, sans scandale à la clé, j’aurais autre chose à répondre : vous envisagez la monnaie comme un système clos et quand elle augmente vous criez au miracle, or, c’est un système ouvert : nous faisons des paris sur l’avenir, nous avançons de l’argent à celui qui va créer de la richesse et nous lui réclamons une partie de celle-ci que nous appelons intérêts ou dividendes (en sus du remboursement) comme dédommagement du temps qui a passé (durant lequel notre argent aurait pu créer d’autres richesses), du risque que nous avons pris en lui faisant confiance et parce que c’est après tout grâce à notre argent que cet accroissement de richesse a pu avoir lieu.

Si je prête de l’argent à quelqu’un parce que son salaire n’est pas suffisant pour nourrir sa famille et que je lui réclame des intérêts, je ferais peut–être mieux de m’abstenir et à tout prendre, cet argent, il vaudrait bien mieux que je le lui donne, puisqu’il est clair que moi je peux m’en passer. Mais le vrai scandale bien entendu c’est que nous vivons dans un monde où il y a des gens qui n’ont pas à bouffer et que ça ne nous empêche pas de dormir. Le jour où ça nous empêchera de dormir, nous serons prêts à situer les scandales là où ils existent.

PS : Oui, il y a des banques qui fraudent, il y a des rémunérations injustifiées dans le monde de la finance, etc. Vous en trouverez de nombreuses illustrations dans mes livres. Ce dont je parle aujourd’hui, c’est de scandales, pas d’escroqueries à la petite semaine.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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