L’ENA hors les murs, mars 2009

En portugais.

J’ai déjà publié sous le titre Les lemmings un extrait de cet article qui paraît dans le numéro du mois de mars de l’ENA hors les murs. Le voici dans son intégralité.

Les enjeux historiques de la crise

Lorsqu’il devint intolérable aux hommes que la question de la paix civile demeure irrésolue (Jean-Claude Michéa souligne à juste titre le rôle joué ici par les guerres de religion), ils inventèrent la démocratie. La nature du système économique est une question qui fut alors laissée entre parenthèses, étant apparemment moins urgente à résoudre. On conserva donc le même, qui ne fit que se complexifier et connut des crises de plus en plus fréquentes et de plus en plus sévères. L’ultime manifestation de ces crises est celle que l’on connaît aujourd’hui, débouchant sur ce qui pourrait bien s’avérer être un arrêt pur et simple du système financier et de l’économie. Á cette situation, il faudra bien entendu trouver une solution même si nous ignorons aujourd’hui quelles pourraient être les alternatives au système économique qui est le nôtre.

Antérieurement à l’avènement de la démocratie, les hommes réglaient leurs affaires sur un mode spontané caractérisant les processus naturels laissés à eux-mêmes. À la suite de la parution de Sur l’origine des espèces (1859), on prit l’habitude de qualifier de « darwinien » ce type de mécanisme et on le résume en quelques mots comme une concurrence généralisée réglée par la loi du plus fort et débouchant souvent sur l’élimination des plus faibles.

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UN COUP POUR RIEN par François Leclerc

Billet invité

Un Conseil de l’Europe informel s’est tenu dimanche à Bruxelles, initialement prévu pour harmoniser les positions des pays européens en vue du G 20 de Londres On se demandait avant sa tenue ce que serait son ordre du jour, de nombreuses questions étant évoquées, la question est toujours sans réponse, bien qu’il se soit tenu, car il a donné toutes les apparences d’un sommet pour rien.

L’information importante est venu d’ailleurs, avec l’annonce de la rencontre de mardi prochain entre George Brown et Barack Obama, qui a d’ores et déjà relégué ce sommet au second rang.

« Je crois qu’il n’y a pas de défis si difficiles qu’ils ne puissent être relevés par l’Amérique, la Grande-Bretagne et le monde s’ils travaillent ensemble » écrit dans le Sunday Times le premier ministre britannique. « C’est pourquoi le président Obama et moi-même discuterons cette semaine d’un nouveau New Deal mondial, dont l’impact pourra s’étendre des villages d’Afrique à la réforme des institutions financières de Londres et New York » a-t-il ajouté, faisant référence au New Deal de Roosevelt. Il en décrit les grandes lignes (tout du moins pour la partie publique des accords à venir): il s’agirait d’« un accord selon lequel chaque pays injecterait des ressources dans son économie » en faveur d’« une relance verte de l’économie », tous les pays s’étant « mis d’accord sur des principes communs de régulation financière » et sur « des changements dans leur système bancaire ».

Le G20, dans l’esprit de Gordon Brown, n’aurait plus qu’à entériner ce plan. Il se résume dans l’état à de simples effets d’annonce, mais il pourrait annoncer des réformes à minima, concoctées entre représentants des deux principales financières, celles par qui le malheur est arrivé.

La tentative d’y opposer un front européen a donc pour l’instant fait long feu. Car si le Conseil de ‘Europe s’est penché avec attention sur la crise, c’est sur celle de l’industrie automobile européenne qu’il a planché, pour laquelle Nicolas Sarkozy souhaitait l’adoption de principe d’un « plan global de soutien». On a les ambitions que l’on peut. Angela Merkel, la chancelière allemande, a en plus torpillé ce projet en souhaitant que soit étudié un renforcement des prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI) en faveur du secteur automobile. Autant de soutien que les pays de l’Est n’auraient pas, c’est un choix.

Afin de sauver les apparences et de justifier ce Conseil Européen, il a été annoncé avec des flonflons un accord à propos des actifs toxiques et de ce qu’il faut en faire, un plat réchauffé des annonces déjà effectuées par la Commission, un ensemble de principes qui se contentent d’encadrer de manière très vague les modalités très floues de solutions laissées de toute manière à la discrétion des Etats membres, à quelques formalités près permettant à la Commission de sauver la face. Cerise sur le gâteau, ces principes devront encore être adoptés formellement par le prochain Conseil de l’Europe.

La décision la plus importante aura finalement été un refus, celui qui a été opposé à la demande d’un plan d’aide global des pays de l’Est, une sorte de « plan Marshall » les aidant à faire face à la crise. Ferenc Gyurcsany, le Premier ministre hongrois, a demandé d’éviter « la mise en place d’un nouveau rideau de fer », 5 ans après l’entrée dans l’Union européenne de 10 pays d’Europe centrale et orientale. Réclamant vainement l’adoption d’un plan d’aide aux banques de l’Est d’un montant de 160 à 190 milliards d’euros, un montant que pourraient selon lui réunir la BEI, la BERD et le FMI, avec le soutien de la BCE.

Les dirigeants européens ont été pour une fois unanimement très clairs, ils n’ont pas dit qu’ils n’en avaient pas les moyens, ils n’ont pas répondu qu’ils avaient comme principal souci de soutenir leur industrie automobile (au détriment de celles de leurs voisins de l’Est si besoin). Non, ils ont obligeamment répondu que leur devoir de solidarité les amènerait à considérer la question de l’aide au cas par cas. José Manuel Barroso, président de la Commission, a évoqué pour sa part un « véritable esprit de solidarité », sans l’assortir de la moindre proposition concrète. Pour faire bonne mesure, le premier ministre luxembourgeois et chef de file de l’Eurogroup, Jean-Claude Junker, a fermé l’autre porte en déclarant qu’il n’était pas question d’assouplir « du jour au lendemain » les critères d’adhésion à la zone euro, l’issue de secours de ces pays, notamment la Hongrie et la Pologne, qui réclament un tel assouplissement. Des ouvertures timides sont apparues sur le calendrier, mais assortis (pour l’instant) de la nécessité de rester inflexibles sur les critères d’adhésion. Au train où est partie cette discussion…

Pour ne pas être en reste de ces décisions capitales, la BCE s’apprêterait à abaisser son principal taux directeur à 1,50%, une diminution que la plupart des commentateurs considèrent comme totalement insuffisante.

L’Europe politique, qui n’allait déjà pas très bien, donne l’impression d’être à la dérive, sans un seul point d’appui. Le communiqué final de la réunion souligne que « le protectionnisme n’est pas la réponse à la crise actuelle ». Les chefs d’Etat et de gouvernement affirment également leur volonté de faire « une utilisation maximale du marché unique pour soutenir la croissance et l’emploi ». Voilà une bonne chose de dite, sinon de faite. Munis d’un tel viatique, ils ne sont au moins pas entrés totalement bredouilles chez eux.

Bonne nouvelle dans ce désastre, la présidence tchèque aura son sommet, un de plus, qui aura lieu entre les Etats-Unis et les dirigeants de l’UE le 5 avril à Prague, après le G20 et le sommet de l’OTAN. Peut-être cette nouvelle réunion permettra-t-elle de préparer les suivantes…

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L’actualité de la crise : Du neuf avec du vieux, par François Leclerc

Billet invité.

DU NEUF AVEC DU VIEUX

Quelle avalanche continue d’informations de tous les coins de la planète ! Difficile d’en rendre compte, sauf à écrire un roman. La tentation est de resserrer la synthèse, plutôt que de procéder à une nouvelle litanie.

En préambule, le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a déclaré vendredi dernier depuis Moscou que « la crise est loin d’être terminée, elle n’a pas atteint son apogée », il n’est peut-être pas un expert, mais on lui accordera d’être bien informé. Deux cas peuvent être cités à cet égard. Celui du Danemark, réputé pour son insolente bonne santé pour être assis sur son tas d’hydrocarbures, qui est à son tour atteint, avec une baisse de 2% de son PIB au 4e trimestre. Celui de la Chine, dont le premier ministre, Wen Jiabao, qui s’efforce de faire bonne figure, annonce que son plan de relance donne de premiers résultats, mais n’est pas plus crédible que les chiffres sur lesquels il s’appuie, car dans son pays les statistiques économiques sont connues pour très politiques.

Que nous enseigne l’actualité de ces derniers jours ?

1. Là où elle était déjà constatée, la récession s’approfondit. Partout ailleurs, elle apparaît

Chaque jour qui passe, des grandes entreprises hier prestigieuses, parfois déjà renflouées, viennent frapper à la porte des gouvernements et demander d’urgence de l’aide. La planète entière subit les effets contagieux d’une crise globale, dont on ne sait plus très bien démêler les aspects financiers et économiques, tellement ils s’entraînent et se conjuguent les uns et les autres.

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Le bourdon

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

« Et le blues engendra le rythm ‘n blues. Et le rythm ‘n blues engendra le rock ‘n roll ». Mais ce n’est pas là son seul titre de gloire, bien entendu.

« The blues ain’t nothin’ but a good man feelin’ bad », dit un refrain bien connu. C’est vrai : le blues, ce n’est rien d’autre qu’un brave type qu’a un coup d’bourdon, et nous avons donc tous chanté le blues un jour ou l’autre, même sans connaître la musique.

Deux de mes chanteurs de blues préférés : Mississipi John Hurt et Lighthin’ Hopkins. Du premier, si vous ne le connaissez pas, je vous recommande l’album « Avalon Blues » : tous les enregistrements qu’il fit en 1928 pour la compagnie Okeh.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Nos propos confidentiels

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mon cher de Champignac (vous êtes bien Comte, n’est-ce pas ?), je crains que vous n’ayiez pas encore bien compris la dynamique très complexe du style « blog » et c’est ce qui vous conduit à vous poser des questions comme « Qui sait qui vous lit ? » ou « Qui sait ce qu’il ou elle en fait ? » Vous dites :

… quelle est l’utilité de notre statut actuel de commentateurs « bloguistes », tout mieux informés que la moyenne des gens que nous soyons, sachant que l’absence totale de relais dans les grands médias n’a pas la moindre influence réelle sur les instances où les décisions se prennent ?

Le blogueur suppose qu’on le lit et c’est pour cela qu’il écrit. Ensuite, certains petits compteurs – qui s’intéressent à la publicité mais on peut ignorer cela – viennent le conforter et lui montrer où on le lit et pour combien de temps à la fois. Avec un peu d’habitude, il arrive à lire ces cartes : il voit ces pics de lecture soudains à Zurich, à Francfort ou à Bruxelles. Il reconnaît en certains de ses commentateurs habituels des personnalités. Parfois il ne les reconnaît pas mais d’autres blogueurs les lui signalent.

Aussi, à votre question,

… est-ce que ce n’est pas, finalement, une énorme perte de temps, ou une erreur fondamentale, de discuter, commenter, comme nous le faisons ici (et de manière très confidentielle), de telle ou telle option/configuration de la tuyauterie financière ?

je vous réponds, « Confidentiel, ce qui se lit ici ? Vous plaisantez ! Voyez ceci ! »

Et ceci (pensez bien qu’il ne s’agit pour Bruxelles que de la seule commune de Bruxelles – comme si vous ne considériez à Paris que le 1er arrondissement : personne n’habite Bruxelles proprement dit, il n’y a là que des administrations) :

et encore ici :

Allons, soyons sérieux !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le projet de budget de Mr. Obama

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mr. Obama dit :

Les investissements prudents en matière d’éducation, d’énergie propre, de santé furent sacrifiés en faveur de diminutions d’impôt pour les riches et les gens qui ont des relations. Dans la perspective de ces choix, Washington a ignoré les pressions qui ont rendu la vie des familles des classes-moyennes très ardue. Il n’y a pas de mal à faire de l’argent mais quelque chose ne marche pas quand nous acceptons que la donne soit à ce point biaisée en faveur d’un si petit nombre.

Les républicains ont vu ça et ont immédiatement crié à la « lutte des classes ». Ça fait pourtant longtemps qu’ils la mènent avec de gros moyens mais comme les riches devenus pauvres dont parlait Jacques Attali, puisqu’ils ont moins l’habitude des revers, quand ils en subissent ça leur fait plus mal qu’aux autres.

Je lis le long document présentant les mesures qu’envisage le projet de budget et c’est un long réquisitoire contre les deux administrations Bush. Ce n’est pas piqué des vers et on se demande parfois à la lecture s’il est possible que l’indignation provoque une indigestion. Non pas que ce qui est dit ne soit pas pleinement mérité, et on est conduit en effet à la lecture à se poser quelques questions de fond à propos de la démocratie : qu’est-ce qui pousse les peuples à voter démocratiquement, au suffrage universel, pour des gens qui ne cachent nullement que leur objectif quand ils auront accédé au pouvoir sera de piller la nation à leur profit et à celui de leurs proches ?

Ça se fait bien entendu aussi dans les entreprises, mais c’est différent, parce que ceux qui ont le privilège d’entendre ce genre d’allocutions savent dans ce cas-là qu’ils feront partie des heureux bénéficiaires. Je vois deux explications possibles, qui se recoupent sans doute partiellement : le fait que certains électeurs sont rétribués d’une manière ou d’une autre pour voter comme ils le font, et la peur : peur des autres, peur de l’avenir, qui vous fait voter pour celui qui vous dit qu’avec lui, on n’aura plus peur. Ce genre d’assurances suffit amplement à certains.

Quel héritage en effet, mes amis, que celui de Mr. Obama ! La guimbarde US of A pourra-t-elle jamais reprendre la route ? Bonne question en effet. Aussi ce qu’il fait essentiellement dans ce discours présidentiel de présentation du nouveau budget, c’est prendre les Américains à témoin et leur dire : « Voyez de quoi je suis en train de prendre livraison : d’un pays vidé de sa substance par 25 années de reaganisme, d’impuissance clintonienne et de Bushisme ! On va essayer, mais on ne promet rien ! »

Ce sera dur en effet. Touchons du bois pour lui parce que quand je lis l’analyse contenue dans son allocution, j’ai un doute sérieux. Ce discours rebelle s’exprime en effet encore toujours dans l’idiome de l’ennemi. On y entend toujours les relents de l’individualisme méthodologique cher à l’école économique de Chicago : quand les banques ne prêtent pas à des clients qui ne pourraient pas les rembourser, on parle toujours de « confiance à rétablir » au lieu de parler d’insolvabilité généralisée, quand il est question de l’alliance des investisseurs (alias capitalistes) et des dirigeants d’entreprises (alias patrons) et de la manière dont « leurs intérêts furent alignés grâce aux stock options », on parle toujours d’« imprudence dans la gestion du risque », au lieu de collusion.

Mr. Obama, écoutez attentivement ce que vous disent vos ennemis républicains à la vue de votre projet de budget : ils s’indignent et s’écrient « lutte des classes ! » Avez-vous noté que quand ils parlent d’eux-mêmes, ils n’utilisent que le langage de la psychologie aseptisée qu’ils ont qualifiée abusivement de « science économique », mais que quand ils parlent de vous ils adoptent, par un soudain miracle, le vocabulaire de la sociologie et de la science politique ? Ceci veut dire une chose : qu’ils comprennent très bien comment les choses se passent – du moins quand ça leur convient.

Oui, ils s’expriment comme von Mises, von Hayek et Rothbard quand ils parlent d’eux-mêmes, c’est–à–dire en termes de « masses monétaires », mais quand ils parlent de vous, ce sont les mots de Marx qui leur viennent à la bouche, comme si c’étaient les seuls qu’ils connaissent ! Aussi, cessez d’adopter la grille de lecture que se sont appliqués vos ennemis, en termes de bons sentiments individuels : évaluez les rapports de force, analysez leurs intérêts et étudiez les structures qu’ils ont mises en place. Oui : ils ont cassé la machine mais leur capacité de nuire reste entière : ils étaient à terre mais l’argent du contribuable les a requinqués !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : « Yes, he must ! », par François Leclerc

Billet invité.

YES, HE MUST !

Pas toujours aussi direct, l’éditorial du Monde de mercredi analyse sans fioritures le discours de Barack Obama : après le « Yes, I can », nous avons eu droit au « Yes, we will », pour éviter un « Yes, he must », assène le quotidien vespéral. Le discours était effectivement plein de bonnes intentions, dont certains se traduiront sans doute dans les faits, mais également plein d’imprécisions, nous commençons à en avoir l’habitude. C’est le règne des bouts de ficelle qui se poursuit, dont chaque pelote coûte une fortune, mais on ne voit toujours pas s’annoncer cette refonte du capitalisme qui semble inévitable et dont l’avènement, s’il intervient, s’annonce lointain et laborieux. Sanction désormais habituelle, la réaction de Wall Street ne s’est pas fait attendre, les cours ont baissé, peut-être parce que les marchés ne savent plus à quel capitalisme se vouer.

Les éléments de cette refonte se mettent pourtant progressivement en place, isolément les uns des autres. Il est donc possible d’essayer de les mettre bout à bout. De tirer le petit fil rouge de la raison, comme disait Rouletabille. De raisonner dans un monde très déraisonnable.

Le commerce international connaît une forte contraction des échanges, alors que Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, stoïque et persévérant, vient de lancer un énième appel à conclure les négociations du cycle de Doha, si ce n’est pour la gloire, tout du moins pour l’histoire. Cette contraction relativise tous ces discours contre le protectionnisme que nous entendons. Mais de quel poids pèsent les mesures incontestablement protectionnistes que l’on a pu enregistrer, face à ce mouvement de repli involontaire car dû à la récession économique ? Il est parfois jugé préférable de combattre des moulins à vent que d’affronter la tempête.

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L’actualité de la crise. Obama : l’enlisement, par François Leclerc

Billet invité.

OBAMA : L’ENLISEMENT

Vers où tourner la tête, quand cela continue partout de dégringoler ? Vers le cœur de la crise, les USA, d’où tout est parti et où beaucoup doit être réparé. Là, en dépit de la succession ininterrompue de plans de sauvetages, de soutien et de relances, dont les montants s’expriment à chaque fois en centaines de milliards de dollars, la situation semble toujours incontrôlée. Chaque jour qui passe apporte ses nouvelles incertitudes. Ce ne sont pas les spéculations de mardi de Ben Bernanke, président de la Fed, destinées à rassurer les membres du Congrès, qui pourront y répondre («…il y a une perspective raisonnable que la récession s’achève en 2009 et que 2010 soit une année de reprise »), ni les « vigoureux messages d’espoir » prononcés par Barack Obama et annoncés par son porte-parole Robert Gibbs, et qui n’ont pas manqué de l’être : « Notre économie est affaiblie et notre confiance ébranlée; nous vivons des temps difficiles et incertains ; mais ce soir je veux que tous les Américains sachent ceci : nous allons reconstruire, nous allons nous rétablir, et les Etats-Unis d’Amérique en sortiront plus forts qu’auparavant ». Le service de presse de la Maison Blanche avait pris la précaution de communiquer par avance quelques extraits du discours, dont cette phrase clé destinée à être reprise dans les médias.

Nous n’en sommes pas à nous demander comment, demain, la société américaine pourra soit recommencer à vivre à crédit sans compter, soit vivre autrement et on se demande bien comment. Ni comment le couple sino-américain va pouvoir réaménager son idylle financière et commerciale, brisée par la crise mais toujours indispensable. Non, la question pendante reste, toujours et de manière lancinante, comment guérir le système financier américain des maux qui le paralysent et l’enfoncent progressivement ? En attendant de le savoir, on continue de bricoler en Europe, les Britanniques ayant seul désormais un plan de route plus ou moins ficelé. Les maux, on les connaît, les remèdes, on ne les applique qu’au compte-gouttes.

L’administration Obama semble avoir fait preuve d’une certaine naïveté politique avec ses tentatives de conciliation et de recherche d’un consensus avec les Républicains. En réalité, elle a probablement voulu tester la possibilité de prendre des mesures plus audacieuses, qui nécessitaient un large accord politique, mais le résultat n’a pas été probant, c’est le moins que l’on puisse dire. Dans ces conditions, l’équation que le Trésor et la Fed avaient à résoudre devenait sans solution solide. D’où la poursuite de ce cortège désordonné de demi-mesures, de cadres généraux d’intervention, pétitions de principes dont la concrétisation reste vague, la pose de rustines dont la taille n’est jamais suffisante, n’exprimant rien d’autre qu’une difficulté endémique à choisir, une fois pour toutes, un plan financier musclé, à l’image de ceux conçus dans le but de favoriser la relance économique. La nouvelle administration continue de donner, comme la précédente, l’impression de ne pas savoir sur quel pied danser. Faut-il se demander pourquoi ?

Est-ce, comme on le lit beaucoup, qu’il y a des mots qui tuent dans ce pays, ou en tout cas qui font mal, comme celui de nationalisation ? Et que nous assisterions à un blocage de nature idéologique, culturel pour tout dire ? Comme la réaction des Républicains pourrait le faire penser, qui se raccrochent à leurs dogmes ? Mais qu’en est-il, alors, de ce pragmatisme tant vanté par ailleurs, et qui fait aussi partie des bagages ? N’est-ce pas, plutôt, parce qu’une résistance désespérée des milieux financiers et de ce qu’ils représentent dans la société américaine fait obstacle aux timides velléités d’un appareil politique et d’une administration, totalement impréparés à l’épreuve qu’ils traversent et qui naviguent au plus près, sans recul possible, imprégnés des compromissions sur lesquelles ils sont bâtis ? Il faut appeler un chat un chat.

Voilà pourquoi, en dépit des appels réitérés lancés par des universitaires et des économistes reconnus et respectés, aucune mesure radicale et tranchée n’est toujours adoptée, et que les USA s’enlisent dans la crise, avec le monde entier à leur suite par la même occasion. Les USA ne montrent pas la voie, ils la bouchent, et avec une certaine persévérance. A leur décharge, ils ne sont pas les seuls. A ce jeu, Ils ont d’ores et déjà irrémédiablement perdu une partie de leur stature. C’est la poursuite du déclin.

Le savoir-faire reconnu de Timothy Geithner, hier Président de la Fed de New York (depuis 2003, et à ce titre en charge de la gestion de Wall Street), aujourd’hui secrétaire d’Etat au Trésor, ne lui est visiblement pas d’une grande aide dans cette crise. Il exprime à lui seul l’impasse dans laquelle le système financier américain est entré, l’incapacité qu’il a de trouver en lui-même les ressorts de son aggiornamento. Témoignant même d’un fort acharnement à démontrer que sa restructuration est impossible. Ne pouvant pas aborder de front les questions qui fâchent, Timothy Geithner ne peut donc les résoudre. Cherchant à ménager la chair d’un système financier dont il a une pratique étendue, il ne parvient pas à accomplir le délit d’anthropophagie, le seul que ce système rebelle à la réforme n’ait jamais commis. Sa nomination était en gage. Comme le maintien de Ben Bernanke, le président de la Fed, nommé par George W. Bush en 2005. A eux deux, ils expriment la continuité là où il faudrait le changement.

Barack Obama a hier soir mis en scène au Congrès une tentative de rassurer les Américains, qui en ont bien besoin, en étant sur tous les fronts et en multipliant les promesses. Moins de déficit, plus d’argent pour les banques, a-t-il annoncé, et pour l’industrie automobile, plus d’argent pour des prêts et une loi « pour réformer un système de régulation dépassé ». Il n’y avait pas d’autre solution que d’annoncer une nouvelle pluie de dollars. Ni le lieu ni les circonstances ne se prêtaient à donner le détail de mesures qui vont être très attendues. Leur financement aussi.

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La Tribune, mercredi 25 février 2009

Opinion : Aider les emprunteurs sans oublier les banques

On a d’abord cru que le plan Obama sur l’immobilier résidentiel américain, annoncé la semaine dernière, était une manière de sauver ce secteur, mais ce n’est pas cela : il s’agit de tout autre chose : d’un plan social de sauvetage de la tranche la plus basse de la classe moyenne américaine, visant en réalité le même segment de population que les mesures annoncées en France par Nicolas Sarkozy le 18 février. Si ce n’est qu’avec le plan Obama, l’attention se focalise exclusivement sur les propriétaires de leur logement.

L’immobilier américain entra en crise à la fin de l’année 2006, lorsque le prix du logement plafonna. Le marché s’était adapté à une situation de hausse constante du prix des maisons et de nombreux propriétaires récents ne pouvaient s’acquitter de leurs traites qu’à condition que cette hausse se poursuive, refinançant leur prêt tous les six mois en réalignant le montant emprunté sur le nouveau prix atteint à la hausse. Les sommes dégagées par la vache à lait que constituait leur logement étaient alors consacrées par les ménages à une débauche d’achats de biens de consommation importés d’Extrême-Orient… et à s’acquitter des traites de leur crédit immobilier.

Depuis la fin 2006, le montant total du crédit immobilier américain est tombé de 13,8 mille milliards à 10,5 mille milliards de dollars, et le nombre de familles dont le logement est saisi ou qui se déclarent en faillite personnelle ne cesse de grimper : pour ces dernières, 934.000 en 2008, contre 727.000 en 2007).

Le plan Obama tente d’endiguer l’hémorragie, non pas de l’immobilier mais des populations les plus vulnérables : il vise les 5 millions de ménages les plus exposés à une saisie prochaine et s’efforce de les tirer d’affaire. Un chiffre à valeur symbolique dans l’opération : 31 %, la part des revenus bruts d’un ménage au-delà de laquelle le gouvernement considère aujourd’hui qu’il est quasi-impossible à celui-ci de s’acquitter des traites d’un crédit immobilier. Il s’agit là d’un réajustement drastique si l’on considère qu’aux beaux temps de la bulle, le maximum envisagé par les organismes de prêt était de 55 %. Ce chiffre aberrant tenait compte bien entendu du fait que l’immobilier était en mode de « machine de Ponzi », comme l’on dit maintenant pour rendre hommage à Carlo Ponzi, le champion américain de la cavalerie (en 1919 et 1920).

En charge du plan, Fannie Mae et Freddie, mesure logique si l’on pense que ce sont les prêts qui furent titrisés par elles qui sont visées uniquement par le plan. Ces Government–Sponsored Entities sont désormais quasi-nationalisées, mais pas suffisamment cependant pour que les acheteurs habituels des Residential Mortgage–Backed Securities, les titres adossés à des crédits immobiliers qu’elles émettent, ne se plaignent amèrement que la garantie qu’en offre le gouvernement américain demeure aujourd’hui encore « implicite ». Les GSE reçoivent en effet 200 milliards sur les 275 que comprend le plan dans sa totalité. Ces sommes sont consacrées à aider les emprunteurs en difficulté à refinancer leur prêt dans la perspective du plafond fixé à 31 % des revenus.

Les 75 milliards restants sont à la disposition des établissements de crédit pour aider 5 millions de ménages à recalculer leur prêt hypothécaire d’une manière qui leur soit plus favorable. 75 milliards divisés par 5, cela fait 15.000 $ d’aide de l’État par emprunteur. Ce qui ne veut pas dire que ces sommes leur reviendront : si leur prêt pourra voir son montant se réduire de 1.000 $ par an, ce seront avant tout les prêteurs qui seront récompensés : 1.000 $ par prêt revu à la baisse, et 1.000 $ par an pour cinq ans à l’établissement de crédit dont le client ne jette pas l’éponge. Ces incitations à l’endroit des banques rappellent que le secteur bancaire américain demeure privé, qu’il n’a pas d’ordres à recevoir, mais qu’il accomplira comme à son habitude toute tâche généreusement rémunérée.

Le gouvernement américain, suspect de n’avoir tiré d’affaire jusqu’ici que les responsables de la crise, prend cette fois deux précautions plutôt qu’une pour ne venir en aide qu’aux plus méritants parmi les ménages en détresse. Seuls ceux qui habitent le logement dont ils sont propriétaires peuvent ainsi bénéficier du plan d’aide, les spéculateurs restant eux sur la touche. Le gouvernement prend aussi la précaution de ne tenter de sauver que ceux qui présentent une chance raisonnable de l’être : peuvent seuls prétendre à un crédit recalculé ceux pour qui le montant restant dû ne dépasse pas 105 % de la valeur du logement.

Reste à savoir combien parmi ces 5 millions de ménages visés seront effectivement sauvés. Les conditions du refinancement sont strictes : plus de documents falsifiés cette fois-ci, comme au bon temps de la bulle. Et il s’agira là sans doute du test le plus exigeant pour une part non-négligeable des emprunteurs aujourd’hui en difficulté.

Quant à un véritable plan sur l’immobilier, destiné à sauver le secteur, plutôt que comme ici, ses clients les plus vulnérables, il faudra encore attendre : le prix du logement a baissé de 25 % depuis le début de la crise en 2006 mais il avait augmenté de 50 % depuis le début de la bulle en 2002, il leur reste donc encore à couvrir 8 % à la baisse avant d’atteindre à nouveau ce niveau. Seul un secteur immobilier résidentiel repartant sur cette base présenterait un bilan de santé suffisant pour que le « Rêve américain » soit à nouveau accessible. Et c’est ce qui explique pourquoi, sur ce plan là au moins – et en attendant que ces 8 points de baisse additionnelle soient atteints – l’administration Obama se hâte lentement.

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13 bonnes questions

Dans le numéro du 4 mars de Télérama paraîtra un long entretien que j’ai eu ce matin avec Vincent Remy.

Vincent Remy m’avait envoyé hier une liste de questions dont nous pourrions discuter. En fait, la conversation a rapidement pris un tout autre tour et nous avons parlé de bien d’autres choses. Mais j’aimais bien ses questions, et je vous propose les réponses que je leur aurais offertes s’il me les avait posées.

Quel rôle a joué « l’argent » dans cette crise ?

Un rôle central : l’hypertrophie de la finance a fait que l’économie de l’argent a pris la place de l’économie productive. Des grandes puissances comme les États–Unis et la Grande-Bretagne se sont spécialisés dans le service financier, c’est–à–dire dans la manipulation de l’argent. L’argent est devenu la principale marchandise faisant l’objet d’un commerce.

A travers l’histoire, le rôle de l’argent a t-il changé ?

Il a été conçu comme instrument de taxation par les princes. Il est devenu fin en soi à partir du moment où sa distribution inégale en a fait une obsession pour tout le monde : pour ceux qui en ont trop peu bien entendu, mais aussi pour ceux qui en ont trop : en avoir moins demain qu’on n’en a aujourd’hui est là aussi devenu une obsession.

L’argent est-il toujours un étalon de mesure ?

Oui

Et que mesure t-il ?

Il mesure la richesse et la richesse, c’est un double pouvoir : celui d’acheter des objets et celui de faire des avances à ceux qui manquent d’argent, en échange d’intérêts. Comme la richesse ne fructifie que par le travail, l’argent c’est le pouvoir de subordonner le temps des autres à sa propre volonté et à consacrer son propre temps à tout ce que l’on veut plutôt que de travailler.

Dans une économie mondialisée, sophistiquée, l’argent a t-il toujours la même fonction ?

L’argent servait à obtenir des biens, des marchandises au sein de l’économie. Il est devenu le moyen d’obtenir plus d’argent au sein de la finance grâce à des paris sur les fluctuations des prix (la spéculation).

Des contrats comme les CDS sont-ils encore de l’argent ?

Non : ce sont des paris. Celui qui perdra devra trouver de l’argent pour payer le vainqueur. Ceci dit, ces contrats représentent bien entendu des sommes d’argent. Si l’on additionne toutes les sommes impliquées dans des paris, on trouve des sommes faramineuses mais cela ne signifie pas que tous ceux qui devront s’acquitter de leurs dettes le jour dit, trouveront l’argent nécessaire. De la même manière, si l’on additionne le prix de tout ce qui a un prix on trouve des sommes encore plus faramineuses mais cela ne signifie pas qu’il existe de l’argent en quantités suffisamment grandes pour acheter tout ce qui a un prix.

Que dit-on quand on dit que Bernard Madoff a fait disparaître 50 milliards de dollars ?

On dit qu’il a donné de l’argent a certains qu’il avait simplement reçu d’autres. Il a donné à ses clients A, celui qu’il recevait de ses clients B. Ce qu’il prétendait, c’est qu’il donnait à A et à B de l’argent qu’il avait fait fructifier ailleurs, autrement dit qui avait été ponctionné sur le labeur de certains C. Il affirmait à A et B être en train de voler C, alors qu’il ne volait que B pour payer A. Quand on dit qu’il a fait perdre 50 milliards, on veut dire que ses reconnaissances de dette vis–à–vis de ses clients ont ce montant. Il a probablement volé 30 milliards à B donnés à A et prétendu à A que leur argent avait fructifié de 20 milliards, ce qui n’est pas le cas bien entendu. Ceux qui se disent maintenant escroqués réclament non seulement l’argent qu’ils ont placé chez Madoff, mais aussi celui que celui-ci leur a fait croire qu’il leur avait fait gagner. Dans l’argent qu’ils affirment au fisc avoir perdu, les B mentionnent l’argent qu’ils ont effectivement perdu et les A l’argent que Madoff prétendait leur avoir fait gagner dans ses bobards. Pour les A, c’est un manque-à-gagner (un potentiel qui ne se réalisera pas) que l’on fait passer pour une perte (un réel qui a disparu). Même l’imagination a donc de la valeur.

Ou que la crise financière a entraîné la destruction de 37 T de richesse nominale ?

Certains ont prêté 37 T à d’autres qui ne pourront pas les rembourser. La richesse qu’on imaginait être là ne répondra donc pas à l’appel.. Les gens qui placent de l’argent sont tellement habitués à ce que d’autres travaillent à leur place, que le fait que l’argent rapporte leur semble posséder le statut de loi naturelle et ils sont tout surpris quand cela ne se passe pas comme prévu.

Doit-on assigner une autre place à l’argent ?

Oui : il faut le ramener au cœur de l’économie.

Limiter sa place ?

Oui : l’empêcher de sortir de l’économie.

Peut-on rationnellement lui assigner une place « juste » ou est-ce toujours un choix idéologique ?

Sa place juste est auprès de ceux qui créent la richesse dont il est le reflet. Est-ce idéologique ? Si l’on entend par « idéologique », qui remet radicalement les choses en question, alors oui : on s’est habitué à l’idée que l’argent aille par priorité à ceux qui le possèdent déjà : les investisseurs ou « capitalistes », qui prêtent l’argent qu’ils ont en trop en échange d’intérêts ou de dividendes (c’est la même chose) et aux dirigeants d’entreprises qui emploient des salariés qui sont eux les authentiques travailleurs, c’est–à–dire les authentiques créateurs de richesse.

Peut-on définir ou redéfinir une morale de l’argent ?

C’est difficile : le comportement rationnel vis–à–vis de l’argent est soit immoral, soit, dans le meilleur des cas a-moral.

Que sortira-t-il de cette crise ?

Un nouveau monde.

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L’actualité de la crise : Petits comptes d’une gigantesque crise, par François Leclerc

Billet invité.

PETITS COMPTES D’UNE GIGANTESQUE CRISE

S’il fallait tenir la comptabilité de la journée, afin de décrire les modestes pas en avant accomplis comme les prévisions désastreuses qui sont faites, cela donnerait quelque chose comme cela :

Une bad bank de créée,
Une good bank aussi, les deux en Grande-Bretagne,
Des nationalisations qui s’annoncent masquées, aux USA,
Une fusion bancaire française qui s’apparente à un sauvetage déguisé,
Une banque d’investissement allemande dans les entreprises, dont la création est pour l’instant démentie,
Un pays européen dont le système bancaire et la monnaie chancellent,
D’autres qui ne se sentent pas non plus très bien,
et
Une prévision impressionnante de recul de la croissance en RFA.

Norbert Walter, l’économiste en chef de la Deutsche Bank a prédit que « l’économie allemande reculerait de 5% (cette année), s’il y a une vraie reprise à l’été. Il est possible que cette reprise ne se fasse pas. C’est pourquoi un plus fort recul de la croissance est envisageable », a-t-il ajouté. Voilà qui, d’ores et déjà, donne une idée de ce qui va suivre, car la prévision d’une reprise cet été est tout aussi fiable que le vieil adage « Noël au balcon, Pâques au tison ».

Est-ce en raison de cette très fraîche perspective que le sérieux quotidien économique Handelsblatt a publié l’information selon laquelle le ministère allemand de l’Economie envisageait de créer une « banque pour l’économie », financée par les entreprises disposant de liquidités et coordonnée par la Fédération allemande de l’industrie (BDI), afin de répondre aux problèmes de liquidités des entreprises ? Thomas Steg, porte-parole du ministère de l’Economie, a immédiatement démenti cette intention, un tel projet ne pouvant relever que « d’entreprises qui mettraient sur pied une banque privée ». Il prend ses distances mais ne dément pas que ce projet circule. On verra par la suite.

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Le traitement infini des déchets, par Michel Filippi

Billet invité.

LE TRAITEMENT INFINI DES DECHETS

Paul Jorion, j’ai toujours une vision impressionniste en lisant les différents papiers de votre blog car ils sont pour la plupart le fait de connaisseurs comme vous ou s’exposant comme tels. Ce qui n’est pas mon cas.

Vos lemmings et chat (ou chats ?) m’avaient donné à penser d’une certaine façon, mais j’ai envie de vous exposer une autre façon, pas si éloignée de la première.

Un petit matin toute cette histoire de crise, de solutions à mettre en œuvre, m’est apparue analogue à une problématique de traitement de déchets, problématique systémique. Comment se présente cette problématique ? Nous produisons des déchets et ils doivent disparaître. Pendant un certain temps, qui peut être très long, la première solution fonctionne. Nous sommes contents, nous avons trouvé une solution radicale. Cette solution ne demande pas plus d’intelligence que celle du chat ou du lemming (mais c’est déjà une intelligence assez complexe et rusée). Les déchets ont disparu de la vue de tous de manière définitive. Lorsque nous percevons des conséquences néfastes (l’adjectif n’est pas pris au hasard) à notre première action, nous cherchons une nouvelle solution tout aussi radicale que la première. En général elle s’accomplit en liant au premier dispositif un deuxième qui traite les extrants du premier pour en faire disparaître le côté néfaste. Pour concevoir cette deuxième solution, il nous a fallu augmenter nos connaissances par différents moyens et les appliquer au moins de deux façons : l’une pour construire le deuxième dispositif et le lier, l’autre pour faire quelque chose de l’extrant traité ainsi que du résidu de son traitement, un nouvel extrant supposé faste, donc ultime. Et ainsi de suite l’opération se renouvelle à chaque fois que l’extrant ultime laisse apparaître son côté néfaste.

Derrière ces opérations, on trouve un modèle qui n’est pas sans rappeler celui des alchimistes avec des opérations comme la dilution, la dessiccation, la filtration, qui font apparaître des éléments ultimes qui retrouveront leur place naturelle. On perçoit même la trace plus ou moins forte de la pierre philosophale, d’autant plus visible que nous avons un traitement écologique des déchets. Cette pierre philosophale fera que les déchets retrouveront leur place dans la nature, en harmonie avec elle, tout en étant transformés en n’importe quel matériau utile à l’homme.

Le déchet qui était mort manifeste ainsi ses vies possibles nous obligeant à augmenter nos connaissances et notre technicité.

Certains diront que c’est une perte de temps que de vouloir traiter les déchets, que c’est un travail sans fin. Les plus pessimistes préconisent la torche à plasma tandis que ceux qui ont quelque espoir encore votent pour la liquéfaction des déchets, récupérant l’excédent d’énergie qu’ils ont accumulé avant leur totale et définitive disparition.

Je ne sais pas où se trouve la bonne solution, mais je préfère celle du traitement infini des déchets parce que j’aime bien l’habileté humaine, sa façon de construire de nouvelles connaissances en se servant de l’occasion. Les solutions brutales me paraissant grossières. Personne ne parle de l’augmentation possible de nos connaissances, de notre technicité grâce à cette crise, excepté vous me semble-t-il, et en posant je crois la question de l’économie comme science et de la nature des modèles sous-jacents (physiques, biologiques, etc.).

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L’actualité de la crise : Paroles, paroles…, par François Leclerc

Billet invité.

PAROLES, PAROLES…

Le profond tiroir où sont enfouis toutes les solutions à la crise qui n’ont pas été retenues continue à se remplir. Après les bad banks et les good banks et les échanges dettes-actions, on y trouve également dans un petit coin les Droits de Tirage Spéciaux (DTS), cette monnaie émise par le FMI, une faculté peu utilisée depuis sa création, dont George Soros a fait sans succès l’un de ses chevaux de bataille.

Il sera toujours temps, plus tard, de s’attarder sur les raisons qui valent à ces mesures d’être mises au rebut, pour mieux aujourd’hui constater que ceux qui décident, en particulier aux USA, continuent d’effectuer une sorte de grande marche mais à reculons, observés attentivement par des dirigeants chinois qui s’y connaissent et attendent de voir jusqu’où elle les mènera.

Cela continue donc de coincer fortement. Non seulement à cause du choc des intérêts nationaux, mais aussi de la discrète résistance, pied à pied, qui oppose représentants des intérêts financiers et décisionnaires politiques, parfois aussi en raison de la connivence non moins discrète qui les unit. Les deux niveaux de résistance peuvent se combiner, Gordon Brown l’exprime le mieux, défendant à la fois l’économie britannique, en raison de l’importance des services financiers dans son PIB, et les intérêts de ceux qui les détiennent.

Il y aura toujours le risque que, le dos au mur, ces braves gens ne se résolvent pas à l’inévitable et nous entraînent encore plus au fond dans leur aveuglement, incapables d’adopter de nouveaux repères. Cela s’est déjà vu. Mais la possibilité que la marche en arrière se poursuive plus avant, si j’ose dire, n’est pas davantage à exclure.

Le sort réservé au système bancaire américain va, mieux que tout, nous permettre de mieux comprendre où nous allons, si nous continuons de résolument nous diriger vers le précipice ou si un coup d’arrêt va être donné à cette fuite en avant. Le Wall Street Journal faisait état de discussions entre la Fed et Citigroup, au terme desquelles il serait question de transformer en actions ordinaires les actions préférentielles sans droit de vote que possède l’Etat. Le niveau qu’atteindrait la participation de l’Etat, de 25 à 40% ne serait pas encore tranché. Les actionnaires actuels en seraient dilués d’autant et voudraient en rester à 25% pour la part détenue par l’Etat. Bank of America ne serait pas concerné.

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