CHAPITRE 11
UN CATALOGUE
RAISONNÉ DES INSTRUMENTS FINANCIERS
Au
chapitre précédent, j'ai envisagé le rapport qui
pourrait exister entre les notions de rareté des hommesau sein de leur condition, de risque et de statut
social ainsi que les deux pôles du partage du risqueque sont la « location » qui assigne au
locataire l'entièreté du risque encouru sur la
fructification de la chose empruntée en l’obligeant à
verser comme loyer une proportion fixe du principal, et le
« métayage » qui partage le risque entre
prêteur et emprunteur sur la base préétablie non
d’une proportion fixe du principal mais du revenu, écartant
automatiquement le risque de défaillance de ce dernier. Ici
j'examinerai systématiquement l'ensemble des stratégies
possibles de partage du risque au sein de l'univers économique
contemporain. Je pourrai alors montrer comment, à l'échelle
macro-économique, la location débouche sur une
logique du prêt à taux fixe (je signalerai au
passage le lien entre l’assurance et la location), et le métayagesur une logique du prêt à taux variable (je
décrirai, entre autres le fonctionnement d'un des principaux
instruments financiers contemporains, le « swap de taux
d'intérêt » dont le principe est l'échange
entre deux partenaires de flux d'intérêt à taux
fixe contre des flux d'intérêt à taux
variable).
Définition
des concepts élémentaires
Je
fais débuter cet exposé par quelques définitions.
Je développe une stratégie cumulative dans la
conceptualisation qui permet de déblayer le terrain
systématiquement à mesure que l'on avance et de
progresser de manière pseudo-axiomatique, des notions
primitives en économie comme celle de « vente »,
vers les concepts les plus élaborés en matière
de finance.
Économie,
prix, monnaie, marchandise, marché
J'ai
écrit tout au début du livre que l'économie
c'est l'interaction humaine vue dans la perspective du prix. Leprix d'une chose est un nombre exprimé dans l'unité
d'une monnaie (par exemple, « vingt-deux euros »).
Le fait que le prix s'exprime par un nombre en fait unequantité, c'est-à-dire une entité
abstraite susceptible des manipulations intellectuelles qu'autorisent
les mathématiques. Le fait qu'une chose ait un prix en fait
une marchandise. Une monnaie est un moyen de paiement à
vocation universelle en ce sens qu'elle peut s'échanger contre
des marchandises de différentes natures. Toute chose qui peut
servir à acheter une diversité d'autres choses,
constitue ainsi une monnaie. Si le savetier aristotélicien
parvient à échanger des chaussures contre du pain, une
maison et des outils, les chaussures ont automatiquement valeur
monétaire. Le lieu où une marchandise trouve à
s'échanger contre la quantité de monnaie qu'exprime sonprix, est un marché.
Achat /
vente, prêt / emprunt
Au
centre de toute activité financière, comme au centre de
toute activité économique appartenant à la
sphère de la circulation ou de la distribution, se trouve un
transfert de biens. Ce transfert peut être définitif et
l'on a alors affaire à un achat / vente, ou n'être
que provisoire, et l'on parle alors de prêt / emprunt.
Le bien transféré est l'objet d'une vente du
point de vue de celui (vendeur) qui le cède à titre
définitif en échange d'une certaine quantité de
monnaie, et l'objet d'un achat du point de vue de celui
(acheteur) qui le reçoit à titre définitif et
verse en numéraire le montant de son prix.
Le
bien transféré, est un prêt du point de
vue de celui (prêteur) qui le cède à titre
provisoire, et un emprunt du point de vue de celui
(emprunteur) qui en use à titre provisoire. La rémunération
d'un transfert provisoire est inférieure à celle qui
vaudrait pour un transfert définitif. Tout contrat de type
prêt / emprunt peut être lui-même acheté ou
vendu « en cours de route » à un prix
qui dépend non seulement de la valeur nominale du prêt /
emprunt, mais aussi de sa durée de vie restante et des
conditions qui prévalent sur le marché pour des accords
au même niveau de rémunération (concept de
« valeur actuelle »).
Don, troc,
change
Dans
le cas d'un achat / vente, le transfert du bien n'est pas
unilatéral : une quantité de monnaiecircule en direction inverse. Si le transfert du bien est
unilatéral : s'il ne lui existe aucune contrepartie
matérielle ou immatérielle (mis à part la
gratitude éventuelle), on parlera de « don ».
En conséquence, on restreindra ici l'usage des mots achat /
vente, aux cas où le transfert d'un bien de nature
non-monétaire, du vendeur vers l'acheteur, s'accompagne du
versement par l'acheteur au vendeur d'une quantité de monnaie
équivalente au prix du bien vendu. Lorsque ce sont deux
biens de nature non-monétaire qui sont échangés,
on parle de « troc » plutôt que d'achat /
vente ; lorsque l'échange concerne deux biens de nature
monétaire, l'opération ne se justifie que si les sommes
sont exprimées dans des devises distinctes, et l'on
parle alors d'une opération de « change ».
Vente au
comptant, vente à terme, vente à tempérament
Dans un achat /
vente ordinaire, l'échange d'un bien de nature non-monétaire
et d'une quantité de monnaie équivalente à son
prix, est simultané, l'achat / vente est alors dit « au
comptant ». Si le versement de monnaie précède
le transfert du bien non-monétaire on parle d'achat / vente
« à terme » (l’opération
comporte un risque pour l’acheteur comme pour le vendeur : le
prix de marché à la livraison peut être différent
de celui qui prévalait au moment du paiement ; s’il est
plus élevé, l’acheteur a réalisé un
profit, s’il est plus bas, c’est au contraire le vendeur qui a
bénéficié du fait que le contrat était à
terme plutôt qu’au comptant) : si, à l’inverse,
le transfert du bien non-monétaire précède celui
du numéraire, on parle d'achat / vente « à
tempérament » (on peut considérer dans ce
cas que l'opération se décompose en un achat / vente
complété d'un emprunt contracté par l'acheteur
auprès du vendeur).
Capital,
entrepreneur, durée, maturité
J'appelle
« capital » un bien quelconque, constituant une
certaine richesse dans la mesure où il peut être échangé
contre de la monnaie et pour un certain montant qui constitue son
prix. Recourant au terme français ancien, utilisé
aujourd'hui couramment dans le monde anglo-saxon, j'appelle
« entrepreneur » une personne ayant la capacité
de transformer au bout d'un certain temps et par une activité
quelconque, un capital initial en un capital d'un montant plus élevé
(ou éventuellement moins élevé – dans ce cas
la carrière de l’entrepreneur est en général
limitée dans le temps). Lorsque le temps qu'il lui aura fallu
pour réaliser cet accroissement est fixé
contractuellement, on l'appelle « maturité ».
Profit,
perte, taux de profit
La
différence entre le montant du capital en fin de période,
« à maturité », et le montant du
capital initial, est appelée « profit »
si elle est positive et « perte » si elle est
négative. La variabilité imprévisible dans la
fructification du capital se manifeste en profit si le capital
s'est accru au cours de la période, et en perte s'il a
au contraire décru.
Toutprofit peut être représenté par une
certaine quantité de monnaie. Il peut donc être évalué
en termes absolus dans une devise particulière, par exemple,
un profit de 30.000 euros. Un profit de 30.000 euros sur un an
réalisé grâce à un capital initial de 3
millions est toutefois très différent d'un autre profit
de 30.000 euros réalisé sur un mois à l'aide
d'un capital initial de 15.000 euros. Aussi, pour que les profits
puissent être comparés de manière objective, on
préfère généralement les évaluer
quantitativement en termes relatifs plutôt qu'absolus, 1°
en les étalonnant sur une maturité unitaire (le plus
souvent d'un an) et 2° en les exprimant en tant que proportiondu capital initial. Cette proportion, on l'appelle le « taux »
et l'on parlera de « taux de profit » ou si ce
taux a, conjoncturellement, une valeur négative, on pourra
éventuellement l'appeler « taux de perte ».
Ainsi, dans le premier exemple ci-dessus, le taux de profit est de
1 % par an, et dans le second exemple, de 200 % par mois
(soit, annualisé sans réinvestissement, 2.400 %
par an).
Soient,
deux entrepreneurs, E et P. Au cours de l'année écoulée,
E est parvenu à transformer un capital initial d'un million de
euros en un bien valant 1,2 millions. Le taux de profit annuel de son
entreprise est donc de 20 %. P, lui, est parvenu à
transformer un bien de deux millions en un bien valant 2,2 millions,
soit un taux de profit annuel de 10 %. E et P ont tous
deux gagné 0,2 millions ou 200.000 euros au cours de l'année,
mais ces sommes équivalentes représentent pour leurs
entreprises, des taux de profit différents.
Principal,
intérêts
Imaginons
maintenant que la firme de l'entrepreneur E soit sous-capitalisée,
c'est-à-dire qu'il puisse aussi bien l'année prochaine,
doubler la taille de son entreprise et maintenir son taux de profit
inchangé à 20 %. Il aurait alors tout avantage à
chercher à emprunter un million supplémentaire, quitte
à partager avec son prêteur une partie du profit qu'il
réalisera en plus grâce à la somme empruntée.
Celle-ci, constituant un capital d'un certain montant nominal
est appelée « principal ». Venant en sus
du remboursement du principal, le partage du profit donnera
lieu au paiement d'un montant que l'on appelle « intérêts »,
ou « loyer de l'argent ».
L'entrepreneur
P est un candidat tout désigné pour un accord de cette
nature avec E, étant donné que le taux de profit de son
entreprise est de 10 % seulement. E va trouver P et lui propose
l'arrangement suivant. P prêtera à E un million pour une
durée d'un an. A la fin de la période, E lui retournera
le principal qui avait été avancé,
augmenté de 150.000 euros. Comme E aura pu, lui, gagner
200.000 euros supplémentaires grâce au million qu'il a
emprunté à P, il pourra conserver 50.000 euros du
profit réalisé grâce au prêt, montant qui
viendra s'ajouter aux 200.000 euros qu'il aura réalisés
grâce au million qui constitue le capital de sa firme et dont
il a toujours disposé. L'entrepreneur E terminera donc l'année
ayant réalisé un profit de 250.000 euros au lieu des
200.000 euros sur lesquels il aurait pu compter sur la base de son
capital d'un million et de ses performances de l'année
précédente. Quant à l'entrepreneur P, il pourra
additionner les 150.000 euros d'intérêtsretournés par E en échange du prêt d'un million
de euros aux 100.000 euros qu'il aura réalisés grâce
au million dont il a gardé la disposition et dont le taux de
profit demeure 10 % l'an. Lui aussi terminera l'année
avec 250.000 euros de profit au lieu des 200.000 euros obtenus
l'année précédente.
Taux
d'intérêt
E
et P ensemble auront donc gagné 500.000 euros durant la
deuxième année, au lieu des 400.000 euros de profit
qu'ils avaient réalisés séparément
l'année précédente. Le capital de E étant
toujours d'un million, son taux de profit sera passé de 20 %
par an à 25 %, tandis que le capital de P étant de
deux millions, son taux de profit sera passé de 10 % par
an à 12,5 %. Ou plutôt, le profit de P se partagera
en un taux de profit de 10 % sur un million investi
directement et un « taux d'intérêt »
de 15 % sur un deuxième million, prêté
celui-là. Par une allocation du capital différente et
utilisant au mieux leurs capacités distinctes, les deux
entrepreneurs E et P auront pu accroître à la fois leur
profit global et leur profit individuel.
Les
exemples qui viennent d'être présentés ont mis en
évidence la signification exacte des flux d'intérêtqui viennent récompenser le prêteur. On présente
souvent la rémunération du prêt comme le
remboursement au prêteur de l'inconvénient qu'il
subit du fait de la privation provisoire d'une somme qu'il aurait pu
affecter à d'autres usages. En réalité, comme
les exemples le suggèrent, il s'agit avec les intérêtsdu partage entre parties de leurs capacités différentes
à faire fructifier comme investissements des ressources dont
elles disposent ; le flux d'intérêt est une
rémunération sans risque du prêteur,
à l'exception près de la défaillance de
l'emprunteur. Ce processus de déplacement des fonds vers leur
meilleur taux de profit possible est à la base de toute
logique d'investissement. Les Anglo-Saxons appellent ce mécanismeprice discovery process, « processus de découverte
du prix » : « Le mécanisme par
lequel des unités économiques disposant d'un surplus du
point de vue de l'épargne trouvent un équilibre avec
des unités en déficit du point de vue de l'épargne
s'appelle le processus de découverte du prix »
(van Horne 1994 : 5).
« Location »
et « métayage »
Ces
concepts élémentaires ayant été définis,
je dispose désormais du moyen d'aborder par un nouveau biais
la logique de la « location » et du
« métayage », introduite de manièreintuitive au chapitre précédent comme extension
de la problématique aristotélicienne du statut
réciproque, cette fois en tant qu'étape dans un
développement systématique et pseudo-axiomatiquedes concepts économiques.
L'accord passé
entre E et P dans l'exemple décrit ci-dessus peut être
généralisé de la manière suivante :
soient deux parties disposant de conditions d'accès
différentes à une certaine ressource et une capacité
différente à la faire fructifier, il peut alors être
avantageux pour les deux que celle d'entre elles dont la capacité
à faire fructifier son capital est la plus faible, mette
provisoirement la ressource qu'elle possède à la
disposition de l'autre partie, en échange de l'engagement
contractuel par cette dernière de partager avec la première
le profit qu'elle aura pu réaliser grâce à ce
supplément de capitalisation.
Le partage du
revenu entre prêteur et emprunteur peut alors s'opérer
selon deux grands principes :
1°
la part de revenu qui vient s'ajouter au remboursement du principal
constitue une proportion préalablement convenue de ceprincipal,
2°
la part de revenu qui vient s'ajouter au remboursement du principal
constitue une proportion préalablement convenue de laplus-value (du profit), c'est-à-dire de la
différence entre le capital tel qu'il a pu s'accroître
sur la période et le principal (on peut imaginer que le
contrat prévoie également un partage de la perte au cas
où le capital a en réalité décru).
Dans
le premier cas, la part de revenu proportionnelle au principalqui revient au prêteur est un « loyer »
ou, lorsque la ressource est constituée de monnaie, un « loyer
de l'argent » plus communément appeléintérêts ou flux d'intérêt ;
son montant exact est doublement proportionnel : au montant du
principal et à la durée séparant deux
versements, telle qu’elle est définie par leur périodicité.
Dans
le second cas, celui d'un contrat de « métayage »
(en anglais, « sharecropping »), la part de
revenu, proportionnelle au profit, qui revient au prêteur
est appelée tout simplement part (en anglais,
« share »). Dans le métayage, un prêteur
met à la disposition d'un emprunteur, un ensemble de
ressources, qu'il s'agisse d'argent, de terre, de bateau, d'engins de
pêche, ou de quoi que ce soit d'autre, et l'emprunteur lui
retourne à une échéance préétablie
(le contrat est bien sûr souvent renouvelé) le principal
augmenté d'une part qui représente une
proportion préalablement convenue du profit réalisé
grâce à l'usage du principal. Quand il s'agissait d'une
récolte à partager, la distribution des parts se
faisait à la moisson et la « part »
était livrée en nature ou après réalisation
de sa vente lorsqu'elle était versée en monnaie.
Lemétayage n'est pas un arrangement contractuel dépassé,
éventuellement réservé à des pratiques
« archaïques » comme la pêche
artisanale (qui est au centre de la deuxième partie de
l'ouvrage) ou la production traditionnelle du sel dans des marais
salants puisque, comme nous allons le voir, c'est le système
de répartition des profits qui sous-tend en particulier le
commerce florissant des actions (« titres »
de sociétés) dans les « bourses de
valeurs ». Il est vrai cependant que ce système est
tout particulièrement adapté aux contextes de
production ou de distribution à rendement très
variable, qui se confondent souvent avec les secteurs les plus
« traditionnels » de l'économie. On
pense à l'armement de bateaux partant pour des expéditions
lointaines dans le commerce des épices aux XVIe et
XVIIe siècles ; le revenu étant
hautement aléatoire du fait de la durée du voyage et
des risques multiples inhérents : tempêtes,
pirates, etc., la solution du métayage qui répartit le
risque entre plusieur armateurs était sans doute la plus
adéquate. On verra plus loin que les « actions »
des sociétés, qui apparaissent à cette époque,
relèvent exactement de la même logique.
La
différence essentielle entre une opération de prêt
/ emprunt, donnant lieu soit à loyer ou flux
d'intérêt, soit à l'obtention de parts,
porte effectivement, et comme on l'a vu au chapitre précédent,
sur l'allocation du risque entre les deux parties liées
par l'accord.
Risque,
chance
On
l'a vu, la fructification du capital se concrétise soit commeperte soit comme profit. On peut définir le
« risque » comme l'éventualité de
la perte, et la « chance » comme l'éventualité
du profit ou du gain .
Reprenons
notre exemple, celui des entrepreneurs E et P. Rien ne dit que E
obtiendra sur la seconde année et avec un capital doublé,
exactement le même taux de profit que la première
année sur un capital de montant moins élevé.
Imaginons pour la deuxième année, deux cas de figure
différents du premier et différents entre eux. Dans le
premier, défavorable à E, il n'obtient sur le million
qu'il a emprunté à P qu'un taux de profit annuel de
10 %, et dans le second cas, favorable à E, il obtient un
taux de profit de 30 % annuels sur la somme empruntée.
E
s'étant engagé à payer des intérêtsde 15 % lors du remboursement du principal, s'il obtient un
rendement moindre, par exemple 10 %, il sera obligé de
puiser ailleurs la différence entre son profit effectif et la
somme dont il est contractuellement redevable, par exemple, dans un
profit réalisé sur le capital dont il disposait
initialement, voire en entamant ce capital lui-même. Dans
l'exemple qui nous sert d'illustration, il devra consacrer la
totalité de son profit de 100.000 euros au paiement desintérêts dus et il lui faudra en sus débourser
50.000 euros supplémentaires pour honorer sa dette. E subit lerisque entièrement et à lui tout seul.
Dans
le deuxième cas envisagé, E obtient sur le million
emprunté un taux de profit de 30 % au lieu des 20 %
qu'il escomptait. Il dispose donc de 300.000 euros. Sur la base des
20 % espérés, il pensait devoir retourner à
son prêteur 150.000 euros et pouvoir conserver 50.000 euros
pour lui-même ; en fait, il pourra conserver lui aussi
150.000 euros. La chance de gain lui revient entièrement,
et dans ce cas de figure particulier, il en bénéficie.
Donc
dans le cas d'un « loyer » payé par
l'emprunteur au prêteur, la variabilité du revenu est
supportée entièrement par le locataire ou emprunteur,
cette variabilité pouvant se matérialiser aussi bien
comme risque débouchant sur une perte que comme chancedébouchant sur un gain.
Si
le prêteur est au contraire disposé à partager lerisque et la chance associés à la
variabilité, on se trouve dans l'autre cas de figure, celui du
« métayage ». Imaginons que dans notre
cas initial, la rétribution par E à P du prêt
d'un million n'ait pas été formulée comme 15 %
d'intérêts l'an, mais comme trois parts du profit
sur quatre pour le prêteur. Si la situation de la première
année avait été reproduite de manière
identique lors de la deuxième année, E aurait obtenu
sur le million que P lui avait prêté, 200.000 euros qui
auraient été partagés sur la base de trois parts
sur quatre pour le prêteur, soit ¾ de 200.000 euros =
150.000 euros, et une part sur quatre pour l'emprunteur soit ¼
de 200.000 euros = 50.000 euros. Donc, dans ce cas de figure, le
loyer de 15 % d'intérêts sur le principal et
le contrat de métayage de trois parts sur quatre sur le
profit auraient conduit à un résultat strictement
identique pour le prêteur comme pour l'emprunteur.
Mais
en termes de risque encouru par les deux parties, la situation serait
bien différente au cas où E n'obtiendrait pas la
seconde année le rendement de 20 % sur le capital qu'il
escompte, mais 10 % ou 30 %, comme envisagé
précédemment dans un cas de location.
Premier cas de
figure, défavorable : 10 % seulement de taux de
profit obtenus par E sur la somme d'un million empruntée à
P ; P reçoit ¾ de 100.000 euros = 75.000 euros, E
conserve ¼ de 100.000 euros = 25.000 euros.
Deuxième
cas de figure, favorable celui-ci : 30 % de taux de profit
obtenus par E sur la somme d'un million empruntée à P ;
P reçoit ¾ de 300.000 euros = 225.000 euros, E conserve
¼ de 300.000 euros = 75.000 euros.
Les
chiffres de la répartition du revenu selon qu'il s'agit d'unelocation ou d'un contrat de métayage méritent
maintenant d'être rapprochés dans les trois cas de
figure envisagés : 10 %, 20 % et 30 % de
taux de profit pour E, l'emprunteur. Le montant du loyer et le nombre
de parts de métayage mentionnés en intitulés des
colonnes sont ceux qu'obtient P, le prêteur :
Loyer :
15 % d'intérêt annuel Métayage : trois
parts sur quatre
taux de
profit de 10 %
Pr :
150.000 euros / Emp : -50.000 euros Pr : 75.000
euros / Emp : 25.000 euros
taux de
profit de 20 %
Pr :
150.000 euros / Emp : 50.000 euros Pr : 150.000 euros /
Emp : 50.000 euros
taux de
profit de 30 %
Pr :
150.000 euros / Emp : 150.000 euros Pr : 225.000 euros /
Emp : 75.000 euros
La
conclusion est évidente : en cas de risque de perte(risque proprement dit) plus élevé que le risque de
gain (chance), le prêteur a avantage à exiger unloyer, et l'emprunteur un certain nombre de parts de
métayage ; inversement en cas de risque de gain(chance) plus élevé que le risque de perte(risque proprement dit), le prêteur a avantage à
réclamer des parts de métayage, et l'emprunteur,
un loyer. Autre constatation, le loyer permet au
prêteur de fixer son revenu au moment de la conclusion
du contrat : le métayage permet au métayer,
sinon de fixer son revenu, du moins de réduire l’amplitude
de sa fluctuation.
Autres
formes de partage du risque
Pour
être tout à fait complet dans l'examen de cette question
du partage du risque, il faut envisager le troisième
cas de figure élémentaire quant à son
allocation : celui qui voit le prêteur en supporter
entièrement la charge et ne récolter qu’une partie du
bénéfice. Des contrats de ce genre sont proposés
par des fonds de gestion du patrimoine à tendances
spéculatives, et parmi eux les « hedge funds »
(qui sont souvent des fonds de futures), susceptibles de
générer des profits considérables et de subir
des pertes tout aussi considérables. Une formule classique
attribue alors au gestionnaire du fonds, c'est-à-dire à
l'emprunteur, un intérêt annuel de 3 % du
principal, appelé frais de gestion (qui constituent
pour lui une « rente »). Dans un cas comme
celui-ci, c'est l'emprunteur qui parvient à se
débarrasser entièrement de la charge du risque sur leprêteur. Ce sont des chances de gain perçues
comme plus élevées que celles offertes par des fonds
d'investissement plus conventionnels qui justifient que ce soit
l'emprunteur qui bénéficie ainsi d'une rente.
Des formules hybrides entre location et métayagepermettent alors de répartir le risque à la convenance
des parties. Ainsi, une attribution classique pour le gestionnaire
est frais de gestion de 3 % sur le principal (rente)
et part de 17 % sur le profit (part de métayage).
C'est-à-dire, pour le prêteur : entièreté
du risque sur la perte et chance de gain partagée
entre lui et l’emprunteur, pour ce dernier : rente etchance de gain partagée entre lui et le prêteur.
Une
autre formule classique des fonds de gestion du patrimoine, consacrés
cette fois à des placements non-spéculatifs dits « de
bon père de famille », est la combinaison d'un flux
d'intérêt (versé dans la direction classique,
c'est-à-dire de l'emprunteur vers le prêteur), par
exemple, paiement du « monétaire » (taux
d'intérêt à trois mois sur le marché
financier), et d'un contrat de métayage, par exemple
« cinquante / cinquante », sur la partie du
profit qui dépasse le niveau du « monétaire ».
L'emprunteur garantit donc au prêteur un taux de rendement
minimum, correspondant au taux à trois mois du marché,
il prend par ailleurs sur lui l'entièreté du risque de
perte, la chance de gain étant partagée à part
égale entre prêteur et emprunteur (50 % / 50 %).
Comme le gestionnaire de fonds a accès à des prêts
à des taux plus élevés que ceux offerts aux
particuliers, la formule est en général avantageuse
pour lui puisqu'il obtient la moitié des revenus qui excèdent
ce taux minimal. Par opposition aux deux précédentes,
cette formule présente aussi le mérite éthique
de ne pas gruger le client en lui faisant payer au titre de « frais
de gestion », ce qui s'identifie à une simple rentepour le gestionnaire.
Titres :
obligations
A
partir de la distinction entre un prêt / emprunt qui
équivaut à une location, et un contrat demétayage qui octroie des parts au prêteur
et à l'emprunteur, il est facile de définir la
différence qui existe entre une obligation, qui est
pour son détenteur un prêt débouchant sur unloyer, et une action, qui constitue pour son détenteur
un prêt donnant droit à une part dans les revenus
d’une société cotée en bourse.
Les
« obligations » sont souvent « obligations
d'État », mais peuvent aussi bien être émises
par des entreprises ou des banques, auquel cas on les désigne
en général de l'appellation générique
d’« émissions obligataires privées » ;
il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'obligations,c'est-à-dire d'emprunts. Pour celui qui l'acquiert, uneobligation est, l'équivalent d'un prêtqu'il consent, les coupons constituant sa rétribution.
Lorsqu'unprêt est à long terme, il est d'usage que lesintérêts soient versés de manière
fractionnée et à échéances régulières.
Une obligation étant un prêt, est soumise aux
mêmes contraintes. La valeur du coupon d'une obligation
est facile à établir : c'est le taux de
rendement de l'obligation multiplié par le montant du
principal. Une obligation de 1.000 euros à 7 % l'an,
génère un coupon de 70 euros chaque année (les
obligations émises aux États-Unis génèrent
des coupons semestriels, c'est-à-dire pour le même
exemple, deux coupons semestriels de 35 euros chaque année ;
deux coupons de 3,5 % par an représentent cependant un
peu plus de 7 % annuels, les 35 euros obtenus à chaque
tombée semestrielle pouvant eux-mêmes être
réinvestis durant les six mois suivants).
Leprix courant d'une obligation se calcule en
additionnant les « valeurs actuelles » de ce
qu'il lui reste comme tombées futures (flux d'intérêtet principal). Ceci se fait en comparant les conditions de
rémunération qui prévalaient sur les marchés
lorsque cette obligation fut émise, et les conditions qui
prévalent aujourd'hui pour des prêts de durée
équivalente. Si cette obligation valait 1.000 euros au moment
de son émission et rapporte 7 % l'an, elle vaudra
davantage que 1.000 euros si les obligations émises
aujourd'hui et d'une maturité égale à la période
restant à courir sur cette obligation ne rapportent que du 5 %
l'an. En fait, la concurrence entre une telle obligation « à
mi-course » et les autres obligations disponibles sur le
marché au même moment, fait que son prix s'établira
de telle sorte que, jusqu'à son échéance, elle
rapportera en fait exactement les 5 % l'an qu'offre le marché
en ce moment aux détenteurs d'obligations dont l'échéance
est identique. Au contraire, si les obligations émises
aujourd'hui sur une telle durée ont un taux de rendement de
11 %, le prix d'une obligation d'un rendement de 7 %
s'établira en-dessous des 1.000 euros nominaux, de telle sorte
que son rendement effectif sur la période qui reste à
courir se situe au niveau des 11 % qu'octroie aujourd'hui le
marché pour une échéance identique.
Le
calcul du prix actuel d'une obligation se comprend
aisément de manière intuitive. Imaginons pour
simplifier les choses, que l'on se trouve à la fin de la
neuvième année de vie d'une obligation de maturité
dix ans au taux de rendement de 7 %. Si 7 % est le rapport
que l'on peut raisonnablement espérer aujourd'hui si l'on
place son argent sur un an, alors l'obligation peut être vendue
à son prix nominal de 1.000 euros. En effet, le détenteur
de l'obligation obtient à la fin de la dixième année,
c'est-à-dire à la fin de l'année qui vient,
1.070 euros qui représentent les 1.000 euros du capital et les
intérêts à 7 % pour l'année.
Par contre, si
le taux de marché est à l'heure actuelle différent
de 7 %, le prix de l'obligation doit s'établir - pour
qu'elle soit à la fois « compétitive »
et ne pénalise pas non plus indûment son vendeur - de
sorte que son rendement soit le même que celui du marché
pour une maturité équivalente. Par exemple, si le
rendement du marché est de 11 % pour un prêt d'un
an, il faut que les 1.070 euros qui seront obtenus en fin de la
dixième année représentent un capital X augmenté
de 11 %. Autrement dit,
X + X * 0,11 =
1070 euros,
ou encore
X * 1,11 =
1.070 euros,
ce
qui veut dire que le prix actuel (prix compétitif) pour
cette obligation, étant donné les conditions du marché
est
X = 1.070 euros
/ 1,11, ou 963,96 euros.
Si le taux
actuel du marché pour des prêts d'un an est au contraire
de 5 %, l'obligation pourra être vendue à un prix
plus élevé que son prix nominal de 1.000 euros :
X + X * 0,05 =
1.070 euros,
c'est-à-dire,
X = 1.070 euros
/ 1,05, ou 1.019,05 euros.
Titres :
actions
Une
« action » ou « titre de société »
est, pour celui qui l'acquiert, l'équivalent d'un contrat demétayage. Le prix qu'il paie pour l'action est
une somme qu'il offre à la compagnie émettrice des
actions comme une contribution à son capital ; lesdividendes qu'il perçoit sont l'équivalent desparts : ils représentent une proportion du
profit réalisé par la firme grâce à
l'accroissement de capital que permet l'actionnaire en achetant des
actions, et non une proportion de cet accroissement de capital- comme ce serait le cas pour un loyer. Le prix de l'action
est le prix d'une avance (au sens de Quesnay)
autorisant la perception annuelle de la part que constitue ledividende.
Il est donc logique qu'un dividende ne soit perçu que
si la firme a réalisé un profit au cours de
l'exercice écoulé, c'est-à-dire dans le cas
uniquement où son capital s'est accru par
fructification.
Le
prix du titre, le prix de l'action, reflète sa
disposition présente à produire du dividende.
Cette variation du prix du titre est essentielle dans la
perspective de sa revente. En fait, elle peut intégrer
entièrement la capacité de la firme à générer
du profit et rendre le versement de dividendes sans objet :
c'est le prix de l'action, c'est-à-dire son potentiel à
la revente qui reflète alors entièrement la capacité
de la firme à faire croître son capital. Il faut
signaler cependant que la tendance des actions de sociétés
à s'apprécier « naturellement »
au cours des années 1950-2000, a encouragé les
entreprises à diminuer le montant des dividendes versés
par elles, forçant le détenteur d'un portefeuille
boursier à compter principalement sur l'appréciation du
prix des titres .
La justification de la baisse des dividendes est, du point de vue des
assemblées générales d'actionnaires de sociétés,
que la réinjection des profits en investissementsplutôt que leur distribution sous forme de dividendes augmente
la valeur intrinsèque de la société,
appréciation qui se répercute ensuite sur le prix de
l'action. Dans la pratique, une partie importante des profits censés
contribuer à l'investissement se retrouvent en réalité
distribués sous la forme d'avantages divers consentis à
des actionnaires privilégiés. Par ailleurs, les
commissions énormes exigées dans les années 1990
par les courtiers jouant rôle d'intermédiaires
pourraient encourager les actionnaires des sociétés à
faire pression sur ces dernières pour que les dividendes
représentent à nouveau une part plus importante de
l'appréciation du capital.
La « courbe »
des taux
Comme
il a été dit dans la section précédente,
les taux d'intérêt proposés sur le marché
pour des prêts / emprunts de différentesmaturités diffèrent eux-mêmes entre eux.
La courbe des taux est constituée de l'ensemble des
taux de marché correspondant à des prêts /
emprunts de différentes maturités. Cette « courbe »
bien entendu n'existe pas, elle est constituée
artificiellement sur un graphe en connectant par une ligne brisée
la valeur du taux pour chacune des maturitéspour lesquelles il existe effectivement un taux de marché.
Pourquoi
le marché propose-t-il des taux d'intérêt
différents pour des maturités différentes
? On a vu au chapitre 8, dans la section consacrée aufonctionnement des marchés de futures, que les Banques
Centrales ont la cpacité de manipuler les taux courts pour
agir sur la masse monétaire et sur l'inflation, mais ceci
n'explique pas pourquoi des taux différents valent pour desmaturités différentes, ni surtout pourquoi lacourbe des taux est susceptible de prendre des formes
extrêmement diverses à des époques historiques
différentes.
Que
représente, en réalité, la maturitéd'un prêt / emprunt ? À l'échéance,
le principal et le dernier coupon sont remboursés
au prêteur tandis qu'aux tombées intermédiaires
de coupon, seul le flux d'intérêt est
versé. En fait, tout se passerait de la même manière
si, à chacune des tombées, à l'exception de la
dernière, l'emprunteur remboursait couponetprincipal, et si le prêteur renouvelait aussitôt
son prêt en retournant le principal,
c'est-à-dire, s'il y avait reconduction du prêt.
Ce qui distingue alors, par exemple, un emprunt à sept ans
d'un emprunt à quinze ans, c'est le nombre de reconductions
tacites qu'ils supposent contractuellement : le premier
suppose six reconductions tacites, et le second, quatorze
reconductions tacites.
Si
tout prêt / emprunt peut être ainsi décomposé
en une série de périodes équivalentes dont la
durée est celle qui sépare deux tombées de
coupons (un an en Europe, six mois aux Etats-Unis), pourquoi tous lesprêts / emprunts ne se contractent-ils pas au même
taux, à savoir, celui qui s'applique aux prêts /
emprunts dont la durée est celle qui sépare deux
tombées de coupons quelconques (le taux d'intérêt
plein en Europe, la moitié du taux annuel aux États-Unis)
? Parce que la reconduction tacite a un prix et que ce prix,
c'est très exactement ce que la courbe des taux exprime.
Le taux qui s'applique au prêt / emprunt pour chacune
des maturités manifeste, selon qu'il est plus élevé
ou moins élevé, un « effet de frontière »
qui mesure la disposition des prêteurs et desemprunteurs potentiels à prêter ou àemprunter pour telle durée plutôt que pour telle
autre, c'est-à-dire exprime le rapport de force entre prêteurset emprunteurs pour chacune de ces maturités.
Ce
qu'il serait alors intéressant de déterminer, c'est une
sorte de prix de reconduction tacite à la marge :
que gagne-t-on effectivement à prêter / emprunter sur
dix ans au lieu de neuf ? le différentiel des taux d'intérêt
sans doute, et un coupon supplémentaire. Mais si le prix d'uneobligation (en tant qu'instance d'un prêt / empruntstandardisé quant à la maturité et au coupon, et
présentant la garantie d'État), c'est la « valeur
actuelle » de l'ensemble des flux qu'elle doit générer,
alors le prix de reconduction tacite à la marge, c'est
le rendement effectif qu’exprime le coefficient multiplicateur par
lequel il faut multiplier la valeur actuelle d'une obligation de
maturité neuf ans pour obtenir la valeur actuelle d'une
obligation de maturité dix ans.
Ce
taux est en réalité bien connu, c’est le « taux
à terme » (forward rate) « neuf,
dix », implicite à la courbe des taux et qui
définit la valeur du taux d'un prêt à durée
un an, prenant départ dans neuf ans. Le principe denon-arbitrage ou du prix unique fait que les taux à
terme sont liés entre eux par une relation de solidarité
telle que, pour une maturité quelconque, toute combinaison
sera équivalente du point de vue du rendement : par
exemple, le montant des taux à terme sera
nécessairement tel qu’il sera indifférent d’emprunter
une somme donnée pour huit ans, pour sept ans dans un an, pour
un an dans sept, pour quatre ans dans trois ans, pour trois ans dans
quatre, et ainsi de suite.
Les
obligations « à coupon zéro »
Un
instrument financier essentiel des vingt dernières années
est l'obligation à coupon zéro, qu'il s'agisse
d'obligations réelles qui ont été décomposées
en autant d'éléments séparés qu'il existe
de flux en retour pour le prêteur (ensemble des flux
d'intérêt et remboursement du principal) et
dont on peut calculer à tout moment la « valeur
actuelle » séparément (quelle est, par
exemple, la « valeur actuelle » du coupon à
7 % de la huitième tombée ?), ou de l'instrument
comptable équivalent qui constitue un étalon jugé
aujourd'hui irremplaçable par rapport auquel est évaluée
toute opération de type prêt / emprunt.
Prenons
l'exemple d'une obligation à 7 % sur dix ans. Au bout de
dix ans, le montant du prêt, disons 1.000 euros, est
remboursé et la somme des paiements intermédiaires se
sera élevée à 10 * 1.000 euros * 0,07 = 700
euros.
Ceci dit, on peut envisager une transaction équivalente à
celle-là, mais sans versement des flux intermédiaires.
Le choix pourrait être fait, par exemple, de rembourser 1.700
euros en fin de période, « à maturité »,
ou inversement de faire payer à l'achat 300 euros pour une
obligation qui sera remboursée à l'échéance
1.000 euros. Dans les trois cas de figure, le bénéfice
net sur l'opération serait de 700 euros. Mais l'équivalence
serait trompeuse dans la mesure où la somme de 700 euros est
obtenue par le prêteur, dans les deux cas de figure, à
des moments très différents. Sa possibilité de
réinvestir, c’est-à-dire de reprêter la somme
n'est pas du tout la même selon que les 700 euros ont été
obtenus initialement en tant que « rabais », de
manière échelonnée sur toute la durée, ou
seulement à l'échéance.
Si
les 700 euros sont obtenus à l'échéance
seulement, la valeur actuelle de ces 700 euros à
l'émission est de 355,84 euros. En effet 700 euros / (1,07)10= 355,84 euros ; autrement dit, ce sont 355,84 euros qui, placés
à 7 %, génèrent au bout de dix ans un
revenu total (intérêts et principal) de
700 euros.
Dans
le cas des paiements échelonnés, la valeur actuelledes 700 euros est plus complexe à établir, mais elle
est en tout cas plus élevée que dans le cas précédent
puisqu'elle se compose de la somme des valeurs actuelles de 70
euros dans un an, 70 euros dans deux ans, ..., 70 euros dans dix ans,
et que chacun de ces coupons, sauf le dernier, peuvent être
réinvestis pour une certaine durée avant l'échéance
finale. Pour simplifier le calcul, ces valeurs actuelles peuvent
toutes être calculées au taux nominal de 7 %, soit
au total et comme le démontre de manière détaillée
le tableau suivant : 491,65 euros.
|
70
euros/(1,07)1 = |
65,42
euros |
|
70
euros/(1,07)2 = |
61,14
euros |
|
70
euros/(1,07)3 = |
57,14
euros |
|
70
euros/(1,07)4 = |
53,40
euros |
|
70
euros/(1,07)5 = |
49,91
euros |
|
70
euros/(1,07)6 = |
46,64
euros |
|
70
euros/(1,07)7 = |
43,59
euros |
|
70
euros/(1,07)8 = |
40,74
euros |
|
70
euros/(1,07)9 = |
38,08
euros |
|
70
euros/(1,07)10 = |
35,58
euros |
|
Total = |
491,65
euros |